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  • : Créé en 2006, ce blog rédigé par Valérie Beck autrefois consacré à la danse et à ma compagnie se diversifie davantage.
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Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 13:18
Le Chant de La Terre - Neumeier - ONP- 2015



Il faut d'abord parler de la qualité d'interprétation musicale de l’œuvre; cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu de la musique aussi bien jouée à Garnier pour accompagner de la danse; cordes, bois, cuivres, harpes, d'où j'étais, chaque timbre me parvenait dans sa clarté et la musique dans son ensemble. Les voix des deux solistes étaient plutôt belles, surtout celle du baryton dont j'ai aussi apprécié la musicalité ( chef d’orchestre : Patrick lange, Paul Armin Edelmann : baryton)

Mais il est injuste de dire que la musique accompagne la danse; l'une et l'autre se fondent ensemble ainsi que les mots des poèmes chantés.


L'œuvre commence dans le silence ; un homme dans la pénombre – double de Malher ou de Neumeier, ou du Poète, au fond cela n’a pas vraiment d’importance - est rejoint ensuite par une jeune femme ( Laetitia Pujol) qui est comme une pensée qu’il ne veut ou ne peut entendre. Au loin, résonne ensuite au piano le 6ème chant - c’est Malher lui même qui en a fait la réduction- comme l'écho d'un souvenir; Ganio et Pujol émettent des vibrations aussi douces que fragiles et déjà, l'on s'enfonce doucement dans une intériorité d'où parvient l'écho du monde.

Il y avait un tel silence dans la salle, quelque chose de tellement mystérieux qu'on entre à pas feutrés dans cette œuvre qui est comme une confidence. On dirait que Neumeier a voulu dire de la façon la plus concise possible ce qu’il ressentait en écoutant ce Chant de la Terre et nous le confier, sans fioriture. C'est presque un chant du cygne.

Et il y parvient.
Ganio, magnifique de sensibilité, de pureté et d'émotion contenue, évoque comme souvent chez Neumeier le "témoin », comme celui de La Petite Sirène par exemple : l’homme en chapeau voit, comprend, partage, mais ne peut pas changer le cours du destin.

ici, le témoin sent, goûte, pense, souffre, espère, dit adieux, et comprend que si l’homme est mortel, le monde lui, brillera toujours et la nature refleurira sans cesse, à chaque printemps.

Mais ce témoin silencieux devient aussi parfois l'acteur.

Autour de lui, une pléiade de danseurs merveilleux :
A commencer ( honneur aux garçons pour une fois) par Karl Paquette flamboyant en groupe, et double lunaire dans les pas de Deux avec Ganio ( d'une grande beauté et si bien accordés à la musique)

Vincent Chailley stupéfiant de vivacité, de précision, d' humour, d'espièglerie incarne l’homme Ivre, mais son ivresse est contagieuse. Il rappelle l'Amour de Sylvia; il en a un peu la même candeur, la même joie " enfantine" qui emporte avec lui dans son élan.


Quand à Florian Magnenet, Neumeier lui va comme un gant; il le comprend, il le magnifie avec une beauté des lignes, une grâce, une musicalité confondante. Sa silhouette prend à la fois une rondeur enfantine mais pour mieux mettre ensuite en lumière des lignes étirées et pures. Il est comme les bois de l'orchestre qui oscillent entre mélancolie et enthousiasme, tristesse et joie, nuit et lumière. Une pose, un poignet qui se casse, un pied qui devient flexe, et c’est tout le monde de la jeunesse, "près du pavillon de jade dont le pont se courbe comme le dos d’un tigre", qui surgit : un paysage chinois jaillit, avec ses jeunes filles mélancoliques, et ses jeunes gens insouciants qui passent sans s'attarder.



Laetitia Pujol pleine de compassion et Nolwenn Daniel à la beauté statuaire mais qui comme une madonne de pierre sait se montrer compatissante, entoure le poète-musicien-on-ne-sait-qui. Laura Hecquet passe, avec sa beauté froide et surnaturelle comme une lune d'automne, la délicate Léonore Baulac au visage elfique illumine la scène, la gracieuse Juliette Hilaire et la touchante Charlotte Ranson ajoute délicatesse et poésie...


De grandes plages méditatives contrastent avec des ensemble plus enjoués et quelque chose plane au dessus de tout cela, plus grand que la vie humaine.


Le Chant de la Terre de John Neumeier est une de ces œuvres dont la sensibilité sur le fil vous ramène à l'intérieur de vous mais les yeux fixés sur la scène et les oreilles grandes ouvertes, accueillant totalement ce moment poétique qui passe, l'air de rien.

On accueille la magie de l’instant, dépassé par un mystère qui nous échappe et que pourtant, la mélodie sinueuse de la flûte se taisant pour laisser chanter le baryton nous a en partie dévoilé… et on espère y retourner pour soulever un peu plus ce voile de mystère.

Distribution

Distribution du 28 février

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