Cet article fait suite au premier article qui présente le film et les réflexions qu'il m'a inspiré à lire en cliquant sur :
Les danses :
Ce Devdas, œuvre excessive mais inventive offre des chorégraphies qui empruntent à plusieurs styles de danse ; certaines sont des danses de temple de par leur origine, commel’Odissi ou le baratha Natyam, d’autres des danses aux influences mélangées, comme le Kathak qui, sous l’influence musulmane, quitta le domaine du temple pour devenir une danse de divertissement. Peu à peu, le tribangha va s’effacer au profit d’une ligne droite des jambes et du buste, et les tours sur l’axe en répétition vont être une de ses caractéristiques, ainsi que des frappes de pied en dialogue avec les percussions et une virtuosité développée à partir de là. Les trois styles ont une gestuelle codifiée pour raconter, narrer, décrire, exprimer.
A ces styles purement indiens bien définis s’ajoutent des emprunts aux danses indiennes populaires, comme le Bangrha où l’on saute beaucoup ou encore aux styles occidentaux, utilisés et exploitées dans les comédies musicales.
Bollywood porte donc bien son nom, car Hollywood a influencé tout un cinéma musical dans les années 50, y compris un cinéma musical arabe, qui est parfois rappelé dans certaines scènes du film, comme le Dola, Dola, final. C’est tardivement que l’Inde a fini par se mettre à l’heure hollywoodienne à la fin du 20ème siècle.
La plupart des chorégraphies mettent avant toute chose la soliste en valeur en utilisant un « chœur » de 16 danseuses, voir de 32 comme la splendide chorégraphie finale « Dola, dola ». On ne voit quasiment jamais d’hommes danser, sauf « au fond » dans cette même chorégraphie. Chaque personnage a sa « marque » : pour Parvati, le style s’inspire de l’odissi ou du baratha natyam que l’actrice a pratiqué ; pour Chandramuki, le kathak s’imposait, car la belle divertit par sa danse, les hommes qui viennent s’amuser chez elle.
Au total cinq chorégraphies d’environ 5 minutes chacune
1) la danse de la lampe
2) Radha et Krishna près de la rivière Yamuna
3) Chandramuki
4) La danse du pari de Chandramuki
5) Dola, dola, finale avec Parvâti et Chandramuki
Dès le chapitre 2 du film, intervient la « danse de la lampe », qui symbolise le désir toujours
entretenu de Parvâti pour Devdas.
Il y a ici un petit air de famille avec le « I feel pretty » de West side story, lorsque le chœur chante « regardez cette folle… » Les danseuses utilisent des éléments issus de l’Odissi : le tribangha, ici symbole du désir amoureux, car l’accent est mis sur le déhanché et la courbe douce du corps, et une gestuelle qu’on y rencontre aussi parfois (évocation du printemps, coordination de mouvements de poignets, de tête, et d’yeux)
Pour le reste, les déplacements sont dans la veine des musicals américains, avec ces lignes qui se font et se défont, les rondes, les spirales, etc. La danse très mouvante exprime tout l’affolement de la jeune femme à l’annonce du retour de son amoureux, et le désir puissant qui l’anime. Plus de trente plans nous permettent de la suivre de pièce en pièce dans sa maison, dans son jardin, sur les marches de sa demeure à l’exotisme « hollywoodien ».
Pour la deuxième scène dansée, (minute 44) la mère de Parvâti, invitée chez Devdas, raconte l’histoire de Radha et Krishna. Pendant que la mère utilise les mudras typiques pour narrer cette histoire, le duo de Parvâti/ Radha et Devdas/Krishna s’intercale pendant son récit; scène ambiguë, par son message, où au bord d’un ruisseau, Krishna surprend Radha et lui saute dessus, sans que cela soit directement montré. L’épine fichée dans le pied que Krishna retire, le sang qui coule, les colliers et bracelets arrachés et non pas retirés délicatement, sont assez éloquents et au final, créée un sentiment bizarre.
Scène à rapprocher de celle où Devdas blesse Parvâti au front, répandant le sang sur son front, ce que le mari fait avec de l’alta, le jour du mariage, signifiant que l’hymen sera rompu lors de la nuit de noces. Symboliquement cela se traduit ensuite par le bindu rouge peint sur le front à la place du cakra Ajna ; il est d’ailleurs significatif de noter que Parvâti porte ce bindu, alors que le mariage n’est pas consommé ; elle le porte car Devdas symboliquement l’a épousée – par un viol, vu la brutalité du geste.
La troisième chorégraphie, l’une des plus brillantes du film, (minute 67) met en scène Chandramuki, la courtisane, lors de sa première rencontre avec Devdas. Pour « symboliser » ce personnage, beaucoup d’éléments empruntés au Kathak ont été réglés par Birju Maharaj qui est l’un des grands maîtres de cet art. On touche ici véritablement au sublime car toute la scène est construite savamment et brillamment. Du grand art. Comme autrefois dans les musicals américains.
La première partie de la chanson chantée par Chuni, le compagnon de débauche de Devdas, présente Chandramuki qui marche avec séduction. Son visage très expressif nuance mille émotions différentes. Le jeu de sourcil que toute bonne danseuse doit maîtriser est utilisé ici avec humour.
Dans la seconde partie, Chandramuki prend la parole ; on retrouve Krishna et Radha, encore taquinée par le Dieu ; le voile glisse, glisse, glisse et Radha proteste. Le tout expliqué avec une gestuelle de main et des expressions typiques des danses classiques indiennes.
Une partie du mime se passe au sol, comme parfois dans les danses classiques indiennes, où tout est raconté avec des « mudras », des expressions de visage particulièrement, et quelques gestes stylisés.
Pour la troisième partie, purement instrumentale, les danseuses tournent à l’infini, et les jupes filmées de haut sur des motifs au sol géométrique se déploient en corole. On a ici un rappel des danses des Derviches qui ont influencé d’une certaine manière le kathak ; à noter que les belles tournent sur un sol aux figures géométriques, comme dans l’art musulman.
Puis le récit de Radha reprend « sur le pot de lait, et le cœur qui bat en entendant les pas de Krishna » ce dernier abuse de la pauvre Radha qui le supplie de ne pas la forcer, - décidement ! - et qui n’a personne à qui se plaindre pendant cette nuit.
La chanson se termine par une coda rythmique où la virtuosité des frappes et des mouvements de bras explose en un finale éblouissant, un peu à la façon d’un final de récital de kathak.
La quatrième chorégraphie ( A qui sont ces pas ?) égalemment chorégraphiée par Birju Maharaj ( voir la photo où le maître fait répéter Madhuri) intervient lorsque Chandramuki attend que Devdas revienne lui rendre visite ; un des hommes présents à sa fête lui dit qu’il ne viendra pas ; ils font alors un pari que Chandramuki remporte ; elle est si heureuse du retour de Devdas qu’elle se met à danser et à chanter
« Qui m’a peinte en vert émeraude » demande-t-elle
Le vert est la couleur du printemps et ce thème est souvent illustré dans les danses indiennes.
Une partie de la chorégraphie a lieu au sol, entourée par le chœur des 16 danseuses
Le Kathak insuffle à cette nouvelle chorégraphie une vitalité, une effervescence qui exprime à elle seule la passion de Chandramuki pour Devdas. Tours virtuoses, sauts, frappes de pieds, gestuelles des bras rapides et précis
Comme précédemment, les passages purement instrumentaux alternent avec les récits chantés. Chandramuki a beaucoup prié pour revoir celui
qu’elle aime.Sa joie a le revoir explose littéralement dans cette chorégraphie somptueuse, énergique, pleine de vitalité. A noter que le choeur est composé de danseuses de kathak issu d'une des grandes écoles du Nord du l'Inde.
Voici les principaux chorégraphes du film Devdas :
Birju Maharaj : Maître de Kathak ( a chorégraphié les danses de Chandramuki la courtisane)
Sarjo khan : chorégraphe feminin de film bollywood
Vaibhavi merchant : chorégraphe féminin de film bollywood
Malu
A venir : Dola, dola : troisième volet du film Devdas! pour un prochain ( et dernier ? article!)




Pour ces deux raisons - l’extraordinaire Madhuri qui insuffle un peu de son âme aux deux poupées de cire que sont Devdas et Chandramuki et les chorégraphies – Devdas a commencé à me hanter. Revu une seconde fois quasiment en entier, puis encore plusieurs fois juste pour les passages dansés, le film m'est resté indigeste mais j'ai pu apprécier la magie et la pertinence des danses : elles emmènent le récit vers la mythologie, avec Krishna grand séducteur de gopis (ce sont les gardiennes de troupeaux avec lesquelles le Dieu batifole tant et plus -, qui trompe sans cesse sa chère Radha, qui se comporte comme un adolescent attardé…
« La danse le ballet de l’opéra de Paris » est un drôle de documentaire. Son nom déjà est un attrape-nigaud! Tout comme l'image du DVD ( extraite de Casse-Noisette) qui n'est absolument pas représentative de ce film.
Est arrivé!
Cette photo est extraite du DVD Giselle avec Bessmertovna, Lavroski et Kozlova... production du Bolchoi, en studio, en 1975

D'abord celle enregistrée à la Scala avec Massimu Murru pour l'ensemble du dvd, captation live, assez homogène.
La version avec Bessmertovna du ballet du Bolchoi filmée en 1990 immortalise l'une des plus belles Giselle qui soient!!! exceptionnel de ce point de vue, et même que pour Myrtha... Hélas, Albrecht n'est pas à la hauteur! Ici Bessmertovna est au sommet de son art, malgré ses plus de quarante ans...
et puis la version Fracci/Noureev... qui vaut pour les deux interprètes, fantastiques....















Voici le plus beau film qu'il m'ait été donné de voir sur le métier de danseur à l'opéra de Paris. Il est dû à Nils Tavernier ( le fils du père!) qui a eu l'exceptionnelle autorisation de suivre le ballet de l'opéra de paris dans sa tournée au Japon et dans son travail quotidien de cours, de répétition, de filage, de préparation. Réaliser en 2001, on voit les répétitions de Doux mensonges de Kyllian, du lac des cygnes, version Noureev, de la Sylphide, remontée par Pierre Lacotte, et de la 9ème symphonie par Béjart, qui cette année là était donnée à Bercy devant des milliers de gens.
Et puis, on comprend mieux ce qui fait la richesse de l'opéra de Paris : non seulement ses danseurs exceptionnels, mais surtout l'ouverture à de très nombreux chorégraphes contemporains qui travaillent et créent pour l'opéra de Paris sur invitation. Ainsi la vocation du ballet de l'opéra de Paris est double : d'une part, conserver intact le répertoire ( les grands ballets, dont la transmission est purement orale, et se fait via les maitres de ballet, qui ont été danseurs et à leur tour transmettent, sont la mémoire de la danse, et d'autres parts, participer à la création en danse.
j'ai acquis ce film en dvd, et c'est toujours un plaisir de voir les danseurs au travail. A chaque fois, je suis confondue d'admiration pour ces danseurs qui visent à la fois la perfection technique et artistique, et restent modestes la plupart du temps, car chaque matin, à la barre, ils refont le même travail que la veille et prennent conscience de tout ce qu'ils ont encore à acquérir pour maintenir ou ou accéder à la perfection.


