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  • : Un jour, une œuvre, par Valérie Beck
  • : Créé en 2006, ce blog rédigé par Valérie Beck a évolué au fil du temps. Il est consacré principalement à la danse, mais est ouvert aux autres arts.
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 10:06

310061f7ed62d541feb1e4d296886df8Cendrillon de Noureev est un drôle de ballet ; créé sur mesure pour Guillem par Noureev, il avait été capté en 1987 avec Guillem – Loudières- Guérin – Jude  et Noureev lui-même dans le rôle du producteur. Jamais, hélas, réédité en DVD, alors que la captation est superbe !

J’ai usé cette VHS ; Guillem, 22 ans, y  incarne une Cendrillon modeste et douce qui désire coûte que coûte devenir actrice ; pas par rêve de gloire, car l’on sent la jeune fille rêveuse et simple, mais parce que viscéralement, c’est une vocation… Guillem a ce talent inouï, de faire comprendre qui est son personnage en profondeur et ce qu’elle veut : cette vocation   lui permet d’accepter la dureté de sa vie ; douce, gentille, généreuse, elle est maltraitée par ses sœurs et sa marâtre et ne parvient pas à arracher son père à l’alcool. Aussi,    près de l’âtre, elle déplie l’affiche du Kid de Chaplin pour se réconforter, car l’amour du 7ème art qu’elle a chevillé au corps l’aide à tout surmonter… grâce au producteur qui atterrit «  par accident » chez elle, ce rêve se réalise, le producteur jouant le rôle  providentiel de la fée : parée comme une reine, elle s’y rend pour tourner un bout d’essai. Sa descente du grand escalier (comme dans les comédies musicales américaines) entourée de photographes qui d’instinct devinent en elle la star en puissance est un réel moment de poésie.  Sauf que, elle est portée par les photographes et deploie ses jambes en grand jeté, comme si le rêve ne s'était pas encore véritablement réalisé. Là, elle fait la connaissance d’un jeune premier dont elle tombe amoureuse, mais se voit contrainte de quitter les studios, car les "heures sonnent" et lui intiment l’ordre de retourner chez sa marâtre. De retour dans son logis,  elle n’oublie rien de ce qu’elle a vécu. Son corps se rappelle tout ce qu’elle a appris et elle se met à danser, comme dans un état second,  une serpillière à la main ; elle se reprend, mais quelques instants plus tard, elle recommence… d’ailleurs,  tout au long de l’œuvre, Guillem  se montre intense, espiègle, douce, généreuse, consolatrice,  poétique, glamour, star radieuse,  et bonne à tout faire…  à 22 ans, c’est une actrice née, qui sait utiliser merveilleusement sa technique pour mettre son âme à nu.

 

Noureev bien évidemment a glissé une bonne dose d’humour dans ce ballet ; il s’y est beaucoup amusé ! Les rôles des « méchantes » sont comiques ; pas questions de tomber dans le «  vérisme » ! En devenant la bonne fée providentielle de Cendrillon,  il déclare  de cette façon  à Guillem qu’il adorait «  j’ai été ta bonne fée, grâce à moi tu es devenue étoile sans en passer par tous les degrés imposés par l’opéra de Paris ». En dansant lui même le rôle du producteur, il dit aussi au public : « voilà, je rends toute sa  magie, toute sa force et sa beauté à l’opéra de Paris, pour le remercier d’être mon port d’attache, moi qui suis un exilé »

A leurs côtés, Guérin et Loudières incarnent les deux sœurs bêtes et méchantes : l’une est teigneuse, raide, disgracieuse à souhait ; l’autre sotte, «  godiche », molle comme une guimauve ; leur duo est inénarrable ! Elles prennent des cours de danse pour se préparer à leur audition dans les studios auprès d’un professeur qui s’arrache les cheveux devant tant d’incapacité ! Leur duo comique est vraiment à hurler de rire si c'est bien dansé, surtout lorsque le professeur vient chez elles et qu'elles se mettent à la barre.

Petite aparté : c’est étrange de voir que l’une comme l’autre ne sont pas  à l’opéra de Paris actuellement pour y transmettre tous ces ballets qu’elles ont si bien dansé à leur tour ; pourquoi ?

 Le rôledu professeur aussi est comique, mais il faut beaucoup de finesse pour l’interpréter.  Ce professeur précieux s'arrache les cheveux de désespoir devant l'incapacité des deux soeurs et devient tout feu follet devant le talent de Cendrillon quand elle danse dans les studios.

Pour séduire le jeune premier, tour à tour, les soeurs le tirent par le bras, et le malheureux se retrouve écartelé entre les deux demoiselles, sous les encouragements de la mère, rôle tenu par un homme (qui souvent s’en donne à cœur joie et fait des pointes avec délices !)   

Charles Jude joue le rôle du jeune premier ; charisme, technique sublime, beau visage, on ne peut rêver mieux ! Ses pas de deux avec Guillem  sont fascinants de poésie, de «glamour » de références au cinéma hollywoodien.

 

 

 

Cette version décalée de Noureev laisse la part belle au comique inspiré des films des années 30 : on se dispute, on se giffle, on se querelle, on se réconcilie.     King Kong, les « musicals » avec Fred astaire et Ginger Rodgers,   Metropolis,   Buster Keaton,   Chaplin  Ziegfield et ses revues et   tant d’autres sont cités avec humour, amour ou poésie… On rit beaucoup dans Cendrillon. Et quand Guillem danse, le souffle se suspend !

Outre le trio sœurs-mère, un autre trio anime les studios de cinéma : producteur, assistant, metteur en scène, qui se chamaillent sans cesse comme des chiffonniers ! Là aussi, clin d’œil à l’un des films de Buster Keaton où l’assistant est maltraité par le réalisateur !

Noureev qui est arrivé en Occident en 1961 n’a eu qu’une envie : rattraper son «  retard » en matière d’art et de culture ; en URSS, il était impossible d’accéder aux œuvres américaines et à la plupart des œuvres occidentales ; il ne dormait que deux ou trois heures par nuit, à ses retours de spectacles et de fête, et là, il consacrait le reste de ses nuits à lire, à aller au cinéma, ou à découvrir des livres sur des peintres, des artistes de tout genre ; on raconte qu’à un dîner, apprenant qu’un film qu’il n’avait jamais vu passait au cinéma d’à côté, il a quitté la table, est parti voir le film, puis est revenu

Ce côté excessif se retrouve chez Guillem d’une autre façon : elle ne fait les choses que si elle est convaincue par ce qu’elle fait à 300 cent pour cent

Cendrillon n’est donc pas le ballet «  niais » qu’on peut croire, mais un véritable hymne à l’art comme moyen de dépassement de sa condition première. Noureev comme Guillem le savait dans toutes les fibres de leur être l’un et l’autre.

 

Les décors montre l’intérieur d’un « bar » très art nouveau  (métal et verre comme le grand Palais) qui sert de cadre de vie à la famille de Cendrillon ; pour les studios de cinéma, une horloge digne des Temps moderne de Chaplin se dresse derrière le grand escalier qui a fait dire à plus d’une starlette «  l’ai-je bien descendu ? » ; au dehors, des gratte-ciels comme ceux qu’on voit dans Métropolis élancent leur sihouette vers le ciel.

 

C’est avec ses images en tête que je m’apprêtais à revoir ce ballet. J’avais réussi à avoir des places pour Leriche et Gilbert, qui, seuls, m’avaient donné envie de revoir ce ballet.

 

Deuxième partie sur le compte rendu de Cendrillon 2011 à la suite!

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 07:27

  Aujoud'hui, critique et analyse d' Errand into the maze, demain et les autres jours, les autres oeuvres.

L'évènement est de taille, car la compagnie n'était pas venue à Paris depuis plus de dix ans... elle a même failli disparaitre complètement pour des raisons de successions de droits d'auteur... quand les artistes disparaissent, les chacals apparaissent, et de leur vivant, les auteurs n'ont pas toujours légué leurs oeuvres à qui s'en chargera le mieux
Bref, la compagnie a pu récupérer oeuvres et droits,  ( le procès a duré 8 ans et est même devenu un cas d'école) mais entre temps elle a vendu le batiment qui l'hébergeait; elle loue  à présent ses studios de danse pour son école et ses répétitions...
Mais revenons au programme, ambitieux car sur six jours, pas moins de trois programmes différents sont proposés au théâtre du Chatelet.
J'ai assisté au premier programme qui réunissait plusieurs oeuvres, dont certaines déjà vu en 1992 à l'ONP

Il s'agit de Errand into the maze, de Cave of the heart, de Diversion of angels, lamentations variations et enfin Mapple leaf rag, une production qui s'étend donc de 1930 à 1990.


 

Tout d'abord Errand into the maze ( 1947)
Graham, à 53 ans,  s'empare du mythe du labyrinthe et d'Ariane, ainsi que du minotaure. C'est son compagnon Eric Hawkins, qui a étudié les mythes grecs à l'université qui la sensibilise à cet héritage européen mais universel.  Le propos "psychanalitique"  interesse  Martha Graham plus que "l'histoire". Elle a ce génie de mettre  directement en lumière l'essence du mythe, sans passer par une mise en scène habituelle. IL n'y a donc sur la scène qu'un duo. Pas de Thésée.
Le Minotaure, les bras liés à un bâton,   danse puissamment. Il est une force aveugle qui ne pense pas. Dès le début de l'oeuvre,  Ariane serpente sans cesse, elle alterne grands battements seconde, comme autant de points d'interrogation, avec une liberté de gestes et une inventité toujours renouvelées.
Le labyrinthe,  - inconscient de l'humain -   emprisonne Ariane et son Minotaure, qui apparait, disparait au gré de ses angoisses,  de ses peurs, de ses joies aussi; et du désir qui  submerge Ariane et l'embarasse tant il est violent, entier.  Parfois elle   repousse le Minotaure, parfois il la terrasse, à la fin,  elle s'en libère et retrouve une joie de vivre...
 
Comme pour bon nombres de ses oeuvres, c 'est Isamu Noguchi qui a réalisé décors et costumes, sobres mais qui participent activement à la chorégraphie. Il y a une corde qui serpente sur le sol, un dispositif de fil tendu très aérien sur le côté de la scène, et une sorte de porte étroite qui se dersse, tel un rempart et un passage symbolique.
Au début de l'oeuvre,  la corde délimite le chemin sur lequel erre Ariane, puis elle dessine son propre labyrinthe  avant de devenir  les noeuds que se tisse l'humain. Ariane la nouera sur la porte, dressant ainsi une fragile protection   contre l'angoisse. Enfin le fil qui permet de sortir de son propre labyrinthe.
La corde revient aussi dans la chorégraphie " the cave of the heart"
La musique de Menotti accompagne l'oeuvrre ; Graham a toujours choisi des musiques puissantes, parfois assez  dramatiques mais qui servent son propos. Elle s'est toujours tournée vers des compositeurs de son temps. 
On assiste donc a un duo servi ce soir là par deux danseurs aux qualités expressives exceptionnelles, l'excellente Blakeley White Mcguire, et Lloyd Knight.
J'ai remarqué que comme pour bon nombre d'oeuvres chorégraphiques ou non,  celles de Graham prennent leur sens suivant le potentiel de l'interprête...

Blakeley est une interprête grahamienne de rêve : elle est son personnage, elle ne le quitte à aucun instant, elle lui donne ses émotions, sa chair. Charismatique, elle maintient par sa seule présence l'attention du spectateur. Dans son rôle de Minotaure, Lloyd est hiératique plus qu'animal. Il semble qu'on ne puisse lutter contre lui, et pourtant, il s'évanouit parfois comme un cauchemard... il est comme l'obsession qui   assiège mais qui n'est rien d'autre qu'une idée.

Graham mène son propos psychanalytique sans lourdeur, sans forcer le trait. Elle ne croyait pas en la " beauté du geste pour la beauté", ni en ce que le geste devait être " comme issu des mouvements de tous les jours"
C'est sûrement dans cette chorégraphie qu'on comprend le mieux sa pensée. Les gestes, les mouvements semblent directement insufflés par la pensée, par les émotions, sans répondre à une forme ( comme en danse classique) sans s'appauvrir jusqu'à devenir usuel comme chez Laban par exemple qui sera suivi par toute une école de pensée chorégraphique

Le corps reste l'outil par lequel s'exprime l'être humain tout entier, englobant ses forces inconscientes, ses pensées, ses sentiments, ses émotions, surtout dans les solos féminins.
 
Cette chorégraphie est intemporelle. Elle pourrait tout à fait avoir été créée de nous jours.
Elle rend bien terne nombres de créations actuelles sur la même thématique. Elle est un tout, car décor, costumes, musique, gestuelle, tout a un sens, tout est pensé, tout est cohérent. Elle n'est pas prétentieuse comme peut l'être une certaine danse contemporaine d'aujourd'hui, car le geste vient du plus profond de l'être humain.
bref, une oeuvre éclairée, créée par une femme intelligente, visionnaire et profondément humaine.


Suite du compte rendu " Graham à Paris" dans de prochains articles

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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 08:45

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Un nouvelle émission télé consacrée à la danse?

Nicolas Leriche remonte ce ballet pour la seconde fois; Caligula avait été créé en 2005 à l'ONP, avec dans le rôle titre Mathieu Ganio et Jérémie Bélingard, en alternance... 

Samedi dernier, il y avait une répétition publique à l'amphithéâtre de la Bastille... ces répétitions sont toujours des moments privilégiés pour les balletomanes... ou pour les amoureux de la danse tout simplement. L'amphithéâtre est petit, convivial, permet une proximité avec les danseurs et les chorégraphes... 


Ces répétitions publiques sont souvent l'occasion pour le chorégraphe d'expliquer son travail, ses intentions au public, et aussi de montrer comment se passe une répétition en studio...
Et c'est souvent cette partie là qui est là plus interessante : lorsque les mots se taisent pour laisser la place à la danse

Cette répétition était filmée car Brigitte Levfèbre aimerait lancer une nouvelle émission télévisuelle pour toucher un public plus vaste : ceux qui finalement méconnaissent la danse et ne viennent donc jamais voir des spectacles ni à l'opéra ni ailleurs...  j'ose espérer que cette émission verra le jour car la danse n'a plus droit de citer à la télévision depuis longtemps...

Un travail réglé au milimètre près

Pour cette première répétition filmée, il y avait bien sûr le danseur-chorégraphe et aussi Nicolas Paul et Aurélia Bellet.
Tout deux se sont prêtés comme bien souvent à ce travail intimidant devant un public... Nicolas les corrige, rectifie un chemin, une position de bras, de main, explique le ressenti intérieur, etc...

C'est toujours passionnant de voir comment un mouvement passe d'un corps à un autre, ce qui change ( surtout du corps d'un garçon à celui d'une fille)... 
Les danseurs ont répété des passages de Caésonia, la première femme de Caligula, notamment une scène de la Bacchanale,  quelques passages de Mnester, et des suivants... la bacchanale dansée par Caesonia m'a rappelé des figurines de Bacchus peinte sur des vases antiques... elle en avait en tous cas l'esprit...

Nicolas a expliqué que le livre de Nietzsche sur la tragédie l'avait beaucoup inspiré dans sa conception de l'artiste dyonisiaque et apollinien, et qu'il avait créé deux styles en fonction de ces polarités... 

Il a ausi longuement expliqué comment s'était construit son ballet ( à partir des lectures sur Caligula qui l'ont amené à en avoir une vision horizontale- Caligula avait un pouvoir total sur l'Empire et pouvait frapper là où il le voulait en un temps record - ce qui l'avait conduit à imaginer un vocabulaire de danse près du sol, qui s'allonge dans les déplacements ... il a insisté pour dire que le ballet était un portrait de Caligula tel qu'il se l'était représenté et non un ballet sur la vie de Caligula...

Il n'hésite pas aussi si besoin est à modifier sa chorégraphie pour l'adapter au danseur qu'il fait répéter.
Il y avait notamment une très longue phrase dansée par Nicolas Paul qui a subi sous nos yeux des transformations...

Changer le regard

Ces répétitons sont passionnantes dans la mesure où elles permettent d'entrer plus profondément dans une oeuvre... 
est ce que cela change le rapport à l'oeuvre?
Oui, parce que lorsque l'on a une connaissance plus intime d'une oeuvre, des connexions se font dans notre esprit qui sont de l'ordre de l'affect... un peu comme une personne qu'on aime d'autant plus qu'on la connait de mieux en mieux...
Et ce travail de transmission de la danse est émouvant à voir car si fragile : tout repose sur la confiance, la mémoire du corps....



complément d'information sur le site de l'opéra

 

Ballet en cinq actes
Argument de Nicolas Le Riche et Guillaume Gallienne

Musique Antonio Vivaldi (Les Quatre Saisons)
Musique électro-acoustique Louis Dandrel
Chorégraphie Nicolas Le Riche (Opéra national de Paris, 2005)
Scénographie Daniel Jeanneteau
Vidéo Raymonde Couvreu
Costumes Olivier Bériot
Lumières Dominique Bruguière
Dramaturgie Guillaume Gallienne

Caligula Nicolas Le Riche ou Stéphane Bullion
Lune Clairemarie Osta ou Muriel Zusperreguy
Mnester Benjamin Pech ou Nicolas Paul
Chaereas Wilfried Romoli ou Jean-Christophe Guerri
Incitatus Gil Isoart ou Stéphane Phavorin
Caesonia Géraldine Wiart ou Miteki Kudo
Les 3 figures Audric Bezard, Vincent Chaillet, Aurélien Houette
Les sénateurs
Séverine Westermann
ou Caroline Robert, Claire Bevalet
Stéphane Elizabé, Jean-Christophe Guerri ou Alexandre Carniato, Josua Hoffalt, Gil Isoart ou Nicolas Paul, Vincent Cordier
Les suivants
Aurélia Bellet
, Christelle Granier, Amélie Lamoureux, Ludmila Pagliero, Ghyslaine Reichert
Fabien Roques
, Samuel Murez

sur le site de l'opéra : article




 
J'avais déjà consacré deux autes articles à Caligula en 2006 : 

Caligula, Nicolas Leriche

florilèges de critiques stupides et baclées
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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 10:22

 
undefinedCette œuvre du chorégraphe suédois fait partie de mes favorites, au même titre que Ivan le terrible De Grigorovitch, ou bien Giselle,de Perrot/Coralli, ou encore Sylvia de John Neumeier ou le Mandarin Merveilleux de Béjart.

C’est l'une des oeuvres les plus incroyables que je connaisse, bourrée d’émotions, de fantaisie, de douleurs, d’énergie, d’humour, de vitalité, de dérision… Servie par les talents de l’Opéra de paris, ( dvd commercialisé, quelle excellente idée !) c’est sans conteste un chef d’œuvre ! 
Appartement est accompagné, sur scène par le Fleshquartet, musiciens suédois qui ont dopé leurs cordes de quelques décibels électroniques supplémentaires… Le résultat : désopilant et bouleversant, enthousiasmant et décoiffant ! On se sent malmené, dérangé, mais en même temps, on veut savoir… quoi ? l’envers du décor peut être, l’envers de ces vies quotidiennes dans ces appartements… où se jouent les petits ou grands drames de l’existence humaine ! On suit une dizaine de danseurs dans les méandres de la vie… 

Décors et costumes : 

L’appartement n’est évoqué que par un bidet, une porte, un four, des aspirateurs menés tambour battant au son d’une gigue Des groupes, des couples, des trios apparaissent, s’unissent, se désunissent, dialoguent ou se déchirent… quand ils ne sont pas plongés dans leur propre solitude ! 
Cette œuvre, servie par des décors restreints, utilise des costumes qui s'apparentent à des vêtements désassortis, ou ridicules : Claire Marie Osta porte une robe recouverte de pinces à linge, Kader Belarbi a un collant à rayures, Stephanie Romberg, de grosses sandales sur des collants épais et crèmes, José Martinez a de bizarres protubérances sur son costume élégant… les autres semblent être habillés avec ce qui leur est tombé sous la main… 
Des costumes ne naît nulle drôlerie : plutôt un mal être, comme si l’on voyait plus loin que le vêtement, comme si quelque chose d’intime nous était livré sur le personnage. 
Tout commence devant un faux rideau de l’opéra de Paris puis se poursuivra rideau levé. Sur la scène se tiennent les musiciens… comme dans Alice au pays des merveilles, on regarde l’envers du décors. Nous, les acteurs de nos vies quotidiennes, on en devient les spectateurs dans une chorégraphie excentrique et parfaitement maitrisée de bout en bout, jusqu’à l’évocation du drame avec ces bandes rouges qu’on colle sur les portes lorsqu’il y a eu meurtre. Mais comme dans Alice au pays des merveilles, Appartement ne se finit pas sur ce drame mais sur un époustouflant final où se rejoignent et se croisent les dix danseurs : ( dans le dvd : Osta, Leriche, Belarbi, Romberg, Gillot, Talon, Romoli, Carbone, Martinez et Hurel)
D’ailleurs, comme dans Lewis Caroll les portes ne s’ouvrent sur rien d’autre que du vide et de la non communication ; dans les fours se trouvent des bébés calcinés ; des aspirateurs pansus comme des cornemuses sonnent des gigues et entrainent avec eux les ménagères qui les manient ; les bidets cachent des visages de femme qui semblent malades, qui tremblent sous le regard parfaitement indifférents des hommes et les fauteuils prennent la forme de l’ennui de leur propriétaire… 


Un engagement total 

undefinedIl y a tant de vie, dans cette oeuvre, déclinée sur tous les tons et demi-tons! Mats Ek a une sensibilité hors pair, c'est sûr, et sous la dérision ce cachent parfois des larmes, de la peur, du chagrin. De l'amour aussi, mais qui ne peut être reçu, seulement donné, et maladroitement.
Ce que j’aime par-dessus tout, c’est l’investissement des danseurs dans cette œuvre : pour la servir, ils n’ont pas d’autres choix que de s’y mettre à nu, de se donner à fond, corps, âme et tripe, et de mettre au diapason leurs énergies, leurs vies, leurs pulsations profondes Car la musique, lente ou vive, pulse, comme la vie elle-même ! Et cette pulsation forte, profonde, accompagne l’œuvre tout du long et les danseurs en si parfaite osmose, et pourtant, tous si profondément individualisés. 

Pas de virtuosité gratuite! Et pourtant, tous sont virtuoses!


Tous excellent ! Tous donnent leur énergie, leur vitalité, leur moi profond… Leur engagement, leur technique, la maîtrise de leur corps, époustouflante, leur virtuosité qui cède la place à une apparente facilité et simplicité, tout tient le spectateur en haleine, hypnotisé mais conscient de ce qu’il voit et ressent. Cette œuvre n’annhile pas les facultés mentales. La virtuosité pure  plonge souvent le spectateur dans une sorte d’extase béate où s’engloutissent sa réflexion, son émotion, son esprit analytique ou critique. Ici, rien de tout cela. La virtuosité n'est pas exibée, car elle est au service du propos. 

La gigue des aspirateurs est un petit morceau d’anthologie ! undefined
A l’opéra de Paris, elle était servie par cinq danseuses aux personnalités bien différentes, aux physiques eux-mêmes bien distincts, et ces femmes communiquaient tout à la fois par leurs pas et leur danse, une vitalité, un enthousiasme, un ras le bol doublé d’un moment de folie… Bref, une œuvre profonde, tonique et attachante, car les failles sont là, les mal êtres sont là, mais le tout emporté par une énergie, une vitalité qui met à l’unisson tous ces talents…

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14 novembre 2007 3 14 /11 /novembre /2007 13:10

Médée Angelin Preljocaj, une oeuvre qui hante

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J’aime quand les œuvres me hantent…quand elles habitent mon esprit à mon insu ; quand elles vivent en moi, comme des passagers clandestins, qui parfois, montrent amicalement leur visage… ces oeuvres là me nourrissent aussi sûrement que l’air, l’eau, le soleil…
 La Guerre et la paix de Tolstoi, le film éponyme de Bondartchouk, Giselle, ou Hurlevent, les Heures, de Cunnigham font partie de ces œuvres qui se sont implantées en moi, et qui surgissent d’une manière inattendue, dans mes pensées. Le songe de Médée de Preljocaj vient de les rejoindre…. 

Un drame épuré

D’une sobriété surprenante, cette œuvre n’en est pas moins d’une intensité dramatique presque insoutenable… Il s’agit bien d’un « songe », et pas du drame « Médée » comme l’a conçu Euripide… et cette nuance est d’importance car le spectateur peut faire plusieurs lectures de ce ballet, tout comme les danseurs le peuvent aussi en l’interprétant. 
Tout le drame se resserre autour de cinq scènes dansées par trois personnages et deux enfants. En quarante minutes, tout est joué : Prejlocaj n’a pas dilué son propos dans une œuvre où le corps de ballet aurait par exemple joué le rôle du chœur, comme dans les drames antiques, offrant alors un ballet de facture plus classique en deux actes. 
Tout va vers l’essentiel, vers l’épure : les décors, où les sceaux suspendus, peints sur les rideaux transparents ou sur le fond de la scène où encore déposés au sol délimitent l’espace et crée de la poésie là où on ne l’attend pas : Médée verse du lait dans les sceaux et les enfants viennent laper ce lait comme des petits chats. Plus tard, comme dans la vision hallucinée de Wozzeck, le lait sera sang, folie, ou eau qui ne pourra faire disparaître les traces du crime. La lumière, qui sculpte les corps à l’antique, est travaillée avec subtilité dans des tons bleus-dorés.


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Liberté, interprétation, lecture

Les costumes, noir, rouge, argent ou doré, longs, fluides, portés pour l’entrée de Médée puis de Jason conviennent à un roi et sa reine. Le long manteau sert de cape aux enfants, de cachette, de couverture, de sépulture… la robe sera rejetée avec la trahison de Jason : Médée n’est plus une femme. Pour son entrée, Créüse porte une robe courte et très fluide qui dénude son dos et ses épaules… 

Ce qui donne sa grande force au ballet, c’est la possibilité qu’ont les interprètes de colorer, chacun avec sa sensibilité propre, le propos du chorégraphe : Ainsi, en fonction des danseurs et des danseuses – Médée, Jason, Creüse – la mère infanticide apparaît soit comme une femme implacable, qui a tout prévu d’avance par vengeance, autrement dit comme un monstre, soit comme une femme qui perd la raison lorsqu’elle voit la trahison de Jason, soit comme une femme ivre de douleur qui se punit elle-même et se tue en tuant ses enfants… Les rapports entre Médée-Jason-Créuse changent eux aussi ; Médée face à Jason peut être hiératique, folle d’amour, mère avant tout, ou amante, forte face à Créuse sa rivale ou ne faisant pas le poids… Il suffit de voir les interprêtes (Gillot, Letestu, Moussin, Cozette pour Médée ou Hilaire, Romoli, Bullion pour Jason, et encore Renavand, Zusperreguy, Abbagnato pour Créuse) pour comprendre que le drame qui va se jouer n’est pas mis en branle par les mêmes motifs psychologiques… A chaque fois une lecture est possible. 
Là se révèle la grandeur du chorégraphe qui peut laisser cette latitude et aux danseurs et aux spectateurs sans que son œuvre ne s’en trouve réduite ou amoindrie. Elle est mise en espace par la musique de Mauro Lanza qui avec un grand sens de l’économie créée des séquences entières, pleines de poésie où le temps se suspend, ou pleines d’inquiétude avec ses notes tenues où couve une menace. Lorsque la fureur éclate, attendue, les instruments explosent et le drame s’achève... 
non, le drame ne s'achève pas, parce que après l'infanticide, il y a le vide...

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Une oeuvre humaine

Ces œuvres là hantent longtemps parce que l’humain y a sa place tout entière… derrière la tragédie, derrière les racines grecques du drame se cachent des êtres  humains, fragiles, dépassés par leurs actes car manipulés par les Dieux  ( pour les auteurs Grecs)  ou leur Inconscient, ce qui au fond revient au même. Les shivaïstes ne disent-ils pas que les Dieux se nourrissent des Humains, comme les Humains se nourrissent des animaux et des plantes, qui elles-mêmes, etc… ? 

L’économie de moyens ( peu de danseurs, de costumes, de décors) ne retire rien à la force, aux émotions, qui traversent toute l’œuvre : amour maternel, innocence, amour, désir, séduction, plaisir, jalousie, inquiétude, colère, haine, rivalité, vengeance, folie, meurtre, douleur, regret, vide… une multitude d’émotions déferlent sur les trois protagonistes et sur les spectateurs qui redoutent et craignent le dénouement : bien qu’inéluctable, sera peut être évité ce soir ? La aussi réside la force d’une œuvre : susciter chez le spectateur l’espoir que   le dénouement ne sera pas celui qui est prévu... il y a peut être de l’espoir,  le pire ne sera  peut être pas commis ?
 Médée est une œuvre à voir et à revoir, car dans son langage contemporain, elle cache un drame éternel. Avec intelligence, Preljocaj s’est éloigné de son original grec et la transpose presque hors du temps. Mais si on lit l’original grec, on a conscience que les héros sont finalement proches de nous… Et offrent la possibilité d’une relecture sans changer fondamentalement les données. 


Songe...

C’est un songe : on y dort au début (les enfants) on s’y endort (Médée et ses enfants)…on s’y éveille… mais s’y éveille t’on à la réalité ? N’est ce pas plutôt le songe qui s’éveille ? Et si ce qui apparaissait sur la scène n’était que le produit d’un songe ? Comme dans les armes secrètes de Cortazar, qui rêve quoi ? Qui rêve qui ? Où est la réalité ?

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 un deuxième et court article est en préparation sur Médée.

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22 septembre 2007 6 22 /09 /septembre /2007 09:35

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Et bien voilà, hier, j'ai revu ce chef d'oeuvre de Belarbi!
Que dire de plus que ce que j'ai écrit il y a deux ans?
je ne reviendrai pas sur le ballet lui même et sa narration, si réussie, plutôt sur les moments qui m'ont marquée hier....

Les artistes ont donné une vision du ballet absolue, magistrale, d'une époustoufflante intensité.
L'intensité est d'ailleurs la marque de ce ballet où sont brassées des émotions violentes, rageuses, entières...
J'étais au deuxième rang, juste au milieu, donc très près des artistes
Certes, lorsque l'on est si près, on n'a pas une vision d'ensemble des choses, mais on sent toute une atmosphère...
Le ballet en lui même est magnifiquement conçu et Belarbi a su tirer de l'oeuvre de Bronté sa férocité, son aprêté, ses passions. Deux actes parfaitement équilibrés pour jouer un drame d'une grande force.
Hurlevent, ce sont les passions brutes, sans artifice, où la violence le dispute à la haine, et où l'amour triomphe quand même... avec les retrouvailles de Cathy/ Heathcliff dans la mort, mais aussi avec le couple des enfants que  Cathy et   Heathcliff ont eu de leur côté.

Nicolas Leriche campe un Heathcliff nourri de haine et dévoré de passion pour Cathy : sa danse, sublime, a acquis une force, une densité, une virtuosité absolue! Je l'ai vu danser des dizaines de fois, mais j'ai toujours l'impression que c'est la première tant cet artiste m'étonne, me bouleverse, me cloue sur mon siège par sa force, sa puissance, l'élévation de ses sauts, l'intensité de ses gestes. Le tout servi par une immense sensibilité d'artiste...  Un vrai cyclone... où transparait un personnage odieux, mais déchirant quand même : il décline mille et une nuances de haine, de violence, de vengeance... mais de souffrance aussi par son amour rejeté. Totalement habité d'un bout à l'autre du ballet, il forme avec Gillot/ Cathy un couple mythique, pour lequel on souffre de les voir se faire tant de mal...
Marie Agnès Gillot elle aussi a une danse toute en nuances, et l'on comprend parfaitement tout ce qu'elle ressent : sa technique magnifique est au service de son personnage d'un bout à l'autre du ballet,  et de tout ce que Cathy a à nous dire : pétrie de contradictions, Cathy ne peut pas choisir mais seulement souffrir... elle est crucifiée entre son amour pour Heathcliff mais qui n'est q'un garçon de ferme, et pour Linton qu'elle n'aime pas comme elle aime Heathcliff, bien qu'elle ait une certaine tendresse pour lui, mais qui lui offre la vie dont elle a toujours rêvé... Gillot passe par l'ingénuité, la candeur, la femme qui se révèle, la souffrance... sitôt qu'elle a quitté la lande et Heathcliff, elle est tourmentée, et le restera fantôme, jusqu'à la mort d'Heathcliff qui lui apporte enfin la paix...
La voir danser est un bonheur total, car ses mouvements sont fluides, amples et précis, et elle a cette capacité rare a emplir à elle seule tout le plateau de Garnier; une fois qu'on la voit, on ne peut plus la quitter des yeux...
J'ai toujours autant de plaisir à voiir Heathcliff et Cathy dans la Lande, puis la métamorphose de Cathy, qui de petite sauvageonne ingénue, devient une femme du monde, tandis que  Heathcliff, dévoré de chagrin, danse avec la robe que Cathy portait dans les bruyères...

j'ai toujours autant de plaisir à suivre toutes les étapes de ce drame; à voir Joseph allumer et éteindre les feux, à voir les gardes du corps telles des ombres de l'au delà, danser dans leur grand manteau, comme un vol de corbeaux sur la plaine

J'ai toujours la même fascination pour chaque tableau qui s'enchaine l'un à l'autre, sans brisure, sans que le spectateur ne se perde dans des détails...

Le corps de ballet n'est pas bavard mais participe aussi de la narration du ballet. Hier, Charline Giezendanner avait l'esprit de la danse en elle : elle irradiait!
Toutes les autres danseuses formaient un bel ensemble, mais chez Charline, le mouvement semblait plus beau, plus large, plus généreux, plus nourri, plus accompli, plus danser...
Alice Renavand était renversante de beauté et de séduction chez les Linton... 

Le corps de ballet me rappelle un peu le choeur grec antique, qui commente : les esprits de la terre, comme j'appelle les paysans du premier acte, les gardes du coprs, ou encore les gardes d'esprit apporte au ballet une dimension dramatique intense
Par exemple, la danse des paysans n'est pas un divertissement : il participe à l'apreté générale du ballet: la danse est sans fioriture, les costumes sont couleur de terre, les chaussures résonnent lourdement sur le sol, les mouvements sont amples, bourrés d'énergie mais ne recherchent pas  à être beau

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Chez les Linton, pas non plus de danse décorative : le bal est empesé, figé dans ds ports de bras couronne qui ne visent pas à être jolis mais à dire comme ce monde est soumis à ses propres régles et conventions sociales... pas de liberté de ce côté là, mais des règles...
Dans ce context, la danse d'Isabelle qui quémande l'amour de Heathcliff pour lequel elle a un mélange d'amour, de compassion, et de besion de se faire mal, prend tout son sens.

Certes, j'ai préféré largement le rôle de Linton dansé par Karl Paquette que par JG Bart, qui possède une technique d'une précision hallucinante, mais qui, de mon point de vue, relègue l'émotion au second plan, mais JG Bart met bien en lumière le monde qui le sépare d'Hethcliff...

En revanche, Nolween Daniel m'a énormément convaincue dans le rôle masochiste d'Isabelle.
Je garde une petite préférence pour  Eléonora Abbagnato qui  a une fragilité supplémentaire, mais Daniel a une belle dimension artistique, l'incarnation de son personnage est totale et son duo avec Heathcliff est complètement terrifiant...

Le Hindley de Stéphane Bullion n'a pas l'apreté d'un Romolli, mais sa relation à Heathcliff est d'une grande lisibilité : leurs duos sont impressionnants là encore! au début, il domine puis peu à peu, il choit...

Aurélia Bellet campe une Nelly pleine de bon sens terrien, la seule à rester droite au milieu de ce tourbillon d'émotion.... c'est un peu un gouvernail dans la tempête, qui montre le chemin, même si personne ne la suit...

Sans passer en revue chaque scène qui a elle seule mérite un article, je dirai que ce que j'aime dans Hurlevent, c'est qu'il plonge ses racines dans les ballets qui l'ont précédé tout en renouvelant le genre
Ainsi, le pas de trois de Cathy/ Heathcliff/hindley m'a t'il évoqué un court instant Rothbart, Odile, et Siegfried...
la même poésie, la même magie mais dans un autre langage
J'ai encore la vision du fragile cygne blanc entre le magicien et le fragile prince qui a si peu de prise sur le réel .... Cathy elle aussi se retrouve entre Heathcliff, dominé par ses passions, et le fragile Linton...

J'ai déjà écrit comme ce ballet me rappelle Giselle...
Mais on peut aussi voir des réminiscences des oeuvres de Mats Ek
Ce ne sont pas des citations, ni de la copie!!!
Non, c'est une filiation : Belarbi s'est nourri largement de tous les ballets qu'il a dansés, vus, et à présent, son oeuvre, originale, intelligente, sensible, emmène un peu plus loin dans la narration la tradition du ballet...

C'est toujours difficile de revenir à la réalité après avoir vu une oeuvre comme celle là: on est partagé entre deux états, celui d'en parler pour mettre à jour tout ce qu'on a ressenti, celui de se taire, pour garder tout précieusement intact au fond de soi, que ça ne s'échappe pas!
 


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Bref, j'ai deux espoirs à présent : 

un, que Belarbi nous crée vite un autre chef d'oeuvre!!!!
deux, qu'il y ait une captation digne de ce nom de cette oeuvre magnifique!
Bien sûr, je vous tiens au courant!
 
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19 août 2007 7 19 /08 /août /2007 08:54

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L'opéra de Paris reprend pour la troisième saison  l'oeuvre de Kader Belarbi, Hurlevent, d'après l'oeuvre d'Emilie Bronté. Ce ballet est un chef d'oeuvre! L'une des plus belles créations dans la tradition du ballet, mais avec un langage chorégraphique très personnel qui assure le lien entre le langage classique et une esthétique plus contemporaine.
 
On y retrouve, d'une façon stylisée, ce qui fait la force du roman : les passions des personnages. Ainsi,  l'amour, la jalousie,  l'aspiration à la richesse, la vengeance animent-ils avec violence Cathy, Heathcliff, Hindley, les éléments y jouent aussi un rôle important, comme dans les peintures romantiques de C Friedrich, par exemple : le vent, la terre, l'air, la lumière, la solitude de la lande, la mort, les tourments, l'hostilité des paysages...

L'oeuvre n'est pas sans rappeler Giselle, avec son premier tableau " esprit de la terre"qui décrit la lande, le monde des paysans, les amours enfantines de Cathy et Heathcliff,,tandis que le deuxième  évoque" esprit de l'air" et celui des esprits qui hantent la lande
 
J'ignore si Belarbi s'est inspiré aussi du magnifique Soeurs Bronté de Techiné, et de l'inoubliable " haut des hurlevents" avec L Olivier et M Oberon, mais la même ambiance est là...
Les solos, les duos, les ensemble renouvellent complètement le langage chorégraphique
 

Bref, cette oeuvre profondément inspirée nous livre une passion hors du temps, qui hante longtemps...

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le livre de Bronté, Merle Obéron et L Olivier.... Nicolas Leriche est vêtu à l'identique dans le ballet

en lien, une critique que j'avais publié il y a deux ans.
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21 mars 2007 3 21 /03 /mars /2007 09:46

 j'ai découvert Signes de Carolyn Carlson en 2004 à l'opéra Bastille : véritable engouement pour ce ballet!a peine étais je sortie de la salle de spectacle  que déjà je voulais   retourner le voir!

Voici deux bonnes nouvelles!

La première : cette chorégraphie est sortie en dvd, et je me suis précipitée pour l'acheter, malgré son prix!

La seconde : ce ballet sera redonné la saison prochaine à Bastille : j'y retourne!

Certes, une fois de plus, avec le DVD, on perd 50 pour 100 de ce que l'on peut ressentir dans une salle de spectacle, mais bon... c'est mieux que rien, n'est ce pas???


je ferai un article sur Carolyn Carlson prochainement. Dans ce travail, on voit la filiation qu'il y a entre elle et Alvin Nikolais ainsi que Martha Graham ( rien que par les costumes!!!)

C'est une oeuvre complète que ce Signes. La peinture est le point de départ. A partir de ses propres toiles,   Olivier Debré réalise des décors  à grande échelle.  Il va aussi, - et c'est logique- concevoir les costumes qui sont d'ailleurs d'une immense poésie.

 Carolyn Carlson, elle, va se nourrir de l'énergie de la peinture pour mettre en mouvement les corps. Quand à la musique, elle est écrite sur mesure par René Aubry qui collabore avec Carolyn Carlson depuis très longtemps.

Le résultat est un ensemble plein de vie, de couleur, d'énergie, de gaite, de fantaisie, le tout d'une grande simplicité et lisibilité comme Carslon seule en a le secret...

Ainsi, même avant d'acheter le DVd et de revoir Signes, j'avais en mémore les petits pieds des danseuses qui barbotent danas l'eau, kader Belarbi et son cannotier, dans la belle lumière de l'été, les énigmatiques moines de la baltique en rouge et noir, la sculpturale M A Gillot, qui fut d'ailleurs nommée étoile sur ce ballet, les silhouettes comme des flammes des danseuses en robe moulante ( clin d'oeil à Graham) le yin et le yang dansant sur la scène...

bref, il me restait en mémoire des sons, des couleurs, de la lumière, de la vie, de la gaité... un spectacle vivant, cohérent, véritable hymne aux vibrations que sont le son, la couleur, le mouvement...

Signes est un ballet sans " message" mais profondément spirituel car il se nourrit à la source même de la vie : l'énergie, c'est dont parle aussi bien les Chinois ( le Chi) que les Indiens...

Il y a aussi tout ce travail fait sur la couleur, sur la lumière : on passe de l'ombre à la mi ombre, au plein soleil, couleurs lunaires cèdent la place aux couleurs solaires, la scène rouge sang, devient bleue pale, et puis les décors sont mobiles, ils bougent, ils sculptent l'espace agrandissant ou rétrécissant l'espace scénique.

La musique, simple, un peu facile parfois, est là pour donner le diapason : comme une harmonique qui amplifie le travail de couleur et de mouvement...

bref, un spectacle d'art total, envoutant, grisant, dont on ressort le corps léger, l'âme légère, avec une envie absolue de couleur, et un amour immodéré pour la lumière... sans elle, on ne verrait rien...

Carlson, que j'ai souvent vue au théâtre de la ville, dans des oeuvres qui m'ont tour à tour plu ou déplu,  a réalisé pour l'opéra de ballet l'une de ses plus vivantes chorégraphies...

C'est Pietragalla qui avait créé le rôle féminin

Quand à Patrice Besombes, il a réalisé les lumières, et c'est un travail souvent peu salué qui est vraiment fabuleux sur cette oeuvre.


Signes, édité chez Bel Air.

actuellement, C Carlson dirige le centre chorégraphique de Roubaix :

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25 février 2007 7 25 /02 /février /2007 15:32

  La fille du Pharaon est un des ballets exotiques de Marius Petipa, grand chorégraphe marseillais, fraichement débarqué à Saint Pétersbourg... il a déjà à son actif plusieurs chorégraphies, réglées pour la plupart à Bordeau ou en Espagne sur des thèmes exotiques ( l'Espagne était déjà à la mode, comme en témoignage, entre autre, le voyage en Espagne de T Gautier, ) et il avait déjà travaillé sur Paquita dans la ville russe.

Ce ballet eut un succès retentissant, et au fil des chorégraphies, Petipa va exploiter cette veine brillante, qui transforme un ballet en un spectacle d'art total, d'une certaine manière : décors, costumes, danseurs, musiques, pas, accessoires, mise en scène, tout est réglé avec une minutie jamais égalée au paravant: des accessoires sont utilisés : voiles, tambourins, qui rythment certaines danses, des animaux font leur apparition : singe, lion, cheval, dromadaire, serpent sacré d'Isis... et puis, il y a les grands défilés qui font beaucoup d'effet... le tout s'achevant en apothéose totale, d'après les dires de l'époque...

 


 

 

Car l'Egypte est à la mode - Aïda, une nuit de Cléopatre en sont d'autres exemples. La scénographie du ballet est tirée du " roman de la momie" de T Gautier : elle relate les amours contrariées d'Aspicia et de Taor, qui en fait, apparaissent en rêve à un lord anglais, parti voyager en Egypte, comme il se doit à l'époque... ce roman de la momie est publié en 1856, la même année que Salambô de Flaubert.

Mais la scénographie n'est qu'un prétexte à des tableaux d'une magnificence exaltante : les décors recréent les fastes de l'architecture égyptienne, telle qu'on commence à la redécouvrir ( Mariette a mis à jour le site de Memphis, quelques années plus tôt) et Petipa, pour les costumes, s'inspire  de fresques vues dans des musées... le soucis de l'exactitude historique n'est pas la priorité, mais plutôt la grandeur de l'ensemble : l'oeuvre est ponctuée par plusieurs " défilés" qui ont beaucoup de succès! L'idée est toute simple : faire défiler sur un rythme de marches militaires, des lignes de danseurs richement costumés pour créer une impression de grandeur et de dépaysement historique et géographique :

 

 

Ce ballet inspirera en partie Fokine pour ses "nuits egyptiennes" de 1907 et pour " Une nuit d'Egypte" en 1908... la sensibilité a changé, mais cet "hommage" met ces oeuvres dans la continuité de la ligne exotique tant aimée encore en ce début de siècle  (il n'est qu'à penser à Ruth Saint Denis, par exemple)

 


 

En 1928, le ballet est donné une dernière fois. Il disparaitra pendant la période bolchévique et ne sera pas repris... C'est Pierre Lacotte qui s'est employé à restituer la chorégraphie de Petipa, en partie perdue, dans son style originel...   il a aussi retrouvé des esquisses de costumes, mais seulement trois costumes intacts... Sa reconstitution, minutieuse, pour le théâtre du Bolchoi avec la sublime Zakharova a fait l'objet d'une captation DVD, de très belle qualité!

Il est étonnant de voir les dignitaires des palais egyptiens danser en dehors, et fermer leurs cinquièmes... mais il en était ainsi à l'époque : le ballet était avant tout une porte ouverte sur un rêve, où tout était mis en oeuvre pour que la perfection soit atteinte... 

 

 

 


 

 

Cette fille du Pharaon ne manque pas de charme. Le ballet annonce déjà la Bayadère, qui reprendra bien des éléments qui avait marqué le précédent ballet... la musique de Cesare Pugni n'est pas aussi désagréable que celle de la Bayadère, même si elle n'a pas la poésie d'un  A Adam... suivra dans le même esprit Raymonda... le Corsaire avait été l'une des premières chorégraphies de Petitpas à Saint Petersbourg dans cet esprit, mais n'avait pas atteint cette splendeur...

 

 

 

J'aurai l'occasion de reparler de Bayadère, du Corsaire et de Paquita... pour l'heure, j'ai déjà écrit quelques petites pages sur Raymonda, que j'aime par dessus tout... peut être parce que c'est le premier ballet de Noureev que j'ai vu sur scène...

Noureev avait d'ailleurs dit à Pierre Lacotte qu'il serait bien de remonter La fille du Pharaon, mais le projet en était resté à l'état de simple désir...

Finalement, Lacotte a pu faire avec le Bolchoi ce fabuleux travail de reconstitution.

 

 

 A lire sur ce blog :  Raymonda

Dvd : la fille du Pharaon édité par Bel air, avec Zakharova et filim.

 

En savoir plus sur Petipa  ( site de C Schemm)

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26 juin 2006 1 26 /06 /juin /2006 19:35

 Pour une fois, je vais laisser la chorégraphe elle même parler. Ce texte est extrait d'un ouvrage fantastique qui s'intitule " Mémoire de danse" par Martha Graham. J'aurai l'occasion de vous en parler souvent, mais aujourd'hui, je voulais vous présenter Lamentation par la voix de Martha.


 

Lamentation, ma danse de 1930, est un solo ( sur une pièce pour piano de Zoltan Kadoly, compositeur hongrois du XXème) dans lequel je suis vêtue d'un long tube de tissu pour suggérer la tragédie qui hante le corps, cette capapcité que nous avons de nous dilater à l'intérieur de notre propre enveloppe, de percevoir et de mettre à l'épreuve les contours et les limites de l'universelle douleur. J'étais en coulisse, en train de me déshabiller et de me démaquiller, lorsqu'on frappa à la pore. Une femme entra dans ma loge. Elle avait manifestement beaucoup pleuré et elle me dit : " Vous ne sauez jamais ce que vous avez fait pour moi ce soir. Merci!"

Elle partit avnt que j'aie pu lui demander son nom. J'appris par la suite qu'elle avait, peu de temps auparavant, perdu son fils de neuf ans, tué sous ses yeux par un camion. Elle était incapable de pleurer. Quoiqu'on tente pour elle, elle était demeurée incapable de pleurer jusqu'au moment où elle avait vu Lamentation. Ce que j'appris ce soir là, c'est qu'il y a toujours une personne dans le public à qui on parle.  Une. Tout ce que je demande, c'est une réaction, positive ou négative.

Une autre fois, dans le Sud, Lamentation suscita une réaction tout à fait différente. Je dansais sur une petite scène dans un club féminin très select. Une vieille dame se leva en grommelant et descendit vers moi la travée de l'auditorium. Elle posa les mains sur la scène et me regarda. Puis elle se détourna et sortit. Ce fut tout... mais je terminais la danse."

 


 


Juste pour dire que cette chorégraphie date de 1930....

vraiment étonnante cette Martha, surtout quand on regarde ses débuts à la Denishawn : la danse pour Ted Shawn et Ruth Saint Denis était décorative, exotique, et mystique... Graham a travaillé seule et sans relâche pour faire naître Sa danse.

 

De plus cette femme a quelque chose en commun avec Rachel Brice : comme elle, elle est née à San Francisco!


A venir : Martha Graham et la modern dance

              Mémoire de danse et commentaire

             Portrait

            Quelques oeuvres chorégraphiques inoubliables...


Savez vous que ?

une de ses dernières élèves fut Madonna, qui d'après Martha Graham avait une personnalité affirmée

que son studio de danse fut loué par Woody Allen pour un de ses films.Martha  trouva le studio si terne qu'elle le fit repeindre...

et enfin, que pour elle, une femme doit avant tout danser... avec son vagin. 

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