Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

  • : Un jour, une œuvre, par Valérie Beck
  • : Créé en 2006, ce blog rédigé par Valérie Beck a évolué au fil du temps. Il est consacré principalement à la danse, mais est ouvert aux autres arts.
  • Contact

contact

 
n'hésitez pas à me faire part de vos suggestions, de vos découvertes, ou de vos propres articles!

Rechercher

Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 11:40

voici une critique écrite en 2003 sur le site critical dance danser en français
je l'insère ici telle quelle!


Une grande émotion

 
le corps de ballet

Il n'a pas cessé de multiplié les erreurs : jamais ensemble! c'est la première fois en trente ans que je vois autant de disharmonie; dès la scène des mendiants, l'un des danseurs avait toujours un temps d'avance sur les autres! et cela a continué avec les courtisanes, les gentilhommes, les filles déportées en Louisiane; c'en était choquant! il y avait toujours un bras ou une jambe en décalage, on avait l'impression qu'ils n'avaient pas répété.
D'autre part, j'ai trouvé les coiffures des filles vraiment laides; les visages n'étaient pas mis en valeur.

l'orchestre

vraiment, vraiment très lourd et assez indigeste à entendre... peu de nuances de jeu et de sons. Leurs tonitruants crescendo ont gâché plus d'une fois mon émotion...les cordes compensaient leur manque de lyrisme par des vibratos outranciers...bref... c'est dommage, car bien que je ne sois pas une fan de Massenet, le choix des morceaux était très plaisant

Wilfried Romoli

j'ai énormément aimé son jeu bien que n'ayant aucun point de comparaison avec les autres interprêtes;  il m'a vraiment fait rire dans la scène comique!
En revanche,  je ne trouve pas   le couple qu'il forme avec MA Gillot convainquant en tant qu'amants; on dirait plutôt deux complices; mais après tout pourquoi pas?
En le revoyant danser, je me suis rememorée son tragique   et bouleversant personnage de Hurlevent; je lui ai trouvé beaucoup de présence, d'ambigüté, et une technique très sûre.
Sa relation avec sa soeur est tendre, complice, ambigue, cruelle, despotique, affectueuse aussi. L'un l'autre mette en lumière leur part d'ombre, et c'est très puissant.
On le voit aussi "s'aplatir" devant M de GM, ou se montrer brutal avec Desgrieux.


Le couple Hilaire Guillem
Je ne les avais pas vus autant en harmonie depuis le Roméo et Juliette de 1990; et pourtant, depuis, je les ai souvent vu danser ensemble; dire qu'ils m'ont émue est un euphémisme
Laurent Hilaire, que je n'avais pas vu danser depuis son roméo de 2001, où je l'avais trouvé épuisé, était très en forme; il a su à la fois mettre sa partenaire en valeur, créer avec elle une relation sensuelle, amoureuse, tragique et passionnée, ( quels portés!) et en même temps prendre sa place dans ses solos; j'ai été épatée de le voir occuper naturellement tout l'espace lorsque la scène se vide totalement à l'acte 2: c'est dur d'occuper autant d'espace; et il y arrive avec à la fois puissance et grâce.

Quand à Guillem, qui fait couler beaucoup d'encre sur ce topic, je dirai simplement que j'aime en elle le physique longiligne et tout en muscles, le moelleux des mouvements, des bras surtout ( surtout le haut du corps, si souvent trop "tenu" chez les autres danseuses)chez elle, les bras semblent aquatiques, et l'effort ne s'y lit jamais, la légéreté de fée clochette ( d'ailleurs, elle en a un peu l'air au troisième acte, on dirait Julia Roberts dans Hook) la finesses des pieds, très très musicaux.  Elle cisèle chaque note avec ses pointes délicates et très sûres, et elle m'a impressionnée dans les risques qu'elle n'a pas cessé de prendre dans tous les portés où elle s'élance dans les bras de ses partenaires.
J'aurais beaucoup aimé voir Aurélie Dupont pour avoir une comparaison, sur le plan de l'interprétation, mais en tant qu'artiste, Guillem m'émeut, et c'est d'une manière irrationnelle, car ce ne sont pas ses levers de jambes qui m'éblouissent, mais ce quelque chose d'unique qu'elle a et qui agace ou plait, selon.
(Je tiens à dire que je l'ai vue bien avant qu'elle ne soit étoile, en reine des Dryades, et qu'elle m'avait déjà séduit sans même savoir qui elle était, tout comme Guérin m'avait ébahie dans le pas de deux des Sarrasins d'un tout premiers Raymonda; ensuite, j'ai suivi leur carrière, sûre que tôt où tard, elles deviendraient étoiles.)

MacMillan

Je n'avais encore jamais vu de chorégraphie de lui, sauf le Roméo en vidéo avec Alessandra Ferri
J'ai été émerveillé par la richesse de ses pas de deux; conçus très différemment de Noureev. Tous les portés sont incroyablement innovants, même si la chorégraphie à déjà trente ans, je n'avais encore jamais rien vu de tel.
Il y a beaucoup d'invention et aussi de naturel;les mouvements collent à la musique naturellement; d'une manière générale, la chorégraphie est moins impressionnante, moins tourbillonnante ou vertigineuse que chez Noureev, mais plus humaine; les personnages sont vraiment creusés, fouillés, il explore vraiment l'âme humaine et trouve un langage chorégraphique adéquat pour chaque personnage; ce qui fait que même les seconds rôles sont marquants ( on prend en grippe M de Gm dès les premières secondes!)
La chorégraphie reste lisible d'un bout à l'autre avec une progression constante dans la complexité des relations entre les personnages et la montée de la tension dramatique : du grand art!

Merci à Cathy de m'avoir incité à voir Manon! ;)
car jusqu'à présent je n'en avais jamais eu envie; et j'ai vraiment vraiment adoré les pas de deux de ce ballet.J'en suis encore toute émue ce matin!

Partager cet article
Repost0
26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 11:40
article écrit en juin sur le site critical dance, danser en français; le voici tel quel!

Comment rester de glace devant une représentation de la compagnie d’Alvin Ailey ? Le plaisir de danser et de faire partager l’amour de la danse est tel chez ces danseurs qu’il embrase la salle toute entière, véritablement mise à feu !Je n’avais qu’une envie en les voyant : me mêler à eux pour danser avec eux, et je pensais : « voilà la façon dont je voudrais vivre ma vie, en la dansant, en la fêtant, même dans les moments les plus douloureux. »

Il y avait hier soir, 24 juin, une ambiance de concert de rock au palais des sports, les applaudissements et houra d’encouragements fusaient spontanément, tout en respectant le spectacle et le travail des artistes, et au finale une belle standing ovation d’un bon quart d’heure a abouti à un bis du rocka my soul du célèbre Révélation. J’étais terriblement heureuse de l’accueil réservé à cette compagnie, fière aussi que Paris honnore comme il se doit ces danseurs que j’adore et qui ne déçoivent jamais ni mon attente ni n’émoussent mon enthousiasme. Et pourtant, depuis une dizaine d’années que je vais les voir régulièrement, ce ne sont jamais les mêmes qui dansent sur scène, hormis deux ou trois qui sont dans la compagnie depuis longtemps. J’étais hier soir terriblement émue et comme transportée vers chacun des artistes qui s’abandonnent totalement en scène et permettent un vrai moment de communion.
Les danseurs, superbes, à la fois techniciens accomplis avec cette façon tellement féline de se mouvoir et interprètes généreux, mettent leur âme dans chacun de leur mouvement. Ils passent de l’allégresse au désespoir, de la séduction à l’ironie, de la spontanéité enfantine à une intériorisation plus poussée avec une sincérité telle que toutes les émotions se transmettent comme électriquement aux spectateurs, si bien que la virtuosité ne semble jamais gratuite quand elle se déchaîne ( trio de Révélation par exemple) mais reflet d’un trop plein de vie, de passion à danser, d’un besoin viscéral d’exulter ou d’épancher sa peine.
Les différentes chorégraphies mettaient en valeur plusieurs styles ( seule Révélation était de Ailey) où se côtoient jazz le plus pur ( magnifique ensemble et début de Winter in Lisbon de Billy Wilson) technique plus contemporaine,( Ier tableau de Révélation) ou encore mouvements de danse africain métissé d’un peu tout cela à la fois.( Serving Nia)
Le superbe pas de deux de Treading ( déjà donné à l’opéra garnie en 1992, chorégraphie de Elisa Monte) a révélé deux danseurs fabuleux de « feeling », et de technique accomplie ( Linda Denise Fischer-Harelle et Clifton Brown)
L’hommage à Dizzie Gillespie a mêlé humour, lyrisme, poésie, virtuosité, le tout magnifiquement éclairé ( bravo à Chenault Spence !)
Bref, un moment de bonheur pur et d’émotion intense…
Vivement qu’ils reviennent !!! :D :D :D réprésentation du 24 juin 2003

Partager cet article
Repost0
25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 15:57
compte rendu de Don Quichotte à l'ONP Juin 2004 écrit sur le site critical dance ( danser en français); je livre cet article tel quel


soirée du 26 mai

Bon, c'est un peu tard! mais malheureusement, je n'ai pas pu écrire cette critique plus tôt!
J'ai bien évidemment lu celle de Cathy que je rejoints sur bien des points, mais il y a juste quelques petites choses que je voudrais ajouter

La soirée en elle même dégageait quelque chose de spécial, un bien être que j'ai rarement éprouvé à ce point ces dernières années, comme si tout le monde était en harmonie, comme si une sorte de paix, de joie était descendu ce soir là sur la scène. Le corps de ballet était PARFAIT!!! :)
Et tous les danseurs étaient uniques, eux mêmes en quelque sorte, ce qui faisait parfaitement oublier les petites fautes techniques qui passaient vraiment au second plan, comme le décalage entre les deux amies de Kitri; ce n'était pas grave...

J'ai trouvé Karl Paquette assez crispé au premier acte pour ses solos, mais tout de suite après ce premier acte, il s'est bien affirmé dans le rôle et il campe un Basilio très personnel, plaisant, avec une veine d'acteur comique insoupçonné jusqu'à présent!
Pour une prise de rôle, c'est un franc succès! bravo à lui! :D
C'est un partenaire extrêmement attentif, et il formait un couple très complice avec Eleonora Abbagnato ; et oui, ses portées! j'en ai eu le souffle coupé!!!
De tous les danseurs/ses de la soirée, c'est elle qui m'a le moins charmé par son style : à mon goût, trop de minauderies et pas assez de force; elle a des bras très déliés, une belle technique, une très jolie silhouette, des équilibres très sûr, mais j'ai une autre vision de Kitri.En revanche, si elle danse un jour Aurore, je courrai la voir!
En fait, je n'ai eu d'yeux toute la soirée que pour Dorothée Gilbert : j'ai eu l'impression d'assister aux débuts de Moniques loudières que j'avais vu dans ce même rôle en 1981, qui m'avait éblouie, (elle éclipsait presque ce soir là Noella Pontois qu'elle remplaça cette même année dans Kitri pendant une tournée d'été en Italie, Noella s'était blessée) et qui était nommée etoile six mois plus tard : la même sublime technique, la même espiéglerie, le même piquant, un style très pur et très juste, un jeu d'actrice très réussie. Elle danse a la fois avec une grande simplicité, une grande classe, et en même temps, elle va au bout de tous ses mouvements. Elle accapare tout l'espace de la scène à elle, je ne l'avais encore jamais vue danser, j'ai été emerveillée; j'avais l'impression de revoir Don Quichotte, période Noureev, lorsqu'elle dansait.
D'autant qu'elle revient danser dans l'acte des dryades aux côtés de de Myriam Ould Braham et de Mathilde Froustey qu'elle éclipsait tout naturellement.
L'autre danseuse que j'ai beaucoup aimée est Nathalie Riqué : elle habite bien son personnage, elle a beaucoup de présence, et sa danse "un peu aguicheuse" contraste merveilleusement avec celles des amies de Kitri; c'est une bonne actrice aussi, et le couple qu'elle formait avec Espada (Yann Saiz) était très plaisant à voir: Passion, quand tu nous tiens! semblaient-ils dire tous les deux, en prise avec leur séduction, et leur jeu dansé, parade amoureuse colorée! :D
et puis Isabelle Ciaravola : magnifique dryade! les jetés à la seconde (? quels noms cela porte-til?) étaient suspendus en l'air, comme si elle était une plume; quand à la série de développé seconde...
Décidement, cette scène des dryades reste pour moi un grand moment dans l'univers du ballet classique: j'adore sa magie, son côté slave; c'est très habile de la part de Petitpas, de mettre en avant cette beauté irréelle de danseuses en tutus, qui évoluent dans un monde onirique, au milieu de toute cette fougue latine
Autre mention, les torréadors : je les trouve d'habitude toujours un peu ridicules, mais là! chapeau! ils m'ont convaincue!
Pour le reste, j'ai regretté le Don Quichotte de Jean Marie Didière, mais le sancho pança de Fabien Roques était très très drôle!

Partager cet article
Repost0
25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 15:20
voici tel quel le compte rendu sur cette soirée donnée en 2004, écrit sur le site critical dance, danser en français; je le livre tel quel


représentation du 23 avril

Noces Nijinska
Je découvre pour la première fois ce ballet qui m'a énormément plu : j'ai beaucoup aimé la façon magistrale qu'a Nijinska pour sculpter l'espace; c'est vraiment une avant gardiste. Noces est l'une de mes partitions préférées et j'ai vraiment été fascinée d'un bout à l'autre par toutes ces figures qui se dessinent sur le sol; j'avais l'impression d'assister à une sorte de contrepoint dansé; c'est surtout le quatrième tableau qui est le plus réussi : lorsque toute la Noce est réunie, et que les principaux intéressés, assis à l'arrière scène, comme dans une niche, assistent, immobiles, à ce qui se passe  réellement sur scène.
Le style de Nijinska m'a rappelé par certains aspects celui de Martha Graham ( celui de steps in the street par exemple: pas de virtuosité, pas, de mouvements "décoratifs", une grammaire chorégraphique très stylisée,des costumes qui effacent l'individu au profit d'une vision de "groupe" ou chaque identité non définie compose quelque chose de vivant; mais en revanche, pas de solistes non plus et rien non plus sur le plan émotionnel comme sait le faire Graham.)
La langue est bien le français et j'ai compris dont viennent les doutes : les mêmes syllabes sont souvent répétées, ou en tous cas les mots s'assemblent pour leurs affinités sonores au détriment du sens. Musicalement, c'était très très bien chanté et joué dans l'ensemble, les quatre pianos et les percussionnistes jubilaient!
Bref, j'ai vraiment été ravie de voir ce ballet, mais un petit bémol : très déçue du rôle très réduit des deux protagonistes,car je n'ai pas vu Karin Averty depuis longtemps, et dans ce ballet, hélas, elle n'a pas vraiment la possibilité de déployer tout son talent!

Suivait donc Sacre de Paul Taylor : j'ai peu accroché à l'univers de cette relecture du Sacre, et j'ai été très gênée par la réduction pour piano à quatre mains: car la partition en "pâlit " beaucoup! :D
Cependant, quelques scènes m'ont vraiment plu : mention spéciale pour Ghislaine Reichert en maîtresse, qui a une présence électrique sur scène, beaucoup de charisme et une vivacité extraordinaire; pour Severine Westermann en souffre douleur, qui, elle aussi a beaucoup de charisme!
Pour ceux qui ne connaissent pas du tout l'intrigue, ( ce qui était mon cas avant de lire le programme) il s'agit d'une répétion de danse court circuitée par tous un tas d'évènement inattendus : kidnapping, poursuite, mauvais garçons et policiers... un humour décalé, un peu à la B. Keaton!
Les scènes entrent l'escroc et le souffre douleur ainsi que les solos de la maîtresse sont celles qui m'ont paru les plus réussies

En ce qui concerne Septième lune , rien de bien formidable : une histoire simple, inspirée d'un Nô mais qui aurait pu être inspirée par tout autre chose; une femme abandonnée par celui qu'elle aime s'enferme dans la solitude; une chorégraphie banale, où s'enchaînent solo, pas de deux, groupes, le tout en noir et blanc sur une scène blanche avec quelques élèments noirs : cercle d'une horloge peinte sur la scène, même cercle qui se déploie au dessus de la scène
Mais rien à voir avec la magie des chorégraphies de Kylian : Stéphanie Romberg était étincelante dans Stepping Stone, là Bombana ne lui donne pas l'occasion d'exprimer tout son potentiel artistique; même chose pour Agnes Letestu et José Martinez qui paraissent ternes parce que la chorégraphie l'est; les passages qui m'ont le plus plu sont les passages de groupe ( huit garçons, huit filles) mais on ne retrouve rien de l'intensité qu'on peut retrouver chez un Béjart ou un Kyllian, ou même un E Lock, lorsqu'ils utilisent le langage classique;
Bref, j'ai passé une bonne soirée malgré tout, car j'ai pu voir et découvrir des danseurs que je ne connaissais pas, et Noces, à lui seul, m'a enchantée.
Mais il manquait un quatrième ballet, avec plus d'éclats, ou de feu, pour que la soirée soit équilibrée et ne laissent pas cette drôle d'impression d'inachevée...


_________________

Partager cet article
Repost0
25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 15:16
Voici tel qu'il a été écrit en 2004 sur le site critical dance, danser en français, un compte rendu de la soirée à l'ONP


représentation du 27 mars Belarbi Gillot
Bon, d'accord, j'ai toujours beaucoup aimé Carolyn Carlson; j'ai toujours aimé la fluidité de ses mouvements, la symbiose avec la musique, la vitalité, le sens du théâtre; même lorsque certains spectacles m'ont ennuyée, ( l'un de ses derniers solos au théâtre de la ville, mais j'ai oublié le nom) il y a toujours quelque chose malgré tout qui m'a touchée et qui m'a accompagnée longtemps

signes est un ballet vivant; sept tableaux qui m'ont un peu rappelé le film " hero" que j'ai beaucoup aimé
Pour chaque tableau, un climat, une libre interprétation de la couleur, au point que le corps du danseur s'efface parfois derrière le mouvement lui même
On est presque dans le domaine de la calligraphie ou le signe disparait derrière l'énergie captée par celui qui le peint, oui c'est cela, il reste l'énergie, qui se module à chaque fois de manière différente; ou bien la perception directe du mouvement reste seule visible

Chaque tableau m'a marqué mais il me reste surtout aujourd'hui des sensations, des images dont s'est emparé mon imaginaire propre : signe commence sobrement, derrière un rideau où est peint un sourire : première signe, dit le programme.
 
Dès que le rideau transparent et peint se lève, des couleurs éclatantes, vives, pastels, sombres, froides ou chaudes naîtront tour à tour
Le tableau en rouge, accompagnée par des glissando de guitare m'a évoqué le texas, la chaleur, l'infini, presque l'immobilité
Celui intitulé Loire du matin est plein de fraicheur ( j'adore les trois silhouettes, assises sur un pont, qui agitent leurs jambes)plein d'abandon : on sent l'été, les journées libres de toute contrainte avec la promesse que tout est possible, l'insouciance...
Dans un autre tableau, c'est le rouge et noir qui dominent, avec des sortes de roches qui sortent de la scène comme des dents gigantesques et menaçantes; les garçons en longs pantalons larges et haut moulant, rayés de rouge, évoquent à la fois des samourais de science fiction et ces drôles de petits insectes, "les gendarmes"
Inoubliable aussi, celui où trois danseuses en robe moulante et longue traine, mi queue de sirène, mi robe de princesse, évoluent avec de magnifiques mouvements de bras, comme si elles étaient dans l'eau, tandis que d'autres danseuses, chacune dans une couleur différentes, animent de leur mouvement en volutes le devant d'une toile posée sur la scène
L'avant dernier tableau où les hommes et les femmes sont moulées dans des robes ou des jupes qui collent à leur geste et portent des coiffes mi couronnes de roi, mi "mitre" crée une sorte de danse étrange, d'où l'humour n'est pas absent
Nikolais est là, quelque part, c'est sûr!
Et les rondes incessantes du dernier tableau en blanc et noir m'a rappelé la danse universelle des atomes
longs manteaux noirs ou blancs, rayés de noir ou de blanc, sauf pour les deux solistes, en noir et blanc; les silhouettes tournent, forment des rondes, disparaissent, s'associent, se séparent, se réunissent, redeviennent isolées, puis tout recommence
Dans l'ensemble, les danseurs étaient tous très en harmonie.
J'ai parlé hier de Martin Chaix : terriblement à l'aise dans ce langage, il était léger, incisif, avec beaucoup de présence; la précision de sa danse le disputait à sa grande vitalité, doublée d'une grande poésie dans les mouvements
Yann Saiz et Amélie Lamoureux ont dansé deux duos et ils étaient tout les deux impressionnants de fluidité et de force. Amélie avait la mouvance d'un grand serpent : très impressionnant et visuellement très beau; Yann était très très présent, avec une intensité très grande dans sa danse
Quand à Kader Belarbi : c'était une perfection!!! et en plus, il n'avait l'air de faire aucun effort : on aurait dit qu'il inventait les pas en s'amusant au fur et à mesure de la musique, de son imagination
J'ai trouvé MA G plus en retrait, mais très sensuelle, et très sobre : avec l'air d'être là sans être là; tout à coup elle apparaissait, presque irréelle; on oubliait sa corporéité, ce contraste avec Kader était très beau.Et puis tout à coup, on voyait ses bras merveilleux, ses longues jambes qui apparaissaient, elle retrouvait un corps, et tout changeait.
La musique en elle même ne m'a ni plu, ni déplu; elle coule facilement, elle sert bien la danse et les mouvements, elle n'est pas désagréable à entendre, mais seule, je ne l'écouterai pas.
Voilà,
j'ai passé un moment de poésie pure.Inoubliable!

Partager cet article
Repost0
25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 15:11
Compte rendu écrit sur le site critical dance, danser en français, en février 2004. Je le laisse tel quel

Soirée du 24 février, Leriche/Pujol/Romberg

Si Nicolas s'est blessé hier, cela ne s'est pas vu sur scène sauf que :
sa toute dernière variation exige, je crois, un développé seconde ( saut assemblé, et développé seconde, vous voyez ce que je veux dire?) et je n'ai pas vu ce pas, c'est à dire la jambe droite qui développe après le saut; c'est peut être moi qui me trompe, mais je me suis posé la question. Bon, j'y reviens tout à l'heure

Cette soirée était inégale par les prestations des seconds rôles mais très émouvante dans son ensemble
acte 1

pas de deux des vendangeurs
Alessio Carbone a démarré sa variation sur les chapeaux de roue : tours en l'air superbe avec reception en 5ème parfaite, mais tout à coup, douleur? blessure qui se réveille? sa technique a décru à vue d'oeil : il ne parvenait plus à tourner ( tour en deux parties) et visiblement il peinait : je l'avais vu le samedi 21 dans Kylian où il étincelait, tout en étant très touchant, là, on voyait qu'il y avait quelque chose qui n'était pas dans l'ordre; c'était vraiment dommage
Il formait un joli couple avec Myriam Kamionka qui elle ne m'a pas tellement convaincue, surtout à cause de ses ports de bras : ses mains voltigent sans cesse, ses coudes sont cassés, je pense que c'est l'esthétique qu'elle recherche mais cela fait très très manièré, et a fini par m'insupporter. Le travail du bas du corps en est gâté. En revanche, elle n'avait pas la raideur des épaules qui m'avait gêné chez Mélanie Hurel, et elle avait, hormis ses bras, beaucoup de grâce, une jolie présence sur scène

Hilarion, Yann Bridard

extraordinaire! il prend le parti de camper un rustique garde chasse, et fait très "homme des bois" qui n'a reçu aucune éducation; ses gestes, preque minimalistes, sont très sobres mais, ô combien expressifs. Il réalise un contraste étonnant avec Albrecht, et les deux rôles s'enrichissent l'un l'autre.
Au deuxième acte, il fait passer beaucoup d'émotion: la peur, le regret de Gisèle, l'homme tout à sa peine.

Bathilde, Laurence Laffon
rôle non dansé, mais quelle présence; Laurence Laffon irradiait, une vraie princesse, avec l'élégance, la classe, l'aisance, et la aussi, les deux rôles Gisèle/Bathilde s'enrichissaient mutuellement : l'une qui peut être spontanée, libre, d'une certaine manière dans l'expression de ses sentiments, l'autre qui se contient
L'écuyer Alexis Renaud
petit rôle la aussi, mais bien : il n'est pas un écuyer confident, mais vraiment un petit mercure ailé, qui obéit et informe. Beaucoup de présence et de vivacité
Le corps de ballet était vivant, gai, très au point, mais les pauvres ont du suivre un tempo du diable : qu'avait Coleman ce soir là? Je n'ai jamais entendu une Gisèle être dirigée si rapidement pour les ensemble; les garçons finissaient par en avoir des gestes mécaniques; ils avaient parfois tout juste le temps de lever et de baisser les bras.

Gisèle et Albrecht

Je voulais revoir ce couple qui m'avait tant émue cet été et je n'ai pas été déçue; j'ai larmoyé dès l'entrée de Gisèle, et j'ai pleuré avec elle dès la scène de la folie, avec une boule dans la gorge tant l'émotion était intense.
Laétitia Pujol au premier acte est le bonheur de danser, d'aimer, de vivre; elle est juvénile, gaie, chaque pas est ciselé mais on s'aperçoit à peine qu'elle danse. Ses ballonés étaient très légers, espiègles, son entrée, primessautière.
Un peu timide au début, elle déborde vite d'amour pour Albrecht et montre son amour avec spontanéïté
A ses côtés, Nicolas Leriche avait plus de présence au premier acte que lorsque je l'avais vu en juillet; Il est séducteur, mais on comprend, lorsqu'il regarde réellement Gisèle, qu'il tombe amoureux; cela a lieu sous nos yeux : tout à coup, il est amoureux.Et sa danse change au cours du premier acte. Il ne cherche plus a se divertir, mais il aime.
Et lorsque la trahison éclate, il nie, puis est mal à l'aise, et tout à coup regrette;
A ce moment, Gisèle sombre dans son propre monde; tout autour d'elle semble être inexistant. Laetitia réussit ce formidable tour de force de nous faire croire que tout s'efface autour d'elle, et elle nous entraîne dans son monde où l'amour, la danse, la joie avaient sa place; les souvenirs passent, elle pleure, et moi aussi! Sa mort, sobre,mais bouleversante, ne me donne pas envie de quitter la loge pour l'entracte, mais de me remettre pour l'acte suivant!

acte deux

Myrtha Stéphanie Romberg

Je ne connaissais pas bien cette danseuse, juste vu le 21 dans Kylian où je l'avais adorée
Cela se confirme dans le rôle de Myrtha
Curieusement, on dirait plutôt un esprit de la terre, mais cela apporte un charme nouveau; ce n'est pas l'esprit volatile, mais la souverraine, puissante, d'un monde souterrain qui prend vit à la nuit.
Très belle technique, très sûre; belle présence en scène, visage fermé, mais qui doutera un court instant, très très beaux ports de bras, fermes mais souples. J'ai beaucoup aimé son interprétation et sa danse, et je vais m'attacher à la revoir!
Les deux willis n'étaient pas très en forme, en fait surtout l'une ( Dorothée Gilbert ou bienKarine Vigallessa? je ne les ai pas reconnues)
L'une a terminé tous ses tours en l'air en refermant ses 5ème une fois au sol, ce qui n'était vraiment pas beau, et elle avait peu de présence. L'autre ne m'a pas convaincue non plus par son peu de présence.

l'éclairage : monstreux : des auréoles jaunes, voir des petits arc en ciel sur les tutus blancs ; je n'ai vu que cela tout du long: ses horribles auréoles jaunes : on aurait cru que les tutus étaient mal lavés
Le corps de ballet s'est fait applaudir dans le croisement :D
Elles étaient très ensemble, aériennes, parfaites!
Quand à Gisèle : ouahhhhhhh: ses épaules tombantes, ses bras dans la continuité, son air humble, et sa légèreté : elle était vraiment très légère, y compris dans les nombreux portées. Très belle expression du visage aussi. Lorsque Albrecht ne la voit pas encore, elle le regarde avec un soupçon de malice et de regret;
sa première variation ( tour attitude ) était époustoufflant de virtuosité, jetés-assemblés et grand jetés vertigineux, et le tout, sans effort dans les bras!
pas aussi volatile que Bessmertova, mais très très spirituelle! :D
Quand à Nicolas Leriche , outre sa technique très sûre, il était très émouvant en amoureux qui a perdu celle qu'il aime et repentant
Ses entrechats 6 étaient époustoufflants: les derniers encore plus hauts et plus puissants que les premiers, et il en a fait, en a fait...
mais outre cette performance technique, il formait avec Laetitia un couple idéal, tout de poésie, d'amour, de sensibilité, de regrets et de protection mutuelle
J'ai pensé plusieurs fois à Noureev en voyant Nicolas dans ce rôle
A ce propos, je dois aller à sainte geneviève des bois ce dimanche; qui peut me dire où se trouve la tombe de Noureev pour que j'y dépose des lys blancs?

Je note dans l'orchestre les affreux bavardages des trombones, mais les jolis solos de flûte, de hautbois, et de l'alto, qui ont tous joué avec légèreté et sensibilité

Partager cet article
Repost0
25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 15:03
Voici un compte rendu de la soirée Kylian à l'ONP en 2004, rédigé sur le site critical dance, danser en français
Je le livre tel qu'il a été écrit à l'époque


Il faut qu'une porte, et doux mensonges, soirée du 21 février, suite

Si je suis prête à revoir steppings stones, je ne suis pas prête du tout à revoir " Il faut qu'une porte..." Je me suis ennuyée à mourir, et pourtant ce ballet était magnifiquement dansé.
Mais...
Tout commence très lentement : un couple dans une chambre, en tenue un peu négligée; elle sur une chaise, un bouquet de fleurs à la main, s'en caresse négligemment le visage; lui assis, mourrant d'ennui semble-t-il; tout à coup, la femme jette son bouquet, l'homme se précipite sur le verrou de la porte qu'il tire; "ah, ça commence, me dis-je"
Mais suit un pas de deux mis assis,mi debout,  très très lent, ou les mouvements de corps de l'un se transmettent à l'autre; sur le plan technique, c'est magnifiquement fait: mais le costume d'Aurélie Dupont cache la moitié des mouvements ce qui fait que cela devient très vite très répétitif et lassant;
suit un court et éblouissant solo de l'homme, magnifique; "ah, ça commence," me dis je une seconde fois! mais non, cela s'arrête tout de suite. Et j'ai oublié ce qui se passe...
Ensuite, le verrou est tiré sur un montage de bruitage; suit une scène comique, qui tranche avec ce qui a précédé;Aurélie disparait; Manuel tire sur sa robe qui seule apparait dans l'entrebaillement de la porte. Les corps se heurtent, se désarticulent, l'un au contact de l'autre. C'est drôle, d'autant que la musique déroute profondément. Le changement de ton laisse présager une partie de ballet différente, mais très vite, la lenteur des gestes du début revient, et le ballet s'étire,comme au début, lent, un peu embrouillé... suscitant une certaine frustration...
Je pense que l'on peut adorer ce genre de ballet, qui, je le dis, est magnifiquement dansé. Mais le rythme est trop lent pour moi, et la scénographie pas très claire.

Doux Mensonges

J'aurais aimé ce ballet autant que le premier s'il n'avait pas été construit sur la musique vocale de Gesualdo et de Monteverdi
Le debut commence sur des chants georgiens, tout va bien mais tout se gâte pour moi dès le changement de musique : c'est fou, finalement, comme la musique, pour moi, prend autant de place que la danse dans un spectacle; c'est ce qui avait considérablement gâté ma joie pour "Hurlevent."

Le ballet en lui même est magnifique;
un mur gris ferme la scène sur la droite ( vu des spectateurs)
aucun décor, hormis un immense rideau nuage orangé, référence baroque, au dessus de la scène.
deux couples, des trappes, et la vidéo qui est tantôt présente, tantôt non.
Comme je l'ai dit ce matin, Alessio Carbone et Miteki Kudo ont créé une alchimie magnifique. Même lorsqu'ils ne dansaient pas, et se tenaient debout, côte à côté, ils créaient quelque chose de très fort.
Lorsque les couples disparaissent sous la scène, on entend des bruitages, bizarres, qui créent un climat assez angoissant, voire paroxystique, avec les aboiements féroces d'un chien qui se superposent à un enlacement du couple sur le sol.
Les couples semblent errer, chercher une issue qu'ils ne trouvent pas? A la surface, ils dansent, en sous sols, ils errent, ils cherchent.
Cecile Talon et Wilfried Romoli créaient un couple plus austère, plus détaché, plus froid, moins émotionnel que l'autre. Est ce voulu?
Jamais ces deux couples ne se rencontrent, ne communiquent.
En voyant les deux danseuses, Cécile et Miteki, j'ai été éblouie par la qualité de leur danse, de leur investissemnt sur scène et étais vraiment ravie de les découvrir dans des solos.

Ah, le programme ne met pas la photo des danseurs, non premiers danseurs ou étoiles, qui interviennent dans Stepping Stones. J'ai trouvé cela déplacé, compte tenu qu'il y a par ailleurs la photo de Mitéki et de Cécile, pour doux mensonges. Certes, elles interviennent en tant que soliste, mais cela m'aurait été à les reconnaître s'il y avait eu les photos de Stéphane Phavorin, Guillaume Charlot, ou Bruno Bouchet. Je n'ai reconnu que Jémémie Bélingard

Partager cet article
Repost0
25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 15:00
Voici un compte rendu écrit sur le site critical dance, danser en français en février 2004. Il n'est pas véritablement rédigé comme un article; mais je le livre intact ici :


soirée du 21 février 2004

stepping stones
De loin, mon ballet préféré de la soirée! :)
d'abord, les décors : trois statues de chats dorés, au fond de la scène, dressent leurs silhouettes mystérieuses, bienveillantes, mais spirituelles, à trois stades d'enfouissement dans le sol: un triangle percé est suspendu dans les cintres d'où s'écoule une lumière dorée, qui dessine un cercle sur la scène noire; on dirait une Egypte ancienne mais devenue contemporaine, c'est très très impressionnant;
les danseurs évoluent par couple, chacun portant une pierre rectangulaire d'où émerge la silhouette arrondie de pierres : carré, triangle, cercle... on est dans une dimension spirituelle mais à peine évoquée
Cage, Webern : musique sublime, pleine de couleurs, magique, à la fois très ancienne et très contemporaine; les pianos préparés de Cage m'ont toujours fascinée : le son sonne comme s'il y avait des gamelan javanais qui soulignent les sons du piano; grande pureté et lumière qui ruisselent sur les danseurs
technique classique mais complètement inovante; Kylian n'en finit pas de renouveler le langage; l'oeil est sans cesse surpris, sollicité, mais jamais gratuitement; c'est fluide, humain
Les corps sculptent la musique, la rendant palpable
Le tout est très envoûtant, très mystérieux, et d'une perfection esthétique aboutie
Comme je ne vais pas souvent à l'opéra, je n'ai pas été capable d'identifier les garçons,(Stéphane Phavorin, Bruno Boucher, Guillaume Charlot,) sauf Jérémie Bélingard. mais pour les filles, c'était plus facile : Eléonara Abbagnato, fluide et douce, Stéphanie Romberg, très affirmée, parfaite, Laurence Laffon, que j'adore, d'une immense présence, d'un grand lyrisme,avec une technique très aboutie, et Isaballe Ciaravolla, magnifique : les quatre étaient vraiment sublimes :(

Partager cet article
Repost0
25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 14:47
Voici un article écrit sur le site danser en français de critical dance en janvier 2004, quelques heures après avoir vu le spectacle, c'est donc un compte rendu " sur le vif" et non un article réellement rédigé ; je le laisse tel quel!

soirée du 3 janvier
ce fut un grand moment!...
Après toutes les critiques que j'avais lues, j'étais extrêmement impatiente de découvrir à mon tour ce curieux ballet. Je peux simplement dire qu'il m'a fait une très forte impression, et ce, grâce à l'interprétation magistrale de José Martinez J'ai eu les larmes aux yeux plus d'une fois. Il était totalement investi par Ivan.

Dès le début de l'oeuvre, après que le rideau, très vite, (pas d'ouverture, le spectateur est projeté immédiatement dans le ballet) se soit levé sur les 6 sonneurs de cloche, qui se livrent à des acrobaties dansées qui rappellent un peu celle de Quasimodo, on voit apparaître Ivan sur son trône. En noir. José Martinez était tellement habité par son personnage hier soir que j'en ai eu des frissons dès les premiers instants : proche de la folie, mais encore contenue, son visage expressif attire immédiatement l'attention; on veut savoir : qui est-il? Que veut-il? Ivan disparait derrière son trône, ne laissant apparaître qu'une main, puis réapparait bizaremment, et commence ensuite à descendre les marches déployant ses longues jambes en une gestuelle inquiétante.
Toute la soirée, ce danseur halluciné, déploie à la fois une technique de danse parfaite, maîtrisée, flamboyante, virtuose mais jamais gratuite, et un sens du mime, de l'expression, forçant une émotion intense chez le spectateur. Son visage s'illumine seulement en présence d'Anastasia, émouvante et sublime Delphine Moussin à la silhouette superbe, aux bras déliés, aux gestes moelleux; cette danseuse est extrêmement musicienne et sa poésie intense parvient seule à adoucir Ivan. Elle aussi m'a émue aux larmes plus d'une fois, notamment dans sa scène de désolation, au début du premier acte, lorsque Ivan est parti au combat. Au début de l'acte 2, elle a si bien réussi a adoucir Ivan, que celui ci quitte ses noirs habits pour un vêtement blanc, comme celui de son épouse qu'il aime tendrement ( scène d'amour du début de l'acte 2) il quittera ce blanc vêtement pour revêtir ses noirs atours dès l'assassinat de celle ci.Sa destinée change elle aussi.

Une scène touchante et symbolique : la maladie d'Ivan. ( avant dernière scène de l'acte 1) Celui ci se traine misérablement tandis que Anastasia le soutient au sens premier du terme, l'aidant, de son long sceptre, à se redresser. Les portés sont étonnants, surtout l'un des tous premiers où se dessine fugitivement, tandis que Ivan a porté son choix sur Anastasia et la soulève verticalement, la croix orthodoxe.
Soviétique, oui, le ballet l'est ( !!!) surtout à cause de l'utilisation constante d'accessoires : épées, mouchoirs, bougies, drapeaux, cimeterres, lances, cordes, fouets, faux, et j'en oublie, les danseurs dansent constamment avec quelque chose dans les mains, ce qui induit une gestuelle autre que dans un ballet sans accessoires.

Toutes les scènes sont surprenantes : scène des sonneurs de cloche, qui changent de costumes au gré de l'intrigue, et rythment cette fresque de leurs acrobaties, et de leurs figures écartelées; fiancées avec leurs longues robes blanches et leurs mouchoirs,qui glissent comme les danseuses russes, scène de batailles, où les boyards, les tatars, les porte drapeux, les visages de la mort, en différents groupes parfaitement orchestrés, traversent à toute allure la scène en sautant d'un bout à l'autre, scène de la douleur d'Ivan, après la mort d'Anastasia, où il reste allongé un long moment, seul en scène, sans bouger, tandis que le meilleur de lui même disparaît à cet instant; il réapparait dans la scène suivante, cette fois ci plus cruel, plus ténébreux que jamais, avec son sceptre dans une main, un fouet dans l'autre, tandis qu'apparaissent ses gardes noirs munis de fouets, eux aussi, féroces. Cette scène dégage une puissance extrême; scène dans l'église, déjà citée par Jean luc, où les contrastes noirs et blancs sont renforcés par des éclairages somptueux. Scène du bouffon, où sur des glissando de cuivres, Ivan déguisé en bouffon, avec un masque blanc qui fait plus peur que rire, raille les boyards qu'il va assassiner, en une pantomime qui met mal à l'aise par son aspect grotesque et féroce, tandis qu'à l'arrière scène, comme des figures d'un bas reliefs, trois autres bouffons singent les boyards.

Bref, le ballet entier m'a plu, mais parce que le mime,la pantomime, très expressionnistes, se mélange à une danse qui utilise des pas empruntés à différents folklores dont le georgien ( beaucoup de sauts avec receptions sur les genoux) tandis que les femmes ont une danse plus épurée, ce qui contraste avec l'aspect viril et guerrier des hommes.
Les décors sont sobres et servent d'écrin à des costumes "efficaces" Longs manteaux, tuniques transparentes, vêtements noirs d'Ivan où seuls la fantaisie de quelques pierreries apporte un peu de couleurs, vêtements plus barbares des Tatars. Peu de couleurs au total : noir, blanc, crème, tons pastels, sur fond de bois légèrement doré comme les cadres des icônes russes.
L'orchestre s'est montré à la hauteur : il m'a lui aussi, donné des frissons.
bref, effectivement, ce spectacle a un côté excessif et tourmenté, avec de nombreuses scènes de foules, qui alternent avec les solos d'Ivan, et d'Anastasia et de Kourbski (Karl Paquette remplaçait Hervé Moreau, il a une présence physique sur scène grandissante, et une technique qui s'affirme : il s'est lui aussi donné tout entier à son personnage) mais ce côté halluciné, extrême, passionné m'a profondément marqué au point que Ivan m'a hanté toute la nuit...
je regrette seulement de n'avoir pas pris de place pour le voir dans une autre distribution... je suis sûre que l'interprétaion de Leriche était toute autre et j'espère que j'aurais l'occasion de le voir.
en tous cas, une immense, immense salut à José Martinez que je découvre pour la première fois dans un rôle aussi tourmenté....

Partager cet article
Repost0
25 décembre 2009 5 25 /12 /décembre /2009 14:27

Voici une de mes critiques, issues du forum critical dance, danser en français, écrite en juin 2003
Je la mets telle quelle, écrite quelques heures après avoir vu le spectacle, pour un forum de danse, donc sans recherche de style...


 

Soirée du 19 juin
J’ai donc assisté à la dernière représentation des spectacles de Maurice Béjart, mise doublement en appétit par la lecture de ce topic et par la grève du 10 juin, jour où j’aurais dû voir ce ballet. Je pense qu’avoir avidement lu les critiques sur ce topic a changé ma vision du spectacle parce que je n’avais pas la même attente et j’étais ainsi totalement réceptive.

L’oiseau de feu
Par exemple, j’ai adoré l’Oiseau de feu, car ne je me suis absolument pas attachée à la symbolique du ballet, mais plutôt à ce qui s’en dégageait d’une manière générale.
J’ai aimé la façon dont les danseurs semblent être sculptés dans du marbre bleu, vivants, parfaitement en harmonie, chacun gardant au sein du groupe son individualité propre. J’ai notamment été éblouie par la prestation d’une des partisane, ( longue queue de cheval), vive, à la technique fluide, avec une grande présence, mais j’ignore son nom, l’un d’entre vous pourra peut être me renseigner. ( Choix entre Melle Aubin, Laffon ou Legassy) ( NB 2009 Melle Legassy)
La façon dont Béjart économise la couleur, (un peu comme Martha Graham) joue avec les éclairages parcimonieux, (scène de l’apparition de l’oiseau phénix où la toile de fond s’éclaire en triangle en partant du haut, simple pour un maximum d’effet) m’a énormément plu.
Sur le plan chorégraphique, il éclate le groupe, pour mieux le recréer, jouant sur les possibilités de combinaisons des neufs partisans.
Dans le rôle de l’oiseau de feu, Nicolas Leriche, qui m’a paru techniquement un peu fragile ce soir ( reception des tours en l’air parfois un peu imprécise) mais artistiquement très présent , et Karl Paquette, éblouissant oiseau phénix.

J’ai donc trouvé ce ballet très pur, visuellement poétique et puissant et les danseurs superbes.

Pour Webern opus V, Agnès Letestu en noir et avec Martinez en blanc furent techniquement impeccables, tous deux longilignes, parfaitement synchronisés, mais à mon goût un peu froids. Mais il est possible que cette impression de froideur viennent de la musique elle même.

Suivait Phrase de quatuor dansé par l’époustouflant Jérémie Bélingard.
Ce fut sûrement mon ballet préféré de la soirée.
J’ai adoré le mélange d’angoisse, d’humour, de dérision, de « loufoquerie » qui se dégage de l’œuvre, et je pense que l’interprétation du danseur y est pour beaucoup. Il met une telle ardeur dans sa danse qu’on ne peut que le suivre. Le cri poussé à l’avant scène dès le debut du ballet annonce toute la suite. ( cri de Munch ?)
Les couleurs noire, rouge et blanche, ( les trois couleurs qui incarnent la perfection au Japon) produisent une ambiance à la fois inquiétante ( renforcée par ce flottement nuageux et brumeux au dessus de la scène) et profonde.
Les quatre tricoteuses, après tout ce que j’en avais lu, m’ont amusée. Je pense que l’on peut tout leur faire dire et j’ai beaucoup aimé leur emploi. Elles jouent avec les fils ( laine, micro, corde) et interviennent de façon à la fois cocasse et dramatique. On peut les renverser, les manipuler, mais elles reviennent reprendre les fils qu’on leur retire.
Quand à la musique, j’ai suivi assez fasciné le collage musical composé par Pierre Henri auquel fait écho toute une ambiance bruyante de sons naturels ( pluie, eau, klaxon, flipper, voiture, etc) et de phrases musicales qui font écho aux citations. C’est fait avec finesse et aussi avec beaucoup d’humour. La partition ne s’essoufle à aucun moment, et là encore, l’angoisse côtoie la drôlerie. Mélange on ne peut plus heureux.

Le dernier ballet, Le Mandarin merveilleux, m’a aussi séduit par plusieurs aspects, même s’il me semble moins accompli que les trois précédents.
D’abord les décors, qui plonge le spectateurs au cœur d’un monde qui tient à la fois de celui de Chereau dans sa mise en scène de Wagner à Bayreuth ( les Nibelungen et le monde industriel) et d’un univers année trente en pleine crise. Je trouve cela très réussi.
L’effet de groupe des truands, parfaitement ensemble, qui ne perdent jamais leur individualité est utilisé autant pour le rythme que pour l’effet de « masse. »
Ainsi, leur utilisation permet des accélérés ralentis (l’un particulièrement vertigineux, où chaque danseur a tour de rôle se lève, fait deux tours en l’air ainsi de suite jusqu’à ce que tout l’ensemble danse, et ensuite en décalé) qui ponctuent tout le ballet, et qui donnent un souffle à toute l’œuvre.
Le trio composé par les trois danseurs principaux se détache du reste du groupe comme des marionnettes de foire : le chef des truands qui danse peu, mais qui a une présence très inquiétante et qui tire les ficelles ( Yann Bridard) ; sa relation très ambigu avec la fille conduit le ballet au bord du registre « glauque ». Le mandarin, Kader Belardi, irréprochable, fin, léger, est irréel dans ce context brut et citadin, et enfin, la fille, Mallory Gaudion, que je n’avais jamais vu danser et qui incarne son personnage avec à la fois force, fragilité, sensualité et un rien de grotesque. ( très Berlin année trente dans toute sa décadence)
Les trio superposent trois techniques et style de danse et mettent en valeur les trois danseurs.
La mise en scène de ce ballet l’apparente plus au monde du théâtre que de la danse, et c’est encore l’une des raisons pour lesquelles il m’a séduit.

Vous l’aurez compris, j’aime décidément beaucoup l’univers de Béjart, qui, à mes yeux, ne vieillit pas…
Le rideau est tombé très vite, et je n’ai pas pu applaudir comme je l’aurai voulu Mallory Gaudion et Kader Belarbi, et tous les autres…

 

Partager cet article
Repost0