
Isadora sur la plage du Lido, 1903
Un jour, une œuvre
Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini

Isadora sur la plage du Lido, 1903

Je reviens vers cette danseuse que j’aime plus que tout au monde ; j’ai beau en trente ans avoir vu de nombreuses ballerines sur scène et pas des moindres ( Guillem, Guérin, Loudières, pour ne parler que de celles là), personne ne peut remplacer ni égaler Noella Pontois. Elle reste pour moi la ballerina assoluta, dans mon cœur et dans ma mémoire de balletomane.
Hier, j’aurais dû, s’il n’y avait pas eu grève, assister à la première de Casse Noisette ; j’étais si triste que je me suis consolée en regardant Raymonda de Noureev. J’ai mis l’enregistrement à l’heure à laquelle j’aurais dû être à Bastille, pour malgré tout, avoir l’illusion d’être avec Noureev et ses ballets. Les grèves me privent d’un ballet-Noureev ? Et bien, je regarderai cette captation qui est presque historique : il y a vingt cinq ans, j’étais dans la salle, découvrant ce ballet, cadeau de Noureev à l’opéra de Paris pour son entrée au sein de la « grande boutique » comme directeur de la danse.
Enregistré il y a vingt cinq ans à la télé avec les moyens de l’époque par un ami qui m’en a fait une copie, ce ballet est inregardable si vous n’êtes pas un balletomane absolu : vous imaginez la qualité : lors des plans d’ensemble, on ne distingue pas les visages, on voit des corps avec un visage tout blanc, et les plans larges sont tout flous, on ne voit pas la ligne des jambes et des bras, idem pour les décors, les costumes, on n’en voit pas les détails ! Seuls, les solistes sont « regardables », mais alors quels solistes !!!!
Imaginez : dans les rôles titres : Noureev, Pontois Guizerix, à qui il faut d’ailleurs que je consacre un article Pour les amies d’Henriette : Loudières et Vulpian, étoiles toutes les deux ! Ensuite, pour les garçons, amis des amies : Legris et Hilaire, sujets à l’époque ! Les danses espagnols étaient dansées par Dupond et Legrée, alors étoiles ( d’ailleurs, revoir Dupond hier, acclamé à juste titre, m’a émue !) La danse hongroise était dansée par Pietragala, pas encore étoile : quelle belle danseuse ! Et pour finir, les Sarrasins solistes étaient dansés par Guérin, sujet, elle aussi et Patey ( j’ai un doute sur lui !) Bref : l’excellence réuni en un seul ballet !
Qu'a t'elle de plus que les autres?
Mais revenons à Noella ! Pourquoi me disais-je, éclipse t’elle à mes yeux toutes les autres, même 25 ans après alors que la technique classique qui a beaucoup évolué, va maintenant vers l’exploit : elle ne lève pas la jambe à l’oreille, elle ne saute pas à 3 mètres de haut, il n’y a rien de spectaculaire au sens « exceptionnel » du terme, ses 1m 56 devrait la rendre petite et fragile et pourtant il n’en est rien ! tout comme Fonteyn, dans un tout autre registre, car Fonteyn a une danse « so british »,Noella a un corps idéalement proportionné avec des bras et des jambes longs et fins, un visage ravissant avec des yeux immenses. Quand elle danse, ses pieds cisèlent chaque pas, avec une précision de joaillier, tandis que ses bras accompagnent le mouvement avec souplesse, sans rechercher le joli, le décoratif, ce qu’ont tendance à faire les « mauvaises danseuses » avec elle, tout est sobre, juste, pur et totalement gracieux naturellement semble-t-il. Son goût est sûr. De plus, elle est d’une légèreté incroyable ( à côté d’autres ont l’air si raides !) on la croirait remplie d’air, ce qui ne retire rien à la sureté de ses mouvements, à leur énergie.
Prenons l’entrée de Raymonda : elle arrive, genou à terre, relevé en quatrième attitude avec la fleur à la main en l’air, l’épaulé, le regard, mouvement qu’elle va répéter 5 autres fois et qui demande un bon tonus ; Et bien en la voyant danser, on ne voit que la joie de cette enfant à ramasser les fleurs et à s’en amuser, et on en peut qu’admirer la précision, la facilité, la grâce d’épaulé, la sureté du pied, la fluidité du tout…
Son oreille musicale est parfaite, chaque pas coule sur les notes comme si c’était la musique qui lui insufflaient les pas. Là où l’effort apparaît chez d’autres ( même d’une manière minime) il n’y en a aucune trace : par exemple dans l’adage du premier acte, on voit souvent les danseuses aller au bout de leur mouvement en développant la jambe en quatrième très haut et en étirant jusqu’à la pointe, puis en posant très loin le pied, et rien que cela, même bien dansé,se voit chez certaines : la recherche du « bien faire le pas » Chez Noella, on voit Raymonda qui rêve cet adage, et se laisse porter par sa rêverie sur la musique, comme si l’air la soutenait… Enfin, dans cette légèreté, dans cette musicalité, elle a une vraie puissance, mais jamais jamais elle ne travaille en force : on ne voit pas l’effort, mais on voit la personnalité Lorsque dans la dernière variation, celle de la « claque », elle montre toute la puissance de Raymonda, en trois pas, tout y est : son interprétation est d’une sobriété invraissemblable : elle ne quitte pas son interprétation une seule minute, ce qui prouve aussi une faculté de concentration exceptionnelle, et à partir de la, comme un Naja, elle emmène le spectateur où elle veut ! Entre la début de la variation, très long, et la deuxième partie, il y a une vraie continuité, elle ne tombe pas dans le piège de « briller » dans la deuxième partie, en sautant, en faisant rapidement les pas : non, une fois encore, elle privilégie son interprétation, celle de son personnage, avant de « faire les pas »

Danse virtuose, danse de l'âme ?
Bien évidemment, si je compare l’autre grande ballerine Guillem dans ce même rôle, ( je l’ai vue danser Raymonda plusieurs fois aussi) je ne peux que remarquer tout ce qui les oppose : Guillem est magnétique, hypnotique, fascinante, nerveuse, et comme souvent, prend les tempos rapidement, ce qui donne à sa danse une intensité haletante, une virtuosité qui ne cède en rien au goût. Mais Pontois, elle, est seulement juste : je mettrai Guillem sur le même plan que les Plissestkaia, par exemple, tandis que je ferai une même famille de danseuses avec Fonteyn et Bessmertovna… Les premières ont des qualités physiques exceptionnelles qu’elles mettent au service de la musique et de la danse : endurance, puissance, virtuosité, laxité, rapidité… Les secondes ont une musicalité, une poésie, un goût sur du mouvement, une grâce au naturel innée qu’elles ne transforment pas en mièvrerie car elles sont artistes, qu’elles mettent au service des personnages qu’elles incarnent…
Concentration, perfection, capacité de travail, musicalité... beauté, tout y est !
J’ai vu Noella Pontois dans Giselle, dans le rôle d’Odette et d’Odile, dans le rôle d’Aurore, dans le rôle de Kitri… et à chaque fois, je n’en ai pas perdu une miette… Cette artiste avait en plus une vraie personnalité, sa douceur cachait une determination fantastique, une capacité à travailler, à apprendre, à rechercher le parfait, mais jamais au détriment du rôle ou de la justesse de la danse ; elle était aussi une actrice fantastique : ainsi, pour Aurore, qu’elle dansa jusqu’à sa retraite à 50 ans ( je l’ai vu sur scène cette année là dans ce rôle en 1994) on croyait à la juvénilité de la jeune princesse au premier acte, comme à son épanouissement de femme au troisième acte…
En pensant à elle, je pense aussi à l’esthétisme de la danse classique d’aujourd’hui : les corps ont grandi, se sont terriblement affinés, plus aucune danseuse ne ferait un développé seconde qui n’irait pas au moins à l’épaule… Reverrons nous alors des Noella ? des Margot ? des Bessemertovna ? Je ne le crois pas… mais je guette au sein de l’opéra si certaines danseuses ne feraient pas partie de la même famille J’en vois bien une, presque 15 ans après le départ de Noella : Mathilde Froustey ( Dorothée Gilbert elle, serait plus dans la famille Loudière !) Mais il en faudrait pas que Mathilde, prodigieusement douée, qui a une musicalité imparable, ne cède à une certaine « facilité » en en appelant trop à sa grâce, à sa beauté, au détriment de la ligne si juste qu’avait trouvé – d’instinct ou par le travail, je ne saurai le dire – Noella.
Encore une chose sur Noella : son regard : en scène, elle pouvait lui donner mille expressions, et ses yeux étaient éloquents : c’est un atout de plus pour un danseur, car les yeux remplacent complètement la parole, dont sont privés les danseurs. Dans les grands yeux bleu marines de Noella, se lisaient toutes les émotions, tous les sentiments du monde, y compris la puissance absolue, comme dans la dernière variation de Raymonda…
Médée Angelin Preljocaj, une oeuvre qui hante

J’aime quand les œuvres me hantent…quand elles habitent mon esprit à mon insu ; quand elles vivent en moi, comme des passagers clandestins, qui parfois, montrent amicalement leur visage… ces oeuvres là me nourrissent aussi sûrement que l’air, l’eau, le soleil…
La Guerre et la paix de Tolstoi, le film éponyme de Bondartchouk, Giselle, ou Hurlevent, les Heures, de Cunnigham font partie de ces œuvres qui se sont implantées en moi, et qui surgissent d’une manière inattendue, dans mes pensées. Le songe de Médée de Preljocaj vient de les rejoindre….
Un drame épuré
D’une sobriété surprenante, cette œuvre n’en est pas moins d’une intensité dramatique presque insoutenable… Il s’agit bien d’un « songe », et pas du drame « Médée » comme l’a conçu Euripide… et cette nuance est d’importance car le spectateur peut faire plusieurs lectures de ce ballet, tout comme les danseurs le peuvent aussi en l’interprétant.
Tout le drame se resserre autour de cinq scènes dansées par trois personnages et deux enfants. En quarante minutes, tout est joué : Prejlocaj n’a pas dilué son propos dans une œuvre où le corps de ballet aurait par exemple joué le rôle du chœur, comme dans les drames antiques, offrant alors un ballet de facture plus classique en deux actes.
Tout va vers l’essentiel, vers l’épure : les décors, où les sceaux suspendus, peints sur les rideaux transparents ou sur le fond de la scène où encore déposés au sol délimitent l’espace et crée de la poésie là où on ne l’attend pas : Médée verse du lait dans les sceaux et les enfants viennent laper ce lait comme des petits chats. Plus tard, comme dans la vision hallucinée de Wozzeck, le lait sera sang, folie, ou eau qui ne pourra faire disparaître les traces du crime. La lumière, qui sculpte les corps à l’antique, est travaillée avec subtilité dans des tons bleus-dorés.

Liberté, interprétation, lecture
Les costumes, noir, rouge, argent ou doré, longs, fluides, portés pour l’entrée de Médée puis de Jason conviennent à un roi et sa reine. Le long manteau sert de cape aux enfants, de cachette, de couverture, de sépulture… la robe sera rejetée avec la trahison de Jason : Médée n’est plus une femme. Pour son entrée, Créüse porte une robe courte et très fluide qui dénude son dos et ses épaules…
Ce qui donne sa grande force au ballet, c’est la possibilité qu’ont les interprètes de colorer, chacun avec sa sensibilité propre, le propos du chorégraphe : Ainsi, en fonction des danseurs et des danseuses – Médée, Jason, Creüse – la mère infanticide apparaît soit comme une femme implacable, qui a tout prévu d’avance par vengeance, autrement dit comme un monstre, soit comme une femme qui perd la raison lorsqu’elle voit la trahison de Jason, soit comme une femme ivre de douleur qui se punit elle-même et se tue en tuant ses enfants… Les rapports entre Médée-Jason-Créuse changent eux aussi ; Médée face à Jason peut être hiératique, folle d’amour, mère avant tout, ou amante, forte face à Créuse sa rivale ou ne faisant pas le poids… Il suffit de voir les interprêtes (Gillot, Letestu, Moussin, Cozette pour Médée ou Hilaire, Romoli, Bullion pour Jason, et encore Renavand, Zusperreguy, Abbagnato pour Créuse) pour comprendre que le drame qui va se jouer n’est pas mis en branle par les mêmes motifs psychologiques… A chaque fois une lecture est possible.
Là se révèle la grandeur du chorégraphe qui peut laisser cette latitude et aux danseurs et aux spectateurs sans que son œuvre ne s’en trouve réduite ou amoindrie. Elle est mise en espace par la musique de Mauro Lanza qui avec un grand sens de l’économie créée des séquences entières, pleines de poésie où le temps se suspend, ou pleines d’inquiétude avec ses notes tenues où couve une menace. Lorsque la fureur éclate, attendue, les instruments explosent et le drame s’achève...
non, le drame ne s'achève pas, parce que après l'infanticide, il y a le vide...

Une oeuvre humaine
Ces œuvres là hantent longtemps parce que l’humain y a sa place tout entière… derrière la tragédie, derrière les racines grecques du drame se cachent des êtres humains, fragiles, dépassés par leurs actes car manipulés par les Dieux ( pour les auteurs Grecs) ou leur Inconscient, ce qui au fond revient au même. Les shivaïstes ne disent-ils pas que les Dieux se nourrissent des Humains, comme les Humains se nourrissent des animaux et des plantes, qui elles-mêmes, etc… ?
L’économie de moyens ( peu de danseurs, de costumes, de décors) ne retire rien à la force, aux émotions, qui traversent toute l’œuvre : amour maternel, innocence, amour, désir, séduction, plaisir, jalousie, inquiétude, colère, haine, rivalité, vengeance, folie, meurtre, douleur, regret, vide… une multitude d’émotions déferlent sur les trois protagonistes et sur les spectateurs qui redoutent et craignent le dénouement : bien qu’inéluctable, sera peut être évité ce soir ? La aussi réside la force d’une œuvre : susciter chez le spectateur l’espoir que le dénouement ne sera pas celui qui est prévu... il y a peut être de l’espoir, le pire ne sera peut être pas commis ?
Médée est une œuvre à voir et à revoir, car dans son langage contemporain, elle cache un drame éternel. Avec intelligence, Preljocaj s’est éloigné de son original grec et la transpose presque hors du temps. Mais si on lit l’original grec, on a conscience que les héros sont finalement proches de nous… Et offrent la possibilité d’une relecture sans changer fondamentalement les données.
Songe...
C’est un songe : on y dort au début (les enfants) on s’y endort (Médée et ses enfants)…on s’y éveille… mais s’y éveille t’on à la réalité ? N’est ce pas plutôt le songe qui s’éveille ? Et si ce qui apparaissait sur la scène n’était que le produit d’un songe ? Comme dans les armes secrètes de Cortazar, qui rêve quoi ? Qui rêve qui ? Où est la réalité ?

un deuxième et court article est en préparation sur Médée.

A la lecture de l'excellente biographie de Giovanni Lista, plusieurs réflexions sont nées que je me pose depuis un certain temps :
qu'est ce que la danse? pourquoi appeler danse des formes d'expression théâtre qui finalement font la part minime au mouvement, et plus a des concepts? Comment définir ce que les Américains appelent le " high art" et le " low art"? Beaucoup ce clivage entre un art élitiste et un art populaire?
Et surtout, est ce que toutes ces étiquettes sont vraiment importantes?
Le geste seul ne suffit-il pas?
N'en étant qu'au tout début de la biographie, je reviendrai sur cette artiste, dont je ne désire pas faire le portrait : lisez plutôt la biographie!
Aujourd'hui, je veux seulement casser ( grâce à Giovanni!) l'image trop lisse de cette danseuse des Folies Bergères dont on dit toujours " c'était une pionnière" sans expliquer pourquoi.
Sincèrement faire voler des tissus aux folies bergères, où est la gloire? Ce n'est pas parce que Lautrec, Rodin, les Symbolistes ( dont Mallarmé en tête) se sont entichés d'elle, que celà suffit!
Tout a commencé en Amérique!
Oui, Loie est bien américaine : oui, elle a fait carrière à Paris, sa patrie d'adoption, où elle mourra.
Depuis l'enfance, elle rêvait de gloire à n'importe quel prix, s'est essayée au théâtre, au chant, a été "girls"... a loué à Londre un théâtre pour y monter Shakespeare ( une catastrophe!) avant de retourner aux états unis sans le sou mais avec un mari financièrement très compréhensif...
bref, sa vie, à ses débuts, est un modèle de ratages, d'échecs, de vaches maigres, mais d'opiniatreté et de ténacité, jusqu'au jour où, par hasard, dans une des pièces de théâtre qu'elle jouait en tournée aux états unis ( et qui une fois encore sera un échec lamentable à New york) elle agita sa longue robe derrière la tête, dans une scène de spiritisme, et le public se mit à dire à haute voix " un papillon! une orchidée!" parce qu'il voyait des images naitre de sa longue longue robe blanche.
Là où Loie a du génie, c'est qu'elle comprend aussitôt que son succès est là, car ensuite, en répétant la scène, c'est fois ci bien consciemment, le public réagit à chaque fois de la même manière et la pièce n'a du succès en province que parce que le public désire voir cette scène de spiritisme.
Avant ce moment inoubliable, Loie s'était déjà entrainée au maniement de la jupe dans un genre qu'on appelle " skirt dance" et qui avait déjà à l'époque beaucoup de succès : la jupe, très évasée et très longue, était maniée en utilisant les effets de drapés, de mouvement. Elle a eu l'instinct de l'utiliser plus ou moins consciemment dans la pièce de théâtre pour donner plus de sens à la scène qu'elle jouait.

Elle va aussitôt exploiter ce " filon" mais d'une manière totalement rigoureuse jusqu'à ce qu'elle trouve quelque chose d'unique : tout de suite, elle a l'idée de travailler la lumière ( l'électricité est là!) et le fond de la scène.
Et puis, c'est le succès à New york, le départ pour Paris, et son engagement aux Folies Bergères, elle qui rêvait de l'opéra de Paris :
Nous y sommes!
Loie et les Folies Bergères
A partir de là, elle va travailler sans relâche, jour et nuit, déposer de nombreux brevets avec des systèmes sophistiques d'éclairages : fontaine lumineuse sur laquelle se tient la danseuse, scène avec des caissons de verre sous le plancher où sera mis des éclairages; boules de verres accrochées ou plafond et sur les murs ou se réfletera la lumière, fond noir ( ce qui ne se faisait jamais à l'époque)
Elle dépose aussi un brevet où le tissus est tendu sur deux batons recourbés en leur bout.
Et elle travaille avec une équipe de 27 électriciens, plus les autres techniciens, ce qui fait une équipe de 40 personnes, qui l'accompagnent dans ses recherches jusqu'à 6 heures du matin parfois!
à suivre!!!!
Danses et yoga ?
Il est assez fréquent actuellement de voir que les danseuses Tribal, les danseurs classiques, certains sportifs - sans parler des actrices et autre people, intègrent le yoga dans leur pratique quotidienne ; Mais qu’est ce que le yoga ? D’où vient-il ? A quoi sert-il ? Comment et où le pratiquer ? Il faut tout d’abord savoir qu’aujourd’hui, il n’y a pas un yoga mais des yogas… il est difficile parfois de s’y retrouver. Et ce phénomène n’est pas propre qu’à l’Occident, puisque plusieurs formes de yoga coexistent aussi en Inde, avec des différences philosophiques énormes malgré l’utilisation d’un vocabulaire semblable.
Origine et shivaïsme :
le natha-yoga L’histoire et l’origine du yoga se confondent avec celle de l’Inde, et ce bien avant l’arrivée des Aryens (1500 ans avant JC) Le Shivaïsme est une philosophie, bien plus qu’une religion, antérieure à tous ce que les Aryens amèneront ensuite avec eux : vedas, lois de Manus, etc… Le Shivaïsme, qui remonte à au moins 6 ou 7OOO ans avant JC, ne connaît pas les castes, pas plus qu’il ne reconnaît la supériorité de l’homme sur la femme. Il pense au contraire que l’être humain est androgyne sur le plan de l’énergie. Le shivaïsme se sert du yoga pour éveiller cette énergie, celle de la mythique kundalini.
Le raja yoga de Pentajali
L’arrivée des Aryens va changer bien des choses… ils arrivent avec leurs castes, leurs vedas… Tout ceci est en contradiction avec le shivaïsme qui lui est libertaire. Cependant, ils reprennent bien des techniques de yoga, mais dans son aspect ascétique, pour se libérer du monde et de son illusion. Il ne s’agit donc plus de se servir de son corps pour faire l’expérience de la réalité du monde, mais de s’en affranchir par des techniques de jeûne, d’abstinence, de prière, cet engagement exigeant de la part du renonçant quinze heures de pratique quotidienne ; pas question donc de mener une vie « normale »… cette branche de yoga très ascétique existe aujourd’hui encore, mais s’adresse à des « renonçants » Aussi, Pentajali est bien embarassé entre les contradictions qui opposent la pensée vishnouïste de la philosophie shivaïste Il va essayer de trouver un compromis : d’où la forme de yoga intermédiaire qui reprend les notions de moralité, d’ascèse des vishnouites, et les techniques de concentrations, de respirations, etc du shivaïsme. Il essaie de concilier l’inconciliable…
Quel yoga aujourd’hui ?
Aujourd’hui, c’est essentiellement cette forme de yoga qui est enseignée de part le monde,
plus ou moins adapté... enf ocntion des cours, l'accent est plus ou moins mis sur l'ascèse ( car les pratiquants du raja yoga sont végétariens et pronent l'abstinence sexuelle)
Parfois l'enseignement du yoga est purement et simplement réduit à sa plus stricte expression : le yoga streching qui ne garde que les postures, vidées de toute substance, de toute pensée : il devient pure gymnastique…
Il existe même une nouvelle sorte de " yoga" qui enchaine les postures en un temps record, transformant ces techniques de concentration intense en séance d’aérobic… Où est l’esprit du yoga dans tout cela ?
Le Yoga de Rachel Brice se rattache au raja yoga de Pentajali ; en stage, Rachel ne conserve malheureusement que l’aspect "gymnastique" du yoga, tout comme sur son dvd… mais je la soupçonne de pratiquer autrement pour elle-même…
Comme elle, beaucoup de danseuses ne gardent que les "postures" du yoga, sans leur ajouter les techniques de respiration et de concentration qui leur donne leur sens. Elles ne s’adressent plus qu’au corps physique, niant ainsi le corps énergétique et mental qui sont obligatoirement pris en compte par le véritable yoga.
Les danseuses de tribal utilisent donc souvent le yoga pour la souplesse, pour le renforcement musculaire. D'ailleurs, c'est une idée fausse de croire que le yoga vise à l'hyper-souplesse... ce n'est nullement le but recherché...
Celles qui pratiquent le yoga de Pentajali ont encore une approche spirituelle du yoga, mais dans sa version plus ascétique que celles qui s’orientent vers celui du mythique Matsyendra, l’un des premiers natha-yogin.
Le yoga que je pratique personnellement, se rattache à la branche du shivaïsme et au tantrisme, qui n’est pas, comme le croit si souvent les Occidentaux, une pratique sexuelle débridée en collectivité, mais un travail personnel et quotidien, rigoureux, sur ses propres énergies, son propre divin et sacré : c'est un yoga pour unir notre polarité lunaire et solaire et arrivée à la fusion intérieure.
Que trouve t’on dans un bon cours de yoga ?
Un travail sur les chakras, et sur le corps énergétique. On parlera aussi des canaux ou nadi, et de l’axe : la sushumna. Par les posture où « asanas » l’énergie est mise sous tension puis transformée via l’alchimie du souffle :le pranayama joue un rôle fondamental, puisqu’il doit s’éveiller autrement. Les postures s’accompagnent de technique oculaire ( drhistis), de mantras associés aux différents chakras, de mudras ( gestes des mains)… et de bandhas ( contraction de la base, de la gorge, du ventre) Seules, deux ou trois postures sont pratiquées pendant la séance, mais chacune sur une durée d’au moins sept à 10 minutes, voir beaucoup plus pour une pratique approfondie Puis suivent un mudra, une technique de respiration, et une concentration ou méditation…
Quel est son but fondamental ?
Les postures visent à une chose : mettre l’énergie sous tension, la purifier, pour libérer les tensions dans le corps physique, énergétique et mental, qui tous trois sont liés. Le pranayama, le souffle a un rôle capital dans ces postures et on doit apprendre à l’éveiller et le maîtriser. Les répercussions sur le corps, le mental sont bien sûres bienfaisantes : humeur plus légère, meilleure santé, patience et force sont développées, lâcher prise, concentration… Quand on pratique personnellement avec une visée plus spirituelle, certaines techniques sont pratiquées sur un gathika, c'est-à-dire une durée de vingt cinq minutes environs…temps nécessaire pour que l’énergie tourne vraiment. Ceux qui s’engagent dans une quête absolue peuvent maintenir une posture plusieurs heures d’affilée…
Yoga, danse et chamanisme…
En comparant l'origine de la danse et shivaïsme, on peut établir une parenté entre la danse, son symbolisme, et le yoga des Tantra. Par exemple, toute l’énergie de la danse orientale part du ventre : au ventre est associé le chakra du feu, manipura, « joyau dans la cité » haut lieu de « vie » dans le yoga Le fait que les figures, les huit et autres tournent autour de ce point mettent forcément en résonnance ce centre
D’autres part, beaucoup de figures qui portent des noms d’animaux ou qui font allusion à la Nature dont la danse s’inspire, rappellent les postures nées de l’observation des animaux chez les natha yogin : crocodiles, cobra, chameau, le yoga à son bestiaire Et ce n’est nullement un délire visuel, mais une observation très rigoureuse de l’animal, et de l’énergie qui lui est associée, et que les chamans, aujourd’hui encore savent utiliser
Ainsi, en prenant la posture d’un cobra ou d’un lion, le pratiquant devient lui-même sur le plan de l’énergie ce cobra ou ce lion, et développera les qualités qui lui sont associées
La danse "orientale", en reproduisant le pas du chameau, ou le frémissement du serpent à sonnette, ou le tremblement de la terre, ou l’élément aquatique « maya » s’approprie elle aussi ces qualités, même si cela n’est dit nulle part Cette danse qui plonge très loin ses racines a probablement due à une époque s’approprier l’énergie des éléments ou animaux qu’elle imitait C’est sans doute pour cela que certains parlent de « danse sacrée » En l’absence de texte et de témoignage c’est impossible à affirmer
Mais les natha yogin ont toujours trasmis leur pratique secrètement, de maitre à disciple, sans écrit. Lorsqu’il y eut des écrits, ceux-ci furent rendus obscurs pour ne pas permettre aux non initiés de s’approprier les techniques. Rien n’interdit de penser que dans la danse « pré-orientale » s’est transmise aussi autour de l’idée de l’éveil de l’énergie. Je ne parle bien sûr pas du raqs sharqi ni même du baladi tels qu’ils sont connus aujourd’hui, mais des sources lointaines qui ont donné naissance à ces styles, métissés de toutes sortes d’influences…
Pourquoi cet engouement aujourd’hui ?
Bref, aujourd’hui, l’être humain a perdu sans doute conscience de ce qui le liait à l’univers tout entier : plus il l’investit, plus il se coupe de lui sur le plan de l’énergie Je soupçonne malgré tout l’engouement pour le yoga de recouvrir une vérité profonde dont les adeptes n’ont peut être pas une conscience immédiate : de les remettre au centre d’eux même, de les relier à la part la plus authentique d’elles mêmes.

Voici la suite en espérant qu'il n'y aura pas du bug!!!
Je disais donc que le livre est très documenté, sans qu'on ait vraiment l'impression d'apprendre quelque chose sur Rudolf, pour peu que le personnage nous ait toujours fasciné! Dans les interwiews des danseurs, des personnes qui l'ont connu, on avait déjà une idée de sa personnalité. Et plus encore en voyant danser l'opéra de Paris dans les années 80 ...
Je ne suis pas du genre groupie transie, non : la preuve, lorsque je l'ai vu danser dans Raymonda, je l'ai même... sifflé! tant il avait été mauvais ce soir là...
certes il flamboyait... mais il avait le souffle court, les muscles sans tonicité, et pouvait à peine finir ses mouvements, ses tours...
Lui qui était sans pitié pour les autres n'hésitait pas à continuer la scène par nécessité absolue... à ceux qui venait le voir ensuite il disait : " comment étais je ce soir?" tout en connaissant d'avance la réponse.
Lucide, mais avec un tel besoin d'être sur scène!
Là où la biographie d'A. Dolfus m'a exaspérée, c'est dans la façon qu'elle a de donner en trois lignes son avis sur les chorégraphies que Noureev a données à l'opéra de Paris...
Elle met Roméo, Raymonda dans le même sac de l'ennui.... et finalement donne un avis " favorable" sur Bayadère....
En fait, il a remonté Bayadère de mémoire, voulant retrouver ce qu'il avait vu au Kirov, lorsqu'il était encore élève et danseur là-bas : il avait une mémoire exceptionnelle. Il pouvait, rien qu'en regardant un danseur mémoriser les pas... ce qu'il fit pour Bayadère
Il faut dire qu'il avait eu une mésaventure malheureuse en prenant des notes sur la Sylphide. Quelqu'un lui avait volé ses notes et les avait jetées aux toilettes...
A partir de ce jour, il prit l'habitude de ne compter que sur sa mémoire visuelle qui devint extraordinaire.
C'est ainsi qu'il remonta pour ainsi dire à l'identique la Bayadère de Petipa, tout comme il l'avait vu autrefois au Kirov, avec son éléphant géant et son tigre. C'est assez émouvant d'imaginer Noureev très malade, et voulant absolument retrouver à l'IDENTIQUE le ballet qu'il avait vu autrefois, du temps de sa jeunesse, en Russie... ( Il tenait absolument à avoir le même défilé que Petipa affectionnait tout particulièrement dans ses premiers ballets,comme la fille du Pharaon - voir mon article!-) car pour ses autres ballets remontés, il a toujours pris des libertés...
Tout en lisant donc cette biographie et en étant convaincu à demi par elle, à cause notamment de ces avis sur des ballets que personnellement j'aime beaucoup, j'ai réfléchi sur ce qui rendait Noureev unique, en tous cas à mes yeux, car je pense que chacun projette quelque chose de soi sur un artiste, ou bien encore prend conscience d'une part de lui même grâce à l'artiste. L'artiste qui crée un lien entre soi et le monde, ou bien le visible et l'invisible...
D'abord, il adorait Pavlova.... elle a toujours été à mes yeux la référence, l'amie perdue, même si je ne la connais que via des documents d'époque... sans pouvoir l'expliquer, j'ai une vraie passion pour Pavlova... que Noureev aime cette danseuse par dessus tout s'explique : ils ont tous deux en commun une âme russe qui fait passer l'humain, le vivant avant la technique, qu'ils travaillent pourtant aprement l'un et l'autre... mais une fois sur scène, ils sont avant tout " humain"
Noureev donnait toujours ce conseil avant d'entrer en scène : "pense à ton personnage, à sa vie, et ne le lâche pas tant que tu es sur scène!"
cela aussi c'est quelque chose de fascinant : on ne ressent pas les choses de la même manière en dansant si on pense " la je dois tendre mes pointes, là je pense à mes hanches, là je baisse mes épaules, etc" et si on pense au contraire " je suis tel personnage, il m'est arrivé telle chose, et je vis pour telle raison"
Visuellement aussi, le résultat sera flagrant...
Enfin, m'est revenu en lisant cette biographie une chose que j'avais oublié : les parents de Noureev étaient musulmans, bien qu'ayant " publiquement" renoncé à leur religion, vu les temps staliniens....
Ainsi, s'éclairent ces doubles que l'on voit dans ses ballets : Abderam le Maure, sensuel, flamboyant, violent aussi, qui est un double du Prince, élégant, et précieux
Ou encore Rothbart, le magicien, qui tient sous sa coupe Cygne et Prince. Dans la version de Noureev, ce Rothbart est un double du précepteur du Prince. Malheureux dans le réél, le Prince cherche le réconfort dans le rêve et cultive des fantasmagories à la Louis II de Bavière ou les personnages réels revêtent d'autres aspects...
Le sang tatar, mi russe mi turc, coulait dans ses veines, lui donnant un "exotisme" aussi chatoyant que les étoffes qui décoraient son appartement quai Voltaire...
On comprend mieux le déploiment sublime de la tente d'Abderam, et aussi l'énergie presque diabolique qui était la sienne, lui permettant de répéter le matin à Paris, et d'aller danser le soir dans un théâtre d'Italie...
Bref, on referme le livre en étant sur sa faim, malgré la précision des témoignages rapportés...
Mais je pense qu'on en apprend plus en le voyant danser Siegfried, le Corsaire, Basilio, et tous les autres...
qu'en lisant cette biographie. Cependant, pour tout " fan", elle prendra place à côté des autres, bien évidemment.

Noureev reste pour moi l'une des grandes lumières de la danse
retrouver ici d'autres articles que j'ai écrits :
lettre à Noureev
Raymonda
Noureev

En pleine lecture du livre Noureev l'insoumis, j'ai envie de rédiger quelques notes sur ce blog; comme toute biographie qui s'attaque à une personnalité aussi riche que celle de Noureev, celle ci présente des qualités et des défauts.
Les qualités? Et bien, l'auteure s'est longuement documenté, a elle même en tant que journaliste interwievé le danseur, et l'a vu sur scène, elle a préparé son livre avec passion, et a consacré de longs mois à rencontrer ceux qui l'avaient connu, cotoyé, ceux qui avaient travaillé avec... on sent donc que la passion a porté l'auteure dans son travail de recherche et d'écriture.
Ses défauts? et bien, cette journaliste a forcément ses propres points de vue, notamment sur les ballets que Noureev a remontés pour l'opéra, et curieusement ses ballets préférés ne sont pas forcément les miens... mais peu importe.
Ariane Dolfuss a réalisé un livre très dense, complet, organisé en chapitres et non pas d'une façon chronologique et l'on se plonge avec passion dans la lecture qui nous permet de suivre " au plus près" cet être d'exception qui a consacré toute sa vie à la danse et a vécu d'une certaine façon solitairement, même s'il était toujours très entouré.
Loudières le décrivait tellement bien dans un musique au coeur réalisé par Eve Ruggieri : "avec lui, les thermos volaient, il criait, il partait, il revenait, il n'avait pas d'horaires et entendait que chacun soit aussi disponible que lui." Loudières disait que parfois, les danseurs exténués se révoltaient.
Charles Jude aussi le décrivait ainsi :" il fallait comprendre vite, sinon, il remplaçait aussitôt un danseur trop lent par un autre." Mais les deux s'accordent à dire qu'il poussait les danseurs dans leurs propres limites, les poussaient à se dépasser, et avait une telle passion de la danse, qu'elle en était communicative, d'une certaine façon en tous cas.
Toute sa vie fut une sorte de grande course en avant: il dansait partout, tout le temps, même lorsque ses forces commencèrent à décliner...


Et bien voilà, hier, j'ai revu ce chef d'oeuvre de Belarbi!
Que dire de plus que ce que j'ai écrit il y a deux ans?
je ne reviendrai pas sur le ballet lui même et sa narration, si réussie, plutôt sur les moments qui m'ont marquée hier....
Les artistes ont donné une vision du ballet absolue, magistrale, d'une époustoufflante intensité.
L'intensité est d'ailleurs la marque de ce ballet où sont brassées des émotions violentes, rageuses, entières...
J'étais au deuxième rang, juste au milieu, donc très près des artistes
Certes, lorsque l'on est si près, on n'a pas une vision d'ensemble des choses, mais on sent toute une atmosphère...
Le ballet en lui même est magnifiquement conçu et Belarbi a su tirer de l'oeuvre de Bronté sa férocité, son aprêté, ses passions. Deux actes parfaitement équilibrés pour jouer un drame d'une grande force.
Hurlevent, ce sont les passions brutes, sans artifice, où la violence le dispute à la haine, et où l'amour triomphe quand même... avec les retrouvailles de Cathy/ Heathcliff dans la mort, mais aussi avec le couple des enfants que Cathy et Heathcliff ont eu de leur côté.
Nicolas Leriche campe un Heathcliff nourri de haine et dévoré de passion pour Cathy : sa danse, sublime, a acquis une force, une densité, une virtuosité absolue! Je l'ai vu danser des dizaines de fois, mais j'ai toujours l'impression que c'est la première tant cet artiste m'étonne, me bouleverse, me cloue sur mon siège par sa force, sa puissance, l'élévation de ses sauts, l'intensité de ses gestes. Le tout servi par une immense sensibilité d'artiste... Un vrai cyclone... où transparait un personnage odieux, mais déchirant quand même : il décline mille et une nuances de haine, de violence, de vengeance... mais de souffrance aussi par son amour rejeté. Totalement habité d'un bout à l'autre du ballet, il forme avec Gillot/ Cathy un couple mythique, pour lequel on souffre de les voir se faire tant de mal...
Marie Agnès Gillot elle aussi a une danse toute en nuances, et l'on comprend parfaitement tout ce qu'elle ressent : sa technique magnifique est au service de son personnage d'un bout à l'autre du ballet, et de tout ce que Cathy a à nous dire : pétrie de contradictions, Cathy ne peut pas choisir mais seulement souffrir... elle est crucifiée entre son amour pour Heathcliff mais qui n'est q'un garçon de ferme, et pour Linton qu'elle n'aime pas comme elle aime Heathcliff, bien qu'elle ait une certaine tendresse pour lui, mais qui lui offre la vie dont elle a toujours rêvé... Gillot passe par l'ingénuité, la candeur, la femme qui se révèle, la souffrance... sitôt qu'elle a quitté la lande et Heathcliff, elle est tourmentée, et le restera fantôme, jusqu'à la mort d'Heathcliff qui lui apporte enfin la paix...
La voir danser est un bonheur total, car ses mouvements sont fluides, amples et précis, et elle a cette capacité rare a emplir à elle seule tout le plateau de Garnier; une fois qu'on la voit, on ne peut plus la quitter des yeux...
J'ai toujours autant de plaisir à voiir Heathcliff et Cathy dans la Lande, puis la métamorphose de Cathy, qui de petite sauvageonne ingénue, devient une femme du monde, tandis que Heathcliff, dévoré de chagrin, danse avec la robe que Cathy portait dans les bruyères...
j'ai toujours autant de plaisir à suivre toutes les étapes de ce drame; à voir Joseph allumer et éteindre les feux, à voir les gardes du corps telles des ombres de l'au delà, danser dans leur grand manteau, comme un vol de corbeaux sur la plaine
J'ai toujours la même fascination pour chaque tableau qui s'enchaine l'un à l'autre, sans brisure, sans que le spectateur ne se perde dans des détails...
Le corps de ballet n'est pas bavard mais participe aussi de la narration du ballet. Hier, Charline Giezendanner avait l'esprit de la danse en elle : elle irradiait!
Toutes les autres danseuses formaient un bel ensemble, mais chez Charline, le mouvement semblait plus beau, plus large, plus généreux, plus nourri, plus accompli, plus danser...
Alice Renavand était renversante de beauté et de séduction chez les Linton...
Le corps de ballet me rappelle un peu le choeur grec antique, qui commente : les esprits de la terre, comme j'appelle les paysans du premier acte, les gardes du coprs, ou encore les gardes d'esprit apporte au ballet une dimension dramatique intense
Par exemple, la danse des paysans n'est pas un divertissement : il participe à l'apreté générale du ballet: la danse est sans fioriture, les costumes sont couleur de terre, les chaussures résonnent lourdement sur le sol, les mouvements sont amples, bourrés d'énergie mais ne recherchent pas à être beau

Chez les Linton, pas non plus de danse décorative : le bal est empesé, figé dans ds ports de bras couronne qui ne visent pas à être jolis mais à dire comme ce monde est soumis à ses propres régles et conventions sociales... pas de liberté de ce côté là, mais des règles...
Dans ce context, la danse d'Isabelle qui quémande l'amour de Heathcliff pour lequel elle a un mélange d'amour, de compassion, et de besion de se faire mal, prend tout son sens.
Certes, j'ai préféré largement le rôle de Linton dansé par Karl Paquette que par JG Bart, qui possède une technique d'une précision hallucinante, mais qui, de mon point de vue, relègue l'émotion au second plan, mais JG Bart met bien en lumière le monde qui le sépare d'Hethcliff...
En revanche, Nolween Daniel m'a énormément convaincue dans le rôle masochiste d'Isabelle.
Je garde une petite préférence pour Eléonora Abbagnato qui a une fragilité supplémentaire, mais Daniel a une belle dimension artistique, l'incarnation de son personnage est totale et son duo avec Heathcliff est complètement terrifiant...
Le Hindley de Stéphane Bullion n'a pas l'apreté d'un Romolli, mais sa relation à Heathcliff est d'une grande lisibilité : leurs duos sont impressionnants là encore! au début, il domine puis peu à peu, il choit...
Aurélia Bellet campe une Nelly pleine de bon sens terrien, la seule à rester droite au milieu de ce tourbillon d'émotion.... c'est un peu un gouvernail dans la tempête, qui montre le chemin, même si personne ne la suit...
Sans passer en revue chaque scène qui a elle seule mérite un article, je dirai que ce que j'aime dans Hurlevent, c'est qu'il plonge ses racines dans les ballets qui l'ont précédé tout en renouvelant le genre
Ainsi, le pas de trois de Cathy/ Heathcliff/hindley m'a t'il évoqué un court instant Rothbart, Odile, et Siegfried...
la même poésie, la même magie mais dans un autre langage
J'ai encore la vision du fragile cygne blanc entre le magicien et le fragile prince qui a si peu de prise sur le réel .... Cathy elle aussi se retrouve entre Heathcliff, dominé par ses passions, et le fragile Linton...
J'ai déjà écrit comme ce ballet me rappelle Giselle...
Mais on peut aussi voir des réminiscences des oeuvres de Mats Ek
Ce ne sont pas des citations, ni de la copie!!!
Non, c'est une filiation : Belarbi s'est nourri largement de tous les ballets qu'il a dansés, vus, et à présent, son oeuvre, originale, intelligente, sensible, emmène un peu plus loin dans la narration la tradition du ballet...
C'est toujours difficile de revenir à la réalité après avoir vu une oeuvre comme celle là: on est partagé entre deux états, celui d'en parler pour mettre à jour tout ce qu'on a ressenti, celui de se taire, pour garder tout précieusement intact au fond de soi, que ça ne s'échappe pas!

Monique Loudières.... pourquoi un article sur elle ce matin? Tout simplement parce que hier j'ai visionné quelques extraits des fabuleux films de Dominique Delouche, et que j'ai pris conscience du grand vide qu'elle avait laissé à l'opéra, tout comme Noella Pontois...
Ma rencontre avec Loudières a été un vrai coup de foudre!
J'étais venu voir danser Pontois dans don Quichotte, et Loudières, alors première danseuse, jouait une des amies de Kitri; je ne l'avais encore jamais vue sur scène... mais ce soir là! Elle étincelait! Technique, virtuosité, présence, charisme, beauté, tout y était!!!! Quelques semaines plus tard, Pontois se blessait en Italie dans Don Quichotte, Loudières la remplaçait au pied levé et était nommé étoile...
ah, pour l'anecdote, Guillem dansait la reine des Dryades le soir où je la vis pour la première fois!...
Je peux dire qu'à chaque fois que j'ai vu danser Loudières, je n'ai jamais été déçue! Une vraie étoile! D'abord, une précision à couper le souffle! Ensuite, une musicalité absolue! et puis, un feu, une fougue, un engagement total dans la danse...
Loudières, sur scène, était du vif argent! Avec une maîtrise! Elle faisait partie de ces étoiles dont on est toujours sûre, et qui du reste, artistiquement, étonne toujours!
A l'époque, elle était ma deuxième favorite, tout de suite après Pontois!
Elle avait le même feu intérieur que ma chère Claire Motte, d'ailleurs, Don Quichotte leur allait comme un gant à toutes les deux!
Quand elle dansait avec P Dupond, - il ne faut pas oublier quel immense danseur il a été, et quel partenaire fantastique il était pour Loudière - vraiment, on ressortait du théâtre des ailes aux pieds, le coeur en fête, avec une envie d'aimer la vie, la danse, et de dévorer tout cela à pleines dents!
Je n'ai jamais vu des partenaires communiquer autant d'amour, de joie de vivre et de danse à leurs spectateurs dans ces ballets gais comme Don quichotte que Noureev savait si bien mettre en scène!
Et puis, Loudières était sur scène une excellente actrice! Dans l'histoire de Manon, elle était déchirante au troisième acte... tout comme elle l'était dans Roméo et Juliette.
Ce ballet qui existe en dvd me fait toujours regretter l'ère Noureev : quand je vois la perfection de tous les artistes sur scène dans ce ballet, la vie qui anime le plateau même dans les rôles de figuration, j'ai une grande grande bouffée de nostalgie...
Juliette lui allait aussi à merveille : espiègle et enfantine au premier acte, puis amoureuse, puis déchirante au dernier acte; elle aimait danser ce ballet et surtout le troisième acte, car toutes les difficultés techniques étaient passées, et elle pouvait alors donner sa pleine mesure de tragédienne sur scène...
Quand à Giselle... au second acte, je n'ai jamais vue une danseuse aussi légère, aussi " esprit", et si romantique dans le sens premier du terme.
Peu de temps après sa nomination, il y a eu une émission à la télé où on la voyait à New York travailler un solo avec Alvin Ailey : double choc! Je ne connaissais pas Alvin Ailey à l'époque et découvrir ce chorégraphe qui allait si bien à Loudière fut une " révélation!": vingt cinq ans plus tard, je la vois encore très nettement danser ce solo sensuel, tonique, virtuose, qui exigeait une grande rigueur et une grande liberté tout à la fois... l'ivresse de la danse, c'était exactement cela !! l'alliance du jazz et du classique unis pour le meilleur!
Hier, j'ai donc visionné Loudière apprenant la variation de l'Ombre avec l'exigeante Chauviré, puis travailler Balanchine sur la sonatine de Ravel avec la tonique Violetta Verdy, puis danser le pas de deux de Don Quichotte avec P Dupont : que du bonheur!
Eve Ruggièri lui avait consacré une émission elle aussi... on la voyait travailler au quotidien et on découvrait aussi ses deux petites filles... ainsi que son mari H Dirmann qui était aussi danseur à l'opéra.
Lorsque je revois les documents de cette époque pas ancienne du tout, je prends conscience que les actuelles étoiles féminines de l'opéra de Paris d'aujourd'hui sont bien différentes... ce sont d'autres générations... les choses et les temps ont changé...
Et Noureev n'est plus là pour "étriller tout ce beau monde comme un petit cheval de course" ( V Verdy parlant de Loudière)
Je ne sais pas exactement pourquoi Loudière est partie s'occuper de l'école de danse de Cannes dont elle est la directrice et n'est pas restée à l'opéra de Paris transmettre les rôles aux étoiles d'aujourd'hui comme Pontois ou Thesmard... Mais je sais que sur scène, elle me manque!
Quand je vois Dorothée Gilbert, je vois en écho Loudières : non, je ne compare pas! c'est juste une histoire de " famille!"
Par exemple, M Froustey m'évoque parfois N. Pontois, et bien D Gilbert me rappelle Loudières! comme des filiations, des familles spirituelles, animés par les mêmes affinités électives!
En tous cas, je suis ravie de tous les documents que je possède sur elle, grâce, notamment aux films de D Delouche, et je suis encore plus heureuse de l'avoir vue danser
Quand je revois les documents de danse, où elle répète, travaille, danse, je suis infiment émue : elle respire la danse, elle est la danse, son esprit, son souffle, son incarnation : son visage irradie tellement lorsqu'elle danse, cela lui semble si naturel, elle est tellement habitée!!!
Et pourtant, elle disait qu'elle n'était pas la plus douée à l'école de danse, qu'elle était raide...iMais elle portait en elle ce feu sacré, qui, finalement, est si rare!
Elle reste aussi tout simplement... inoubliable!.....
| |