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  • : Créé en 2006, ce blog rédigé par Valérie Beck autrefois consacré à la danse et à ma compagnie se diversifie davantage.
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Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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6 janvier 2007 6 06 /01 /janvier /2007 10:12

  Et bien hier, j'étais donc aux Théatres des Champs Elysées pour voir deux artistes que j'admire particulièrement :

Guillem, que j'ai vue sur scène à chaque fois que cela a été possible, et Maliphant, que je n'avais jamais vu danser, mais dont j'avais adoré le Critical Mass donné au Chatelet il y a deux ans par la compagnie de danse classique de Lyon.

Trois solos étaient proposés ( Guillem, Maliphant, Guillem) puis un duo suivait l'entracte.

 


 

Je ne me lancerai pas dans une analyse stylistique, pas aujourd'hui en tous cas. Non. J'ai plutôt envie de parler du nouveau visage de Guillem : d'abord, elle a renoncé à ses cheveux... oh, ça n'a l'air de rien, mais Béjart a su les utiliser magnifiquement dans Sissi, par exemple, et dans Boléro sa chevelure lui volait la vedette : je plaisante... mais là, en cheveux courts, à la Jeanne D'arc, c'est comme si elle avait voulu mettre au panier une partie d'elle qui brille et fascine facilement : Guillem tourne le dos à Guillem?

D'une certaine manière, oui...

Dans les solos, elle n'a été que mouvement, énergie, modestie, présence : rien de tape à l'oeil, rien qui déchaine l'hystérie du public, rien de facile, de vertigineux, mais elle : son extraordinaire fluidite, son extraordinaire musicalité. On voit bien que son corps peut bien plus, et j'attendais, moi même, que ses pieds magnifiques se mettent à exécuter les petits pas virtuoses qu'elle réalise avec une grâce époustouflante

Mais non : en choisissant de frustrer, volontairement ou non, une partie de son public, en choisissant l'état d'être, plutôt que l'état de " danseuse virtuose", elle nous a montré une fragilité,une délicatesse, une intériorité toujours confiés à ses rôles, mais qui ici, la drapent toute entière

On ne voit plus la danseuse Sylvie Guillem, mais Sylvie Guillem, tout simplement


Dans le deuxième solo qu'elle a dansé, le travail fait sur la lumière était spectaculaire. La lumière gommait la réalité du corps humain, le destructurait ( à l'inverse du travail fait sur le deuxième solo, dont je parlerai tout à l'heure)

La ligne d'un bras, la musculature du dos, une main, un pied,  était parfois éclairé de telle façon que le mouvement apparaissait non comme produit pas le corps physique, mais pas le corps physique et énergétique : la fameuse structure énergétique bien connu du monde du yoga, auquel Maliphant est très attaché ( entre autre)

Guillem a donc exécuté une sorte de ronde avec les bras, les jambes, un bras se détachant parfois de l'ensemble à un point tel qu'on ne pouvait plus l'identifier comme un bras, mais comme un élement se mouvant seul pour une raison mystérieuse

 

Son premier solo, exécuté sur des sons de guitare flamencane, était lui aussi d'une sobriété à laquelle on n'est pas habitué... c'est comme si elle retrouvait l'état dans lequel elle est quand elle fait de la poterie au Japon: l'acte compte plus que le résultat : la qualité d'être dans l'instant, plus que le déploiement de la technique...

Ah, vraiment! Quel chemin elle parcourt! C'est très émouvant, lorsque l'on prend conscience de cette mise à nu de son être, sans la virtuosité comme écran entre elle et le spectateur ( même si j'ai toujours vu plus loin que la simple virtuosité de sa danse, tant elle habite ses rôles, tant elle fait preuve d'intelligence)

en fait, par ce nouveau virage, on voit tout le travail intérieur qu'elle a accompli ces derniers temps

 


 

 

 

Maliphant a lui aussi une solide base classique, mais depuis, il s'est intéressé à de nombreuses autres formes de mouvement auquel se mêle la méditation : capoéira, yoga, tai chi, le tout métissé d'un peu de hip hop...

Ce danseur  a présenté son solo tout de suite après le premier de Sylvie : au début, une danse presque immobile qui m'a rappelé Teshigahara que j'admire aussi profondément;

je leur trouve pleins de points communs : un travail exceptionnel sur la lumière qui fait que ni l'un ni l'autre n'ont besoin de costumes, de décors : c'est la lumière qui sculpte l'espace et le corps

Une présence très douce, poétique, humble, mais réelle

Et puis tout un travail fait sur l'ombre qui pouvait se dedoubler. Elles apparaissaient non comme ombre, mais comme personnes à part entière. Et Maliphant dansait avec elle.

La musique très méditative se répétait trois fois : un solo de violoncelle, très mélancolique, aux couleurs asiatiques dans l'emploi des échelles, auquel succédait une partie plus " orchestrés"

Là aussi, rien de démonstratif, mais un travail d'une grande rigueur, austère et poétique à la fois, qui embarque le spectateur malgré lui  et l'emmène au confin de la méditation du danseur

Oui, c'est cela, c'était une méditation dansée...

 


 

Quand au duo, d'une demi heure tout de même, il s'écoulait hors du temps... les deux danseurs semblaient reliés par une énergie commune, mystérieuse qui les rapprochait, les éloignait, les fondait l'un dans l'autre, les mouvements de l'un et de l'autre se répondant, inter-agissant, comme la danse des atomes...

 IL faudrait des heures pour parler des portés, des figures, des entrelacements, mais... allez plutôt voir!


 

 

Cette photo du salut vous donnera la mesure de l'humilité, de la simplicité avec laquelle ces artistes ont dansé. Reliés, offrant une danse épurée, mais profondément habitée, innovante mais sans effets faciles, totalement inspirée et maitrisée mais sans que ce soit la première chose que l'on voit.

Une cheminement poétique qui a mis le spectateur hors temps le temps de la danse.

 


 

lire aussi :Sylvie Guillem telle qu'en elle même

 

Sylvie Guillem, portrait ( 2)

Sylvie Guillem , (1)

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