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  • : Un jour, une œuvre, par Valérie Beck
  • : Créé en 2006, ce blog rédigé par Valérie Beck a évolué au fil du temps. Il est consacré principalement à la danse, mais est ouvert aux autres arts.
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 09:35


Je ne vais pas, dans cet article faire un compte rendu en bonne et due forme mais vous livrer mes impressions de balletomane passionnée et de Noureeviamania férue...

J'attendais ce Raymonda depuis dix ans; dix ans, c'est long!
En attendant, je me repassais en boucle le documentaire, revoyais mes programmes ( 1984-1998) et visionnais les larmes aux yeux la video historique filmée en 1983 et qui est un chef d'oeuvre!!!
Je l'ai revue pas plus tard qu'hier : oui, elle mériterait d'être diffusée en DVD, elle est d'une qualité exceptionnelle
voici la distribution :

Raymonda : Noella Pontois
Jean de Brienne : Noureev
Abderam : Jean Guizerix
Deux amies : Loudières et Vulpian
Deux amis : Hilaire et legris
deux espagnoles : Patrick dupond, Françoise Legrée
Deux sarrasins : Isabelle Guérin, ?
Deux Hongrois : Pietragalla, ?
La Comtesse : Y Chauviré

et le corps de ballet au top!

Si je commence par cela, c'est parce que les distributions actuelles ne sont guère alléchantes
Séparement, chaque artiste est fabuleux : citons Nicolas Leriche, en Abderam, Dorothée Gilbert en amie et en Raymonda, Alessio Carbone en Abderam, J Bélingart, idem

pour tous ceux ci, je suis sûre que la prestation sera à la hauteur

Mais là où ça se gâte, c'est que le tout est mal assemblé, et que pour les rôles titres il n'y a rien de bien alléchant côté filles ou garçons

Côté Raymonda :
Personnellement, je n'aime pas la Raymonda de Letestu, trop raide, celle de Dupont est trop douce au troisième acte, pas question de voir Cozette
 

Côté prince : guère alléchant : Paquette, qui ne pourra pas montrer son tempérament dans le rôle du prince, Duquenne, belle technique, mais petit charisme, Bullion, bellâtre, mais sans grand chose à dire... à  noter qu'il dansera aussi Abderam... bôf!...
seul Heymann me parait digne d'apporter quelque chose à ce rôle fadasse du beau Prince, il est très jeune mais  a un charisme, un quelque chose de bien à lui, sans parler d'une magnifique technique!

Pour ma part, j'ai vu
MA Gillot en Raymonda
Martinez en Prince
Leriche en Abderam
Gilbert et Cozette en amies
Hoffalt et Magnenet en amis
Bellet et Duquenne en espagnols
Wiart et Valastro en Sarassins
Hof et Romberg en roi et comtesse

Je suis très heureuse d'avoir attendu les distributions pour prendre mes places, et je n'ai pas été déçue, sauf par l'horrible performance de Cozette
Commençons par le pire
depuis Médée, j'avais revu mon jugement à la hausse, mais là, dans un rôle très technique et classique : tous les défauts explosent : genoux en dedans, arabesques avec pied mal placé, buste et tête décalés par rapport à l'axe, rattage au niveau des petites batteries, et j'en passe!
un premier prix de conservatoire de Province danse mieux qu'elle!
Affligeant, je vous renvoir à mon article : des étoiles au rabais

J'attendais avec impatience MA Gillot dans ce rôle pas si facile : sept variations qui montrent une raymonda primesautière dans le premier acte, troublée au second, impériale au troisième
Je sais que MA Gillot a toutes ses qualités
Mais première oblige : MA Gillot dont c''était la prise de rôle avait un trac terrible

du coup, son personnage oscille entre plusieurs interprétations au premier acte
j'ai beaucoup aimé l'adage très long, très beau, qu'elle a interprété parfaitement pour le début
il lui manquait une touche de gaité pour la seconde partie

Quand le Prince arrive en rêve, ouf, elle se détend enfin

Magnifique pas de deux pleins de lyrisme avec Martinez

Au deuxième acte, Gillot trouve ses répères peu à peu, mais les pas de trois avec Cozette sont laborieux,  puis au troisième, la voilà : elle est enfin elle même, et offre un moment de danse mystérieux et puissant à souhait

Je suis sûre que ces autres dates lui permettront de mieux assoier son personnage

 

Martinez a été un prince élégant, un partenaire attentif, avec une danse propre, très française, très soignée, et a donné à ce personnage un style très classique. Pas de surprise, donc, mais le rôle est vraiment ingrat!!!

Venons en maintenant aux deux vedettes de la soirée : Dorothée Gilbert et Leriche

Le Abderam de Leriche est tout simplement génial : aussi puissant et félin que celui de Guizérix, avec une touche de féminité par ci par là, une sensualité à bouleverser la pauvre Raymonda ( qui ne s'en remet pas au final!)
Voilà une vraie étoile :
si je compare avec Guizerix, je peux dire que les deux sont aussi fabuleux l'un que l'autre
ils ne le dansent pas pareil, chacun avec ses propres accélérés, ralentis, sa façon de glisser au sol, de s'en élèver, c'est fabuleux de voir à la fois leur sens musical et leur sens du théâtre, de la danse
les deux sont personnels, inventifs, et se glissent dans ce personnage avec intelligence et passion!
Les yeux de Nicolas Leriche : ouah!! on n'a pas envie de le braver celui là, on ne peut que lui dire oui!

Quand à Dorothée: voilà une étoile fantastique, de la trempe de Loudière
Elle a dansé la variation lente ( jouée au carillon)  avec une maitrise, une musicalité, et une façon tellement à elle de placer ses bras, des pieds ciselés, un buste et des bras souples, une expression parfaite, une présence en scène immense. Je n'avais jamais vu cette variation aussi bien dansée, aussi émouvante! Je l'ai littéralement redécouverte
C'est, depuis la génération des Loudières, une artiste hors norme, que je classe à côté de Pujol ( qui ne danse pas cette saison)

rien que pour ces deux artistes d'exception, j'ai passé une soirée de rêve!

reste à féliciter l'espagnole de Bellet, très belle, le peps de la Sarrasine et Wiart et le Sarrasin de Valastro
l'espagnol de Duquenne était bien dansé, mais comme je le disais plus haut, on dirait qu'il bride sa personnité!

et puis le corps de ballet, éblouissant dans la valse fantastique ( que Noureev a mis trois semaines à régler)
et plein de feux dans toutes les danses  de " caractère"
Le corps de ballet était en forme, et visiblement il y avait une certaine fougue sur scène


Voilà, pour la petite histoire, j'ai pensé très fort à Noureev pendant les dix premières minutes, j'en avais les yeux inondés de larmes
je le revoyais, réglant ce ballet il y a 25 ans, et moi dans la salle, émerveillée par tant de beauté!

La direction a gardé l'ancienne production
la tente a un peu souffert, elle est toute froissée; elle a perdu de son éclat....
mais les costumes sont de toutes beautés et d'une si belle élégance! 

bref, il n'y a plus de places, sinon, j'aurais été voir la Raymonda de Dorothée Gilbert

A noter, que France 3 le 25 novembre diffusera un " digest" de Raymonda
et que la distribution que j'ai vu sera filmée

 


à lire sur ce blog :


raymonda?

raymonda, de Noureev


Noureev, quinze ans d'absence
Noureev, suite
Lettre à Noureev
Noureev
Noureev (2)

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20 novembre 2008 4 20 /11 /novembre /2008 19:45

 

L'opéra de Paris reprogramme enfin Raymonda, non donné depuis 1998

J'avais alors vu deux distributions, l'une avec Pietra et l'autre avec Letestu

Ni l'une ni l'autre ne m'ont laissé le moindre souvenir

Je ne me rappelle même plus qui était Abderam, qui était le prince, qui étaient les amies de Raymonda...

C'est dire!

Mon ballet préféré d'un ennui...

Pendant les deux soirées, j'ai vu comme en dédoublement Pontois, Loudières, Guillem, Guizerix....

J'avais rêvé une distribution

L'opéra l'a presque faite!

Je verrai donc le premier décembre : Leriche en Abderam... Rouhaou!!!

Martinez en Prince ( je ne pouvais pas espérer mieux!)

Gillot en Raymonda : elle aura le caractère qu'il faut... pour le reste, je suis impatiente de la découvrir!

Et puis Cozette que je commence à aimer un peu ( en tous cas depuis Phèdre) et ma Dodo adorée!

Dorothée Gilbert!!!!

J'aurais beaucoup aimé la voir dans le rôle titre aussi mais mes finances ne suivent pas!

Hélas....

J'espère que les décors,les costumes seront tels que les avaient souhaités Noureev!

Qu'une nouvelle production ne succédera pas à la si réussie production de 1983

Par ailleurs, bonne nouvelle : Raymonda est redonné à Garnier : chouette!

J'avais detésté le froid plateau de Bastille en 1998!

immense, que même la grande tente d'Abderam n'arrivait pas à réchauffer!!!

C'est dire!!!

J'attends ce ballet impatiemment, comme un rendez vous d'amour!!

Ah, l'attente fait partie du plaisir, savez vous?

Ce premier décembre me semble encore si loin... J'ai faim de Raymonda qui m'a tant manquée et qui est tellement lié à mon cher et irremplaçable Noureev...

Compte rendu dans 11 jours, top chrono!!!

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 07:35



Avec beaucoup de retard, voilà mon compte rendu!
Ce n'est pas très difficile a écrire car tout est parfaitement clair en mon esprit!

Je ne reviendrai pas sur le côté " people" de la première, où tout un gratin plus préoccupé d'arriver bien en retard sa coupe de champagne à la main pour rejoindre son carré or m'a bien diverti : un vrai zoo!
Quand on est un people fortuné, on ne respecte pas les horaires, on se congratule les uns les autres, toutes les femmes ont le même faux blond, le même balayage et le même collier de perles .. et les hommes, ce même air de gravité sur le visage où on lit, " je n'ai pas le temps, ah, les affaires,  mais il faut bien se montrer à ce genre de soirée"

 
La scène était dressée sur le bassin de Neptune, ce qui fait hurler  l'association des Amis du jardin de Versailles : il parait que le bassin n'apprécie pas du tout, du tout, d'avoir cette scène, que cela détériore la pierre... pas impossible puisque la scène sur l'eau : je ne suis pas sûre que le bassin apprécie beaucoup qu'une centaine d'artistes lui sautent dessus deux soirs de suite...
Un long chemin sur l'eau conduisait les artistes jusqu'à la scène où des coulisses fermees (des sortes de petites huttes! surement pour nous mettre dans le coté primitif du Sacre, héhé!!) les cachaient aux spectateurs quand il ne devait pas être sur scène

La première partie est le Sacre du printemps : le tokyo ballet est curieux : tous les garçons se ressemblent, toutes les filles se ressemblent, et tous les garçons ressemblent aux filles, ce qui fait qu'on a du mal à s'y retrouver : pas de seins, pas de hanches, pas de sexe apparent sous les collants moulants, des corps tous fluets chez les garçons, on dirait des éphèbes, et tout le monde a les mêmes cheveux noirs, coupés pareils  : pire qu'à l'armée!
j'ai donc passé un bon moment à essayer de savoir qui était une fille ou un garçon et cela m'a distrait d'un ennui terrible :  le Sacre où doivent s'exprimer l'agressivité, la sueur, la révolte, une certaine frénésie plus ou moins sexuelle est devenu complètement aseptisé : comme si on avait décontaminé tous ces corps, qu'on les avait passé au même mixeur pour obtenir une homogénéité fade, sans saveur, sans odeur

Le tout dansé d'une façon certes, sans faute, mais scolaire....
Curieux, ce Sacre japonisant... si le corps s'efface pour ne plus être qu'une idée, que reste il du Sacre????

Mais voilà déjà  l'entracte : on a eu droit au même défilé de people, mais cette fois ci dans l'autre sens, sans leur coupe qu'ils ont du fourrer sous leur siège, les femmes de ménage nettoieront, elles sont là pour ça!)
Et les voilà qui repassent encore.... car c'est la fin de l'entracte... sans se presser, en jetant des regards à la ronde " l'ai je bien descendu" car les escaliers qui descendent vers le carré or sont hauts...

Puis La voilà... Sylvie dans la Luna.... tout en blanc. Elle a troqué le long collant blanc et le justeaucoprs pour un pantalon et un haut blanc tout simple... les pointes aux pieds : et là, on se dit dans une fraction de seconde : voici l'art incarné...
Sylvie a une technique intacte ( 42 ans quand même) le même abandon quand elle danse, comme si c'était la première fois, ce même sens musical qui m'amène tout de suite les larmes aux yeux, cette même fragilité sous une technique et une maitrise infaillibles, cette même générosité de la danse
Elle occupe toute la scène à elle toute seule, longiligne et sublime silhouette blanche, quand les soixante danseurs du tokyo ballet avaient péniblement du mal à le faire
Simple et sublime, telle est fut dans la Luna de Béjart : je vois encore la grâce de ses ports de bras, la délicatesse de ses ports de tête, la facilité avec laquelle elle cisèle les pas, et cette impression unique de nous emmener hors du temps.... tout cela sur du Bach : la pureté allié à la pureté, pour un moment de danse simple et beau : comme l'enfance

Ensuite, retour brutal vers le tokyo ballet qui danse une chose prétentieuse de Béjart intitulé " bugaku"
A oublier très vite
il aurait fallu beaucoup d'humour pour faire passer cette chose indigeste mais le tokyo ballet n'en a pas...

Enfin, venait le boléro...

Inoubliable une fois encore : à quinze ans d'intervalles,  (pour moi qui l'avais  vue aux champs élysées en 1992)Sylvie Guillem le danse avec la même fougue, et l'a enrichi d'une ambivalence dans les sentiments : elle est la femme qui fascine, qui envoûte, qui séduit, qui appelle mais s'en amuse.. elle a de la distance avec elle même et le jeu de séduction qu'elle met en place
Tel un grand serpent, elle met à ses genoux tous les danseurs ( qu'on oublie tant elle nous captive) mais sans tomber dans le "trop" Elle les magnétise, elle les a sa merci, tout cela sur le rythme obsédant de ce boléro, où les pieds marquent la pulsation, où le bassin s'orientalise
Un court instant, je revois Leriche, très sensuel dans le même boléro, avec une force évidente
Sylvie reste spirituelle dans la séduction...
On oublie qu'elle danse, parce qu'alors elle est la danse
Son boléro fut flamboyant, intense, nerveux et sensuel tout à la fois
Elle est décidément une immense artiste, toujours au sommet de sa technique
Elle exécuta à la fin la série de saut avec la souplesse d'un félin, sans l'once de la moindre " force" apparente

Inoubliable Guillem! Quatre mois après, je la vois encore, magnétisant les trois ou quatre mille spectateurs...

La soirée reste pour moi inoubliable : voir danser Sylvie Guillem reste pour moi un moment  unique et éternel...
Mille mercis à elle...




à lire Boléro

béjart à Paris
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11 juin 2008 3 11 /06 /juin /2008 08:27

 

 

 

Et oui, elles étaient là toutes, les deux, du 5 au 8 juin pour une série de stages, à l’invitation d’Amana, et pour deux scènes, les 7 et 8 juin, à la maison des cultures du monde…

 

Si rares en France,  ces derniers temps, que c’était un crève cœur pour moi que de ne pouvoir faire les stages par obligation professionnelle…

En tous cas, pas question de les rater sur scène, ni de manquer l’occasion de redire à Rachel quelle artiste elle représente pour moi… elle est l’égale des grandes, des Sylvie Guillem, ou des Marie Agnès Gillot, si je dois emprunter une comparaison au classique…

C’était aussi pour moi une occasion de découvrir Mardi sur scène et de mieux pénétrer leur nouvel univers dont les vidéos sur youtube ne donnent qu’une pâle idée !

En musique, comme en danse, rien ne vaut le direct !

Aussi, suis-je tentée de dire : « sortez de vos maisons, allez aux spectacles ! Allez voir les artistes sur scène ou dans la rue », car, petite aparté, par plus tard que la semaine dernière, j’emmenais Julien au cirque dans notre ville : un petit cirque familial, le père et ses enfants… mais des artistes qui savent tout faire : acrobatie, musique, clowns… quel bonheur que le spectacle vivant, qui nous ouvre l’esprit et le cœur ! Quel bonheur que de découvrir des artistes inconnus, mais habités par leur passion et de les soutenir en allant les voir…

 

Mais revenons à la soirée du 8 juin !

 

Amana présentait en même temps que Rachel et Mardi les élèves de son école, et quelques artistes d’univers différents qu'elle avait sélectionnées aux  stages des deux artistes  (Marieke, Clélia, Olivia Mancino ) ainsi que Vanessa Villain, dans un excellent solo de modern jazz, et Hanae Mizumoto, qui vient d’avoir son EAT classique ; rien qu’avec ces danseuses, j’aurais déjà passé une bonne soirée ! Les numéros étaient variés, bien maîtrisées, et les élèves d’Amana ont dansé avec conviction et  fraîcheur deux numéros de danse orientale, un sharqi où tournoyaient de poétiques jupes de mousseline colorées, et un  numéro de canne, bien  enlevé et joyeux… !

 

Quand à Mardi et Rachel, elles nous ont dansé de larges extraits de leur dernier show… ces deux artistes qui possèdent toute les deux une maîtrise technique exceptionnelle sont issues de la danse «  tribal fusion »

Mais on voit bien l’évolution de leur travail depuis leur passage aux folies bergères en 2005…

Humour, poésie, univers décalé, mélange des styles musicaux, costumes inédits, leur danse s’oriente vers un univers éclectique et qui pourtant à sa réalité, son unité… ainsi, elles peuvent passer de la musique de cirque, à un univers de fanfare rom, en passant par les sons métalliques de Pentaphobe, sans que leur univers ne perde de sa cohérence… amies dans la vie, elles le sont sur scène aussi, où l’une ne vole pas la vedette à l’autre, même si j’ai quand même une préférence pour le «  mystère » Rachel… d’ailleurs, Rachel a aussi une légèreté, une espièglerie, une fraîcheur sur scène qui parfois se transforme en une force capable de soulever un enthousiasme absolu par de là la fascination qu’elle inspire naturellement..

 


Au delà de la fabuleuse maîtrise de leurs isolations qui empruntent largement à la danse orientale et au jazz, leur style se métisse de nombreuses influences, sans que l’on puisse les nommer car Mardi et Rachel ne copient pas des mouvements, mais se  les approprient,    les intègrent…

C’est Mardi qui  conçoit en grande partie leurs costumes, trouvant parfois l’inspiration dans des soirées «  underground » à San Francisco … ceux que j’ai vus dimanche empruntaient à la fois au folklore tzigane, ( grands jupons à volants colorés) à la danse orientale, (pour les hauts savamment travaillés)  aux années 20  et à son esthétique à la fois  très sophistiquée et sensuelle – d’ailleurs, Mardi a quelque chose d’une maîtresse femme des années 20 !- à la fin du 19ème, mais le tout revu à la lueur du 21ème siècle… je crois que, comme toujours, seules les Américaines arrivent à s’affranchir des codes, des conventions,et s’octroient une plus grande liberté lorsqu’elles créent des univers artistiques. Elles arrivent plus que les autres à aller au-delà des étiquettes,  à utiliser les références existantes pour les détourner, à innover sur des bases qui ont déjà fait recettes et qui tout à coup, prennent « un coup de vieux »

D’autres costumes déclinaient la magie du noir en une variété de vêtements et d’accessoires incroyables : jupons, bottines, mitaines, ceintures, sans parler des bijoux qu’elles portent à profusion et des coiffures compliquées, mais qui paressent si naturelles sur scène. Le «  too much » n’existe pas avec Mardi et Rachel !!!

Mardi est une plantureuse créature, qui possède une présence forte et radieuse sur scène… en contraste, Rachel est plus énigmatique, plus longiligne, avec cette petite lumière à la «  fée clochette » qui est irrésistible… Les deux se complètent, s’harmonisent et crée un duo vraiment inédit…

 

Tout le long de leur passage, le temps s’est suspendu : j’étais happé dans leur show comme dans un vortex, et quand celui-ci nous dépose sur le rivage du temps qui reprend son court, on a l’impression qu’on a juste battu des cils… le spectacle n’est pas déjà fini ?

 

 

Comme Amana m’avait gentiment invitée à ce spectacle, je suis ensuite allée la remercier dans les loges ; il y régnait une ambiance joyeuse et généreuse, très conviviale et chaleureuse ! Rachel est d’une gentillesse et d’une simplicité à couper le souffle… c’est assez fantastique de pouvoir remercier les artistes après un spectacle. J’ai toujours été touchée par la gentillesse et la simplicité des danseurs étoiles, qui ont l’air étonnés qu’on ait attendu dehors à la sortie des artistes  juste pour  leur dire merci

Chez Rachel, la même simplicité, ce qui montre que c’est vraiment une grande…

Il y a deux ans, lorsque le stage s’était terminé, j’avais eu une grande bouffée de nostalgie pendant de longs jours… c’est ce que je ressens aussi aujourd’hui…. Elles sont retournées à San Francisco… Dis, quand reviendront-elles ?

 

Merci à Amana de les avoir invitées, de nous avoir permis de revoir ces belles artistes sur scène… !

J’espère les revoir très vite….

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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 07:33

 


Je suis encore sous l'émotion de la Maison de Bernarda que je viens de voir à l'opéra Garnier ce dimanche 11 mai, et sous l'extraordinaire interprétation de Manuel Legris dans le rôle de la veuve Bernarda

Cette oeuvre austère, puissante, forte, et parfois drôle de Mats Ek met en scène une veuve et ses cinq filles qui vivent recluses :  aller prier à l'église voilée de noir est leur seul moment à l'exterieur  de la maison où elles subissent la tyrannie et la frustration de leur mère.

Je reviendrai sur cette oeuvre noire mais qui ne manque pas de couleurs plus tard. Je veux simplement ici, en quelques mots parler de Manuel Legris qui décidément, n'en finit pas de surprendre, d'étonner....

Ces cinq dernières années, je ne l'ai certes pas vu danser dans tous les rôles qu'il a endossés, mais trois d'entre eux, parmi ceux que j'ai vus,  m'ont profondément marquée : il y a d'abord le rôle d'Aminta, dans le poétique et triste  Sylvia  de J Neumeir; le rôle de Charlus, dans  Proust ou les intermittences du coeur , de Roland Petit et enfin, ce rôle de  Bernarda, dans la maison de Bernarda de Mats Ek

Pour ces trois rôles, Legris présente une technique éblouissante, et qui ne fait pas dans la démonstration. Cette technique, impressionnante,  est au service de son personnage. Elle a  gagné en concentration. Certes, Legris a toujours dansé avec une intensité et un abandon total - je l'adore dans la variation de la méditation de la Belle au bois dormant, inégalée pour moi -. Aujourd'hui, j'ai l'impression en voyant M Legris danser que tout part d'une force intérieure exceptionnelle et  parfaitement maitrisée. On a l'impression que c'est cette force intérieure qui nourrit tous ses pas, toutes ses intentions, jusqu'aux expressions de son visage qui sont toujours justes.

Il est étonnant que le rôle de Bernarda soit tenu par un homme : c'est ce que veut Mats Ek. Plus étonnant encore qu'on ne doute pas   un instant  que Legris soit cette Bernarda tant il endosse son rôle avec conviction.

Le personnage est tout à la fois détestable et touchant. Sans être jamais ridicule, ce qui n'est pas chose aisée; car la scène   avec la statue du Christ descendue de son crucifix, dansée torse nu, pourrait tomber dans le scabreux. Il n'en est rien. Ressort simplement le mélange de foi, de frustration, de solitude, d'une femme blessée par son veuvage et par la situation politique étouffante que traverse son pays.  ( L'oeuvre de Lorca dont s'inspire Mats ek a été écrite quelques temps avant que l'écrivain ne soit exécuté par les franquistes)

Ce personnage, Legris lui donne un coeur, des tripes, une austérité, une apreté, tout cela à la fois, et surtout, une présence sur scène dominatrice, tyrannique, impitoyable. Il broie sa famille, et même sa bonne qui a une haute vitalité et une bonne dose d'humour et qui parfois tente de s'opposer à elle, subit aussi sa tyrannie implacable.

Quand à la technique de M Legris, qui comme je l'écrivais plus haut est au service du personnage, elle est précise, virtuose, nerveuse, et a gagné quelque chose qu'il n'avait pas dans sa jeunesse. Qu'est ce que c'est? Car legris a près de 45 ans et part à la retraite cette année. Et j'ai vu bon nombres de danseurs qui artistiquement étaient extraordinaires à la fin de leur carrière, mais avaient perdu de leur " panache" technique, ce que compensait leur maturité artistique. Là, ce n'est pas le cas : non seulement la technique est intacte,mais elle semble avoir acquis une précision, une intensité supplémentaires.  Comme si un feu ardent couvait sous chaque pas...

 
Les deux autres rôles que j'évoquais plus haut atteignent eux aussi une perfection tant sur le plan de l'interprétation que de la technique

Aminta, débordant d'amour pour Sylvia, est un personnage pathétique, qui nous rappelle toute la force qu'a le mot nostalgie. Sa première variation est débordante d'espoir, d'amour, et au fil du temps et du choix de Sylvia, le personnage gagne en tristesse et en chagrin. Il nous emmène alors dans le pays de l'hiver, où résonne en echo lointain le souvenir d'une jeunesse... et pourtant, l'amour n'est pas mort... IL y a une très belle captation video de ce ballet disponible en dvd.... le rôle est sur le fil, tout en sensibilité, en délicatesse, mais sans aucune mièvrerie.

Quand au personnage de Charlus, Legris lui donne là aussi une humanité qui n'est pas si facile à rendre. Ainsi, ce personnage bafoué dans son amour ne devient pas grotesque mais profondément touchant.
Et lorsque vient la variation ou Legris/ Charlus entend Morel jouer du violon, on retient son souffle tant on est emporté par la fougue, la précision, la netteté des pas dansé par Legris... il règne alors une frénésie que l'on connait lorsque l'on est amoureux. Et derrière cette frénésie transparait un vague ridicule d'un personnage du boulevard Saint Germain qui " s'oublie presque" dans cette effroyable société que sont ces parvenus de Verdurin....

Bref, je n'ai pas souvenir à l'opéra de Paris d'avoir été ainsi étonnée par des danseurs à la fin de leur carrière. ( Des danseuses si! N Pontois notamment)

Legris, au delà de sa technique a cette capacité incroyable a surprendre encore par l'intelligence qu'il a des rôles qu'il endosse. Et cela, c'est à mes yeux, le plus cadeau qu'on puisse faire à un spectateur : l'emmener là où il ne pensait même pas aller... lui faire retenir son souffle, tant l'intensité esthétique emporte vers des hauteurs d'où l'on redescend profondément nourri et enrichi....

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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 08:45

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Un nouvelle émission télé consacrée à la danse?

Nicolas Leriche remonte ce ballet pour la seconde fois; Caligula avait été créé en 2005 à l'ONP, avec dans le rôle titre Mathieu Ganio et Jérémie Bélingard, en alternance... 

Samedi dernier, il y avait une répétition publique à l'amphithéâtre de la Bastille... ces répétitions sont toujours des moments privilégiés pour les balletomanes... ou pour les amoureux de la danse tout simplement. L'amphithéâtre est petit, convivial, permet une proximité avec les danseurs et les chorégraphes... 


Ces répétitions publiques sont souvent l'occasion pour le chorégraphe d'expliquer son travail, ses intentions au public, et aussi de montrer comment se passe une répétition en studio...
Et c'est souvent cette partie là qui est là plus interessante : lorsque les mots se taisent pour laisser la place à la danse

Cette répétition était filmée car Brigitte Levfèbre aimerait lancer une nouvelle émission télévisuelle pour toucher un public plus vaste : ceux qui finalement méconnaissent la danse et ne viennent donc jamais voir des spectacles ni à l'opéra ni ailleurs...  j'ose espérer que cette émission verra le jour car la danse n'a plus droit de citer à la télévision depuis longtemps...

Un travail réglé au milimètre près

Pour cette première répétition filmée, il y avait bien sûr le danseur-chorégraphe et aussi Nicolas Paul et Aurélia Bellet.
Tout deux se sont prêtés comme bien souvent à ce travail intimidant devant un public... Nicolas les corrige, rectifie un chemin, une position de bras, de main, explique le ressenti intérieur, etc...

C'est toujours passionnant de voir comment un mouvement passe d'un corps à un autre, ce qui change ( surtout du corps d'un garçon à celui d'une fille)... 
Les danseurs ont répété des passages de Caésonia, la première femme de Caligula, notamment une scène de la Bacchanale,  quelques passages de Mnester, et des suivants... la bacchanale dansée par Caesonia m'a rappelé des figurines de Bacchus peinte sur des vases antiques... elle en avait en tous cas l'esprit...

Nicolas a expliqué que le livre de Nietzsche sur la tragédie l'avait beaucoup inspiré dans sa conception de l'artiste dyonisiaque et apollinien, et qu'il avait créé deux styles en fonction de ces polarités... 

Il a ausi longuement expliqué comment s'était construit son ballet ( à partir des lectures sur Caligula qui l'ont amené à en avoir une vision horizontale- Caligula avait un pouvoir total sur l'Empire et pouvait frapper là où il le voulait en un temps record - ce qui l'avait conduit à imaginer un vocabulaire de danse près du sol, qui s'allonge dans les déplacements ... il a insisté pour dire que le ballet était un portrait de Caligula tel qu'il se l'était représenté et non un ballet sur la vie de Caligula...

Il n'hésite pas aussi si besoin est à modifier sa chorégraphie pour l'adapter au danseur qu'il fait répéter.
Il y avait notamment une très longue phrase dansée par Nicolas Paul qui a subi sous nos yeux des transformations...

Changer le regard

Ces répétitons sont passionnantes dans la mesure où elles permettent d'entrer plus profondément dans une oeuvre... 
est ce que cela change le rapport à l'oeuvre?
Oui, parce que lorsque l'on a une connaissance plus intime d'une oeuvre, des connexions se font dans notre esprit qui sont de l'ordre de l'affect... un peu comme une personne qu'on aime d'autant plus qu'on la connait de mieux en mieux...
Et ce travail de transmission de la danse est émouvant à voir car si fragile : tout repose sur la confiance, la mémoire du corps....



complément d'information sur le site de l'opéra

 

Ballet en cinq actes
Argument de Nicolas Le Riche et Guillaume Gallienne

Musique Antonio Vivaldi (Les Quatre Saisons)
Musique électro-acoustique Louis Dandrel
Chorégraphie Nicolas Le Riche (Opéra national de Paris, 2005)
Scénographie Daniel Jeanneteau
Vidéo Raymonde Couvreu
Costumes Olivier Bériot
Lumières Dominique Bruguière
Dramaturgie Guillaume Gallienne

Caligula Nicolas Le Riche ou Stéphane Bullion
Lune Clairemarie Osta ou Muriel Zusperreguy
Mnester Benjamin Pech ou Nicolas Paul
Chaereas Wilfried Romoli ou Jean-Christophe Guerri
Incitatus Gil Isoart ou Stéphane Phavorin
Caesonia Géraldine Wiart ou Miteki Kudo
Les 3 figures Audric Bezard, Vincent Chaillet, Aurélien Houette
Les sénateurs
Séverine Westermann
ou Caroline Robert, Claire Bevalet
Stéphane Elizabé, Jean-Christophe Guerri ou Alexandre Carniato, Josua Hoffalt, Gil Isoart ou Nicolas Paul, Vincent Cordier
Les suivants
Aurélia Bellet
, Christelle Granier, Amélie Lamoureux, Ludmila Pagliero, Ghyslaine Reichert
Fabien Roques
, Samuel Murez

sur le site de l'opéra : article




 
J'avais déjà consacré deux autes articles à Caligula en 2006 : 

Caligula, Nicolas Leriche

florilèges de critiques stupides et baclées
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1 mars 2008 6 01 /03 /mars /2008 10:22

 
undefinedCette œuvre du chorégraphe suédois fait partie de mes favorites, au même titre que Ivan le terrible De Grigorovitch, ou bien Giselle,de Perrot/Coralli, ou encore Sylvia de John Neumeier ou le Mandarin Merveilleux de Béjart.

C’est l'une des oeuvres les plus incroyables que je connaisse, bourrée d’émotions, de fantaisie, de douleurs, d’énergie, d’humour, de vitalité, de dérision… Servie par les talents de l’Opéra de paris, ( dvd commercialisé, quelle excellente idée !) c’est sans conteste un chef d’œuvre ! 
Appartement est accompagné, sur scène par le Fleshquartet, musiciens suédois qui ont dopé leurs cordes de quelques décibels électroniques supplémentaires… Le résultat : désopilant et bouleversant, enthousiasmant et décoiffant ! On se sent malmené, dérangé, mais en même temps, on veut savoir… quoi ? l’envers du décor peut être, l’envers de ces vies quotidiennes dans ces appartements… où se jouent les petits ou grands drames de l’existence humaine ! On suit une dizaine de danseurs dans les méandres de la vie… 

Décors et costumes : 

L’appartement n’est évoqué que par un bidet, une porte, un four, des aspirateurs menés tambour battant au son d’une gigue Des groupes, des couples, des trios apparaissent, s’unissent, se désunissent, dialoguent ou se déchirent… quand ils ne sont pas plongés dans leur propre solitude ! 
Cette œuvre, servie par des décors restreints, utilise des costumes qui s'apparentent à des vêtements désassortis, ou ridicules : Claire Marie Osta porte une robe recouverte de pinces à linge, Kader Belarbi a un collant à rayures, Stephanie Romberg, de grosses sandales sur des collants épais et crèmes, José Martinez a de bizarres protubérances sur son costume élégant… les autres semblent être habillés avec ce qui leur est tombé sous la main… 
Des costumes ne naît nulle drôlerie : plutôt un mal être, comme si l’on voyait plus loin que le vêtement, comme si quelque chose d’intime nous était livré sur le personnage. 
Tout commence devant un faux rideau de l’opéra de Paris puis se poursuivra rideau levé. Sur la scène se tiennent les musiciens… comme dans Alice au pays des merveilles, on regarde l’envers du décors. Nous, les acteurs de nos vies quotidiennes, on en devient les spectateurs dans une chorégraphie excentrique et parfaitement maitrisée de bout en bout, jusqu’à l’évocation du drame avec ces bandes rouges qu’on colle sur les portes lorsqu’il y a eu meurtre. Mais comme dans Alice au pays des merveilles, Appartement ne se finit pas sur ce drame mais sur un époustouflant final où se rejoignent et se croisent les dix danseurs : ( dans le dvd : Osta, Leriche, Belarbi, Romberg, Gillot, Talon, Romoli, Carbone, Martinez et Hurel)
D’ailleurs, comme dans Lewis Caroll les portes ne s’ouvrent sur rien d’autre que du vide et de la non communication ; dans les fours se trouvent des bébés calcinés ; des aspirateurs pansus comme des cornemuses sonnent des gigues et entrainent avec eux les ménagères qui les manient ; les bidets cachent des visages de femme qui semblent malades, qui tremblent sous le regard parfaitement indifférents des hommes et les fauteuils prennent la forme de l’ennui de leur propriétaire… 


Un engagement total 

undefinedIl y a tant de vie, dans cette oeuvre, déclinée sur tous les tons et demi-tons! Mats Ek a une sensibilité hors pair, c'est sûr, et sous la dérision ce cachent parfois des larmes, de la peur, du chagrin. De l'amour aussi, mais qui ne peut être reçu, seulement donné, et maladroitement.
Ce que j’aime par-dessus tout, c’est l’investissement des danseurs dans cette œuvre : pour la servir, ils n’ont pas d’autres choix que de s’y mettre à nu, de se donner à fond, corps, âme et tripe, et de mettre au diapason leurs énergies, leurs vies, leurs pulsations profondes Car la musique, lente ou vive, pulse, comme la vie elle-même ! Et cette pulsation forte, profonde, accompagne l’œuvre tout du long et les danseurs en si parfaite osmose, et pourtant, tous si profondément individualisés. 

Pas de virtuosité gratuite! Et pourtant, tous sont virtuoses!


Tous excellent ! Tous donnent leur énergie, leur vitalité, leur moi profond… Leur engagement, leur technique, la maîtrise de leur corps, époustouflante, leur virtuosité qui cède la place à une apparente facilité et simplicité, tout tient le spectateur en haleine, hypnotisé mais conscient de ce qu’il voit et ressent. Cette œuvre n’annhile pas les facultés mentales. La virtuosité pure  plonge souvent le spectateur dans une sorte d’extase béate où s’engloutissent sa réflexion, son émotion, son esprit analytique ou critique. Ici, rien de tout cela. La virtuosité n'est pas exibée, car elle est au service du propos. 

La gigue des aspirateurs est un petit morceau d’anthologie ! undefined
A l’opéra de Paris, elle était servie par cinq danseuses aux personnalités bien différentes, aux physiques eux-mêmes bien distincts, et ces femmes communiquaient tout à la fois par leurs pas et leur danse, une vitalité, un enthousiasme, un ras le bol doublé d’un moment de folie… Bref, une œuvre profonde, tonique et attachante, car les failles sont là, les mal êtres sont là, mais le tout emporté par une énergie, une vitalité qui met à l’unisson tous ces talents…

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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 13:26

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Bessmertnovna s'en est allée ce mardi, à l'âge de 66 ans...
Elle appartenait à l'école du Bolchoi...
Je n'ai jamais eu, hélas, la possibilité de la voir sur scène
En revance, c'est elle qui m'a donnée mes plus fortes émotions artistiques lorsque j'avais 13 ans
La télévision avait diffusé Giselle, tournée en studio. Elle y dansait le rôle titre. Elle y était exceptionnelle.
Son image m'a hantée des années et des années durant... ce que j'avais vu à la télé restait l'une de mes grandes références de Giselle...

Comme toutes les grandes, aucune démonstration de virtuosité gratuite : mais une maitrise parfaite de chaque intention... le corps répondait parfaitement, et n'était là que pour servir les émotions, incarner un personnage. Pas d'esbrouffe...

Bessmertovna a enregistré deux fois Giselle. Une fois jeune, une fois à près de 50 ans. J'aime les deux... et je les ai toutes les deux à la maison. Dans la seconde, la maturité artistique est à couper le souffle
Dans la première, elle est physiquement plus crédible au premier acte...

Au deuxième acte, Bessmertnova est une Giselle complètement aérienne, d'une légèreté rarement égalée. Un vrai fantôme, comme le romantisme les aimait tant... ( et moi aussi!)
Ses ports de bras sont doux mais précis, nets mais sans sécheresse, et elle respecte complètement l'esthétique romantique.... cet abandon dans les bras, mais sur des pointes d'acier...

Dans le deuxième acte, Giselle reste aussi modeste que dans le premier....

gisell06.jpg

J'ai consacré un article à sa Giselle....

Cette artiste qui a reçu les plus grands honneurs, aura sans doute toujours ignoré qu'elle a fait couler les nombreuses larmes d'une petite adolescente française devant sa télé, qui, trente ans après est toujours aussi émue en la regardant danser...

Emouvante et géniale Bessmertnova!

C'est l'une des plus belles faces de l'art : on ne sait jamais qui on touche, ni a quel point on peut vivre dans l'esprit de quelqu'un....

ivan04.jpg




lire aussiGiselle, version studio de 1974

Bessmertnova dans le rôle d'Anastasia, extrait du ballet Ivan le terrible, créé par son mari Grigorovitch
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7 février 2008 4 07 /02 /février /2008 08:22

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Voilà donc un peu plus de deux mois que Béjart a changé de planète, d'univers... où est il aujourd'hui? A t-il retrouvé son père, sa mère disparue trop tôt? Où bien sa vie terrestre ne compte-t-elle plus là où il est?
 

Avant  hier, j'ai revisionné dans sa totalité le Dvd ci dessus " Béjart, Brel et Barbara"

Et un mélange étonnant de tendresse, de tristesse, de nostalgie, d'émotions intenses se sont mêlées en moi...

Je suis née en 1962, années où triomphe Brel sur scène, où   Barbara chante depuis quelques temps mais n'est pas encore très connue, et où Béjart entame une longue longue carrière...

Dix ans plus tard, Béjart, Brel et Barbara me sont familiers. La télé, la radio font la part belle aux deux chanteurs qu'on voit et qu'on entend très souvent. Dans mes livres de danse,  des photos du Sacre, de la 9ème symphonie,  du Faust de Berlioz -  oeuvres qui changent complètement le monde de la danse -  me marquent profondément : je  n'en connais que les photos que j'ai sous les yeux et ce qu'en écrit Odette Joyeux,    mais leur visuel m'intrigue et  je cherche à leur donner un sens...

Pendant de longues années, ces trois géants sont là, j'achète leurs disques que j'écoute tous les jours  à la fin des années 70  et je vais voir régulièrement les Ballets du XXème au Chatelet... ces artistes m'accompagnent... même Mia, en plein coeur des années 90 évoque Brel à son cours, le premier à être parti... puis c'est Barbara...

 Avec le départ de Béjart pour d'autres latittudes , le glas de tout un courant artistique a sonné...  cette époque artistique aimée    ne reviendra plus jamais...

J'appartiens à l'héritage culturel du XXème et le XXI ème siècle a commencé...

Et je le sens....
Et j'ai la nostalgie du siècle passé...

Bien sûr,   des chorégraphes d'aujourd'hui   m'enthousiasment, j'écoute énormément de musiciens ou de chanteurs  qui appartiennent à la vague de la "world",  dont Peter Gabriel et son label " real world music" ont été les précurseurs...

Mais ce monde particulier éclos dans les années 70 et que Béjart a porté jusqu'à sa mort, avec une fraicheur d'inspiration toujours renouvelé a disparu...  

Les  dernières créations de Béjart étaient inégales, mais il y avait toujours quelque chose qui touchait au plus profond. Ses dernières oeuvres étaient moins inventives mais elles restaient profondément vivantes, humaines, portées par  des   interprêtes d'exception, comme E Ros, et Gil Roman,    découvert en 1996 dans " le presbytère n'a rien perdu de son éclat"

 J'ai à la maison des livres, des dvd, des disques, et dans ma tête d'innombrables souvenirs de spectacles, mais la brisure est là  : avec la mort de Béjart, le monde du XXème vient de s'éteindre, une certaine culture de langue française est définitivement passée, et je me sens orpheline :  comme le dit si bien Barbara dans Rémusat : " vous ne m'avez pas quittée depuis que vous êtes partie(...)  c'est bête de se sentir orpheline à 40 ans..."
Lorsque P Boulez lui aussi disparaîtra, - il fait aussi partie de mon paysage artistique et j'irai l'écouter cette année encore diriger Ravel à plus de 80 ans -  ce sera tout un monde qui tournera une page; c'est ainsi, Shiva a toujours le dernier mot... tout finit par disparaître...

Lorqu'une personnalité du monde artistique qu'on a cotoyé  par la pensée pendant près de quarante ans s'en va, on prend conscience de sa propre mortalité : car si un Dieu meurt, pourquoi le reste de l'humanité serait elle éternelle? Et la fragilité de l'instant apparait dans toute sa puissance... et sa force aussi...  
Les émotions, les pensées liées au passage de Béjart sur la Terre sont si riches qu'elles vivent en soi, tant que dure notre propre existence... c'est troublant...
Dans le souvenir, Béjart gagne une immortalité terrestre... l'immortalité  corporelle qu'on lui prêtait naïvement devient une immortalité du souvenir

Cela me rappelle ce beau film Excalibur où meurt Merlin...  
Merlin, qui par amour pour Morgane  est passé dans un autre monde,   vient rendre visite au roi Arthur dans ses songes, ses pensées... le roi Arthur se sent orphelin depuis sa mort... il dialogue avec  ce Merlin de l'autre monde...  bouleversant  est le lien immatériel qui unit  Arthur à la pensée de Merlin, à son esprit...

Peu de temps après sa mort, j'ai moi aussi beaucoup rêvé de Béjart...
 
A la mort de Béjart, les médias y sont tous allés de leur hommage : rediffusion de spectacle à des heures indues et sans même prevenir les pauvres téléspectateurs, articles dans toute la presse, hors série - magnifique d'ailleurs! - de télérama et de Danser... mon Dieu, en quelques jours, une vraie folie!!!!

Mais quand on pense que pour fêter les 50 ans de sa compagnie, aucun théâtre parisien  n'a voulu l'accueillir trois soirées de suite, ce qui fait que le jubilée a été fêté à Lille...

Dans les dernières interwiews, Béjart parle de ses années à Bruxelles comme des plus heureuses de sa vie... Lausanne et les presque 20 années de résidence là-bas ont été, me semble t'il, marquées par l'absence de disparus...

Béjart, avant de mourir, a dit adieu à ceux qu'il aimait : il a appelé Shonach Mirk, qui était tellement sublime sur scène  aux côtés de Jorge Donn, pour lui dire au revoir, et il a eu ce geste pour beaucoup d'autres...

Comme Noureev, a qui il a offert la chorégraphie du Chant du compagnon errant, Béjart a surtout   été heureux   dans les studios de danse, lorsqu'il créait au milieu des danseurs.
Est ce que l'absence de sa mère qui lui a dit adieu au téléphone lorsqu'il avait huit ans, et lui a demandé d'être fort parce qu'elle allait mourir, a distillé sur sa vie une tristesse, un chagrin inguérissables? 

C'est ce qui ressort du très beau film  " Béjart" où le chorégraphe évoque la douleur d'avoir perdu sa mère enfant... c'est la danse, puis la création qui  l'ancrerontdans la vie, et quand des années plus tard, il apprend la mort brutale de son père dans un accident de voiture, la douleur s'est avivée.... elle s'avive encore avec la disparition de Jorge Donn...

Je ne suis pas de celles qui pensent que les épreuves rendent plus forts... elles creusent en nous des sillons indélébiles, qu'on oublie parfois, mais qui sont toujours vivants et se réveillent au premier chagrin.

Au delà du chorégraphe qui avait une compréhension et un amour  de la musique exceptionnels, il y a un être humain qui, comme les autres, a souffert  de l'absence de ceux qu'il aimait

Une blessure encore plus terrible habitait Barbara, victime d'inceste pendant de longues années...


 Lorsqu'ils s'en vont, des êtres comme ceux là ne partent pas vraiment... ils laissent  une trace, un quelque chose, même si ce n'est pas à proprement parler  un héritage, dans la mémoire de leur public qui les a sincèrement aimés, parfois jusqu'à l'adoration...   cette trace reste vivante, on la porte en soi, on  grandit avec, elle se mêle à nous même... on est le limon dans lequel  elle s'installe... comme un engrais, elle nous  enrichit et perdure aussi longtemps que notre mémoire reste vivante...

Je garderai Béjart dans mon coeur jusqu'à mon dernier souffle... 
Et qui sait? peut être au delà...

  

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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 08:13

Spartacus3_big.jpg Dimanche, je suis allée voir Spartacus, à l'opéra de Paris dansé par la compagnie du Bolchoi avec comme artiste invité Denis Matvyenko : ce fut une totale révélation!

Ayant aimé l'Ivan le Terrible de Grigorovitch, je pensais que ce Spartacus aurait les qualités nécessaires pour me plaire... les autres programmes, très franchement ne m'inspiraient pas : Le Corsaire, version Petipa ( je hais la Bayadère!) ou encore un programme réunissant des chorégraphies de Petit ( celle ci ne me disait franchement rien) et d'un chorégraphe russe contemporain

J'ai donc opté pour l'oeuvre succeptible de me plaire

Très franchement, je n'ai pas été bouleversée par l'oeuvre dans son ensemble que l'orchestre Colonne une fois de plus s'est fait un plaisir de massacrer d'un bout à l'autre... Katchaturian se massacre facilement, il faut dire, et l'orchestre s'en est donné à coeur joie!

Ce n'est pas la scénographie, intelligente, qui gâche le ballet. Ce sont plutôt les chorégraphies de groupe elles mêmes que j'ai trouvées très naïves...  les chorégraphes hollywoodiens des années 50 ont plus d'imagination, de fantaisie, d'audace!
Cependant,  opposer deux couples ( le général, sa courtisane, d'un côté, puis Spartacus sa femme de l'autre, les uns représentant le pouvoir en place, les autres, l'incarnation de la liberté face à l'oppression) permettait d'en tirer de remarquables face à face, pas de deux, et de varier "monologues" autrement dire solo et scène de groupe... tout cela permettait une dramaturgie interessante, facile à suivre.

En revanche, les costumes, la gestuelle des Romains, des courtisanes, la scène d'orgie, tout cela est gentillet.... de plus, je n'ai pas trouvé la troupe du Bolchoi excellente : certes, les danseurs dansent avec conviction, énergie, mais j'ai souvent trouvé que le tout manquait singulièrement de classe, c'était parfois un peu fouilli, un peu brouillon... 

Personnellement, je trouve la vision de Rome par Leriche dans Caligula beaucoup plus pertinente : mais en comparons pas ce qui ne peut l'être... et puis, je vais en reparler bientôt!

En revanche, et c'est là mon coup de foudre de ce dimanche 20 janvier, le Bolchoi pour incarner l'épuisant et éprouvant rôle de Spartacus, avait fait appel à l'étoile Ukrainienne Denis Matvienko...

Il m'a littéralement bouleversée, captivée, émue, impressionnée, bref!

Ce rôle de Spartacus demande d'abord un engagement émotionnel total. Ensuite, une force physique peut commune car de très nombreux portés tous plus impressionnants les uns que les autres émaillent le ballet. Lorsqu'il porte Phrygia d'une seule main, en la soutenant sous la hanche et qu'il traverse le plateau... on pourrait se croire au cirque... et bien pas du tout, et c'est là tout l'art de Matvyenko : ce porté n'est pas là pour dire : " regardez moi, vous avez vu??? " mais plutôt  " Phrygia, je te protègerai, n'aie crainte, je reste à tes côtés"  et du coup, au lieu d'applaudir, on retient ses larmes...

C'est bien Spartacus /Matvyenko qui a donné  toute sa force au ballet, qui lui a donné toute son âme...
C'est toujours bouleversant de trouver un artiste idéal sur scène, qui non seulement est doté d'une prodigieuse énergie, d'une technique accomplie, mais qui en plus, a cette dimension artistique qui fait toute la différence entre d'excellentes techniciens, et des artistes...

 

Dans la scène du camp, où ses hommes l'abandonnent un à un, sentant que Crassus lève une armée pour écraser la rébellion, Matvienko m'a remis en mémoire une  scène bouleversante  de Cléopâtre : Marc Antoine/Burton s'élance seul dans le désert face à l'armée d'Auguste, après que ses hommes l'aient tous abandonné...

Bref, cet interprête a vraiment donné tout son talent et toutes ses tripes... il parait même qu'il a dansé ce rôle deux fois dans une journée, l'un des danseurs s'étant blessé ( 6 heures de scène!!!)

J'étais au troisième balcon, en fond de loge, et j'ai d'abord mis mon ennui face au ballet au fait que j'étais assez haut par rapport à la scène : je n'arrivais pas à entrer dans le ballet, j'étais distraite par toutes sortes de pensées, jusqu'à ce que Spartacus entre en scène... 
comme quoi, le placement, lorsque le talent est là, ne compte pas vraiment... du haut de ma 3ème loge, je me souviens avoir été à ce point captivée par Spartacus et sa danse que j'en oubliais le lieu ou j'étais et ma position toute tordue qui me vaut aujourd'hui un bon torticolis

J'espère vraiment avoir l'occasion de revoir Matvyenko : s'il revient à Paris, je vous fais signe : il ne faut le manquer sous aucun pretexte. De tous les danseurs que je connais, c'est l'un des meilleurs!

Voici le site des Matvyenko d'où est tiré la photo Spartacus, car Denis a pour épouse une danseuse viblement aussi talentueuse que lui!

Matvyenko, Spartacus







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