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  • : Un jour, une œuvre, par Valérie Beck
  • : Créé en 2006, ce blog rédigé par Valérie Beck a évolué au fil du temps. Il est consacré principalement à la danse, mais est ouvert aux autres arts.
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

24 octobre 2006 2 24 /10 /octobre /2006 19:38

C'est le Cotton Club!

C'est le club le plus branché de Harlem qui vit le jour en 1923. Francis Ford Coppola en tire un film au titre éponyme

Ce club nait dans un context étrange de prohibition, de ségrégation sociale, où, bizarement, la clientèle exclusivement blanche est servie et divertie par des Noirs Américains...

Et c'est là, en 1927, que Duke va lancer son grand orchestre : une première : la salle est reliée à la radio CBS, et les concerts sont transmis en direct... ce qui fait que la réputation du Cotton Club ( en mémoire des champs de coton du sud)  dépasse très vite les frontières de Harlem

 

                          Duke Ellington et son orchestre et the girls chorus line

           1927

 


 

Que danse-t-on au Cotton Club ou encore au Savoy, autre ballroom dancing a la réputation sulfureuse?

Du charleston, du Lindy hop, du " tap", avant que le swing qui apparait un peu après ne fasse son entrée...

Charleston, en souvenir de la ville, danse immortalisée entre autre à Paris par la Revue Nègre et Joséphine Baker, sa vedette somptueuse...

Lindy hop, nom inventé par un des danseurs à qui un journaliste en extase devant la performance des danseurs Noirs Américains demandait ce qu'il dansait et qui se serait inspiré d'une manchette de journal " Lindberg hops the Atlantic" ( Lindberg traverse l'Atlantique)

 

 

Cette danse improvisée se danse donc au rythme des grands orchestres comme ceux de Duke qui naissent dans les grandes villes de l'Amérique du Nord à partir des années 1920-1930. "Duc" "comte", "Roi" sont des revanches pleine d'humour sur le passé d'esclaves de ce peuple qui vibre d'une immense énergie et qui apporte à l'Amérique une musique neuve, des rythmes neufs, des sons neufs... King Olliver, Duke Ellington, Count Basie...

J'adore la période " jungle" de Duke... !!!

Et toujours ses merveilleux petits appels au piano, dans l'aigu, en superposant des quartes acidulées : écoutez, on le reconnait entre mille!

 


 

 Grégory Hines en " tap dance " dans une scène de Cotton Club

 


 

La crise de 1929 pointe à l'horizon, mais le peuple noir Américain en a vue d'autres et sa vitalité est intacte. La musique, le chant, la danse sont sa revanche, et si une partie de la population Noire Américaine, pour qui la vraie musique reste le gospel, le Negro Spiritual, la musique d'église,  et est choquée par ces lieux dirigés par d'anciens gangsters, d'autres s'y plongent avec délice et y trouvent une ivresse que la dureté de la vie des années 1930 interdit.

Les prémisses de la danse jazz sont là : vitalité, énergie, rythme, improvisation et LIBERTE...

Le Lindy hop est en quelque sorte l'ancêtre du rock and roll qui n'apparaitra qu'en 1956 : sortie officielle du premier disque d'Elvis, le seul Blanc " à chanter comme un Noir" Mais c'est une autre histoire!

En 1940, le Cotton Club quitte Harlem pour Broadway, et les music hall récupèrent la mouvance de la danse " jazz" ... c'est l'heure du swing...

Qu'est ce que le swing?

Musicalement, "on l'a ou pas", c'est une façon de jouer avec la mesure, avec la pulsation... comme de faire rebondir en douceur le rythme, sans le décaler...

C'est irrésistible... le swing réveille les jambes et les corps de tout le monde....

Quand au "tap dance"  ou vulgairement " claquettes" si les premiers noms qui nous viennent sont peut être Fred Astaire et Ginger Rogers,il ne faudrait pas oublier avant lui  Sammy Davies, qui avait vraiment quelque chose d'unique... mais nous sommes déjà au début des années 1950 et le Cotton Club ne va pas tarder à fermer...

 


 

 

 Donc voilà en quelques mots quelques styles de danses qui ont précédé " le modern jazz" qui n'est pas encore né à la fin des années cinquante...

Quelques points de repères supplémentaires  seront en ligne bientôt : le swing, Joséphine Baker, qui a eu un tel impact en Europe...

Et vous savez quoi?

D'avoir écrit cet article, me voici en joie, plein d'images me reviennent, l'immense talent de ces artistes Noirs Américains me met les larmes aux yeux et le sourire aux lèvres; ce sont les seuls à être capable de provoquer ces doubles émotions en moi! La compagnie d'Alvin Ailey le fait de la même manière aujourd'hui...

Comme je les aime!!!

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18 octobre 2006 3 18 /10 /octobre /2006 07:58

L'autre jour, en regardant mes rubriques pour voir un peu ou j'en étais, je constate horrifiée  qu'en 6 mois, je n'ai encore rien écrit sur la danse jazz ou modern jazz... pourtant, je l'ai pratiquée, j'ai eu l'occasion de voir sur scène des spectacles de Bob Fosse, d'Alvin Ailey, de Redha, de Jérôme Robbins....

Alors, pourquoi???

Parce que je me rends compte tout simplement que je ne sais pas très bien par quel bout m'y prendre pour parler de cette catégorié "un peu fourre tout"

Je pars donc en quête de documentations, et là, horreur, je me rends compte que 90 pour cent des textes sont en langue anglaise que je ne lis que très très mal... j'apprends au passage qu'un livre vient enfin d'être rédigé par une danseuse ( ballet rick odrum) et chercheuse à l'université de Paris ( je vais me le procurer sans attendre)

Et je refléchis...

 


 

un quatuor adore : Miles, John, dizzie, Charlie ( davis,Coltranne, Gillespie, Parker)

 


 

Je connais assez bien l'histoire du jazz, et j'adore le jazz sous toutes ses formes, du vienx jazz new orleans, aux géniales session de Dizzie Gillespie, en passant par les grands orchestres de Duke, ou encore l'ébourriffant Miles Davis, ou le troublant Charlie Parker

Certes, mon coeur est à Billie Holliday, et au saxophoniste Lester Young, mais mes plus grands moments de radio sont "le jazz est un roman" sur france musique à 18 heures ou encore les soirées jazz de fip... quand il m'arrive le soir de prendre ma voiture vers 21 heures, et que les grosses cheminées fumantes de Bercy se marient au jazz qui coule de la radio, c'est le bonheur total!!!


 

jazz sulfureux de Bob Fosse, clin d'oeil au cabaret Berlinois, mêlé de "jazz" et d'un style bien à lui.

Alors, la danse jazz?

Et bien, elle a aussi son histoire, complexe, dont je n'ai pas encore démêlé les échevaux, mais une première chose importante : tout comme la musique, la danse jazz est improvisée. Au début, on trouve surtout des danses comme le Charleston, puis le swing, toutes ces danses libres qui naissent dans le Sud des états Unis. C'est au début l'apanage de danseurs Noirs, descendant d'anciens esclaves, et ceux ci ne se produisent pas du tout sur scène, pas plus que la scène n'accueille en ses débuts les orchestres de la Nouvelle Orléans ( on pouvait les entendre dans des petits clubs, dans la rue,  lors de différentes manifestations populaires et sur les gros bateaux à vapeur qui descendaient le Mississipi)

Lorsque le Cotton Club ouvre, ce célèbre club new yorkais, un select public blanc  se presse  alors que la musique et la danse sont le produit des Noirs. Ce sera le club de   Duke Ellington, la danse se fait elle aussi la part belle. ..

Et on y trouve aussi un peu de tout... des danses libres, des musiciens de passage, d'autres déjà bien installés dans le jazz, des chanteurs qui reprennent des chansons à la mode...

 parallèlement, à la fin des années 40, les grandes revues de Broadway battent leur plein : et tout le monde chorégraphie : aussi bien un G Balanchine, issu du ballet classique, que plus tard un Jerôme Robbins ou encore un BOb Fosse, dont le jazz est de style " cabaret"

Broadway, puis le cinéma, obligera la danse jazz a quitter l'improvisation pure  pour un langage chorégraphié et écrit d'avance.

 


 

Robbins fait répéter une scéne de west side story à Chakiris

 


 

Dans le même temps, Alvin Ailey s'essaie à ses premières chorégraphies, et c'est le génial revélations qui nait.... ( 1960) chef d'oeuvre qui révolutionne toute une esthétique...

Il donnera au jazz ses lettres de noblesse, et ses danseurs Noirs monteront sur scène à une époque ou la ségrégation est encore très puissante...

 C'est le début de la longue histoire du "modern" jazz qui se prolonge aujourd'hui encore...


 

Tout ceci vous parait confus?

J'y mettrais  un peu d'ordre dans mes prochains articles...

Mais sachez tout de même que le modern jazz va tisser un pont entre deux cultures, l'Africaine et l'Européenne, comme le fera plus tard le rock and roll...

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7 octobre 2006 6 07 /10 /octobre /2006 14:55

  N'est elle pas magnifique???? Mia adorerait son costume et sa pose, j'en suis sûre!!!!

Rachel a quitté les BBDS, MAIS, Miles Coppeland veille sur la compagnie Indigo, la compagnie de Rachel, et leur organise même un US tour, avec un nouveau spectacle intitulé " Le Serpent Rouge" en français, s'il vous plait!!!! Pas idiot, le Miles Coppeland!!!

Pentaphobe, le génial compositeur de Rachel lui a aussi relooké son site.... il est tout en flash, un peu étrange, avec de belles musiques, et sans chichi...

Compagnie Indigo : la couleur du 6ème chakra, Ajna.... celui par lequel la conscience et la volonté se réalisent... celui de la double vue....

Mystique, Rachel l'est sûrement... car cette couleur signe les mystiques...

A présent, j'espère que Miles aura la bonne idée de faire tourner la compagnie Indigo en Europe...

Il n'y a plus qu'à l'attendre et à espérer...

Tout comme j'espère que Rachel reviendra donner des stages à Paris... avec ses yeux de chats, sa belle voix grave, sa maitrise de tous les mouvements qu'elle propose, sa douceur et son intensité... sa simplicité et sa gentillesse... Rachel est unique...

d'ailleurs, promis, je mettrai en ligne tout le travail que Rachel nous avait fait faire sur 16 heures...

J'ai un autre souhait, que le génial Pentaphobe sorte un autre disque...

Si vous connaissez des musiques de cette qualité et de cette inventivité, de cette modernité et de cette musicalité, SVP, dites le moi!!!!

 


 

le site de rachel brice : http://www.theindigo.net/2006/

 

A lire aussi sur ce blog : Rachel Brice, portrait

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2 octobre 2006 1 02 /10 /octobre /2006 17:37

 Après vous avoir parlé de Robert Plant et d'Alexandre Taraud, et bien, un nouvel article qui n'a rien à voir avec la danse ( quoique!) et qui cette fois ci va concerner le double chef d'oeuvre de Tolstoi et de Serguei Bondartchouk...

J'ai découvert Guerre et Paix de Tolstoi assez jeune, lorsque j'avais 16 ans... et cela a été un tel coup de foudre entre le livre et moi que depuis je le relis très régulièrement... peut être l'ai je relu sept fois depuis... et toujours avec le même plaisir...

D'ailleurs, en ce moment, devinez... eh oui, je le relis!

comment peut on lire un livre sept fois, me direz vous?

Et bien, tout naturellemnet, lorsque l'on tombe amoureux de tous les héros du livre,les petits et les grands, les nobles et les humbles, car tous sont terriblement humains... ( Natacha, Pierre et  le Prince André, en tête, et puis sa soeur Marie, leur père, la famille Rostov au complet... Moscou, Koutouzov, et même Bagration, Touchine et Platov, héros du petit peuple russe au si tragique destin, et d'une telle humanité)

Je ne peux plus me passer d'eux...

détail d'un visage d'artilleur dans un plan général

Comprenez, je ne relis pas un livre : je rends visite à ses hôtes, je vais voir s'ils vont bien, s'ils ne s'ennuient pas dans ces 1200 pages...

Ils me rendent au centuple ma visite... je retrouve la même émotion, le même plaisir à lire la plume de Tolstoi qui est tout sauf complaisante, qui a un sens de l'observation sans faille et qui surtout sait mêler destins individuels ( les petits soldats en campagne, avec leurs misères et leur joie, leur faiblesse et leur bravoure, ses héros, comme le prince André qui oscille entre austérité et quête du bonheur, ou bien le naif mais génial Pierre qui cherche un sens  à sa vie, et le trouvera en captivité au côté de Platov, et puis la magnifique Natacha, qui évoque l'âme russe à elle seule ) à la Grande Histoire ( celle des guerres napoléonniennes jusqu'à la prise de Moscou par Napoléon et sa destruction par un immense incendie)

 

scène d'action d'un réalisme époustouflant, sans esbrouffe.

Deux grandes périodes marquent ce livre : Austerlitz et 1812, date de l'invasion de la Russie par Napoléon.

Tout cela m'est très familier puisque adolescente, j'avais commencé à écrire l'histoire d'un soldat, la veille d'Austerlitz et j'avais tenté de décrire ce qu'il ressentait en regardant les feux de bivouac la veille de la bataille. Curieux pour une jeune fille, non?

D'habitude, on écrit plutôt des romans d'amour à cet âge là!

 


 

Bref, aussi, vous n'imaginez pas ma surprise lorsqu'un jour, dans un magasin qui vendait des videos pas chères, je vis deux cassettes de guerre et paix par un cinéaste totalement inconnu : Bondartchouk.

Illico presto, je les achetais

J'avais vu la ridicule version américaine avec Hepburn et Mel Ferrer, pitoyable, mais sauvé du désastre par la grâce d'Audrey...

Cela ne pouvait donc pas être pire...

 


 

Natacha chez son oncle, danse une danse populaire russe, d'instinct.

Mon Dieu!!! Quel choc!!!

Voilà l'un des plus beaux films que j'aie jamais vus! ( et que la version américaine a pillé!!!!)

Oh, ne vous attendez pas à un style narratif conventionnel, ni à quelque chose de lyrique,  non. Ce film est complètement inspiré, complètement mystique, avec tous ces mouvements de caméra vers le ciel, les nuages... quand au coeur de la bataille, la caméra s'élève, montre l'embrouillamini des cosaques, de l'artillerie, des fantassins, des canons éparpillés, des chevaux rendus fous et sans cavalier,  pour gagner le ciel... j'ai des frissons

Quand Natacha assise sur son balcon parle du bonheur et que la caméra vous emporte au dessus des prés et des bois russes la nuit, survole une rivière ou se reflète le clair de lune, j'ai des frissons...

Quand le Prince Andre, grièvement blessé et mourrant, fait ce rêve terrible de la mort qui frappe à sa porte, et que là,  la caméra côtoie le surréalisme, j'ai des frissons...

Les personnages sont brossés sans chichis, sans fioriture, ils sont nets, carrés. Les dialogues sont respectés, de même que l'histoire.

Et puis... les scènes de bataille... sont gigantesques. Borodino à lui seul dure près d'une demi heure...

Les mouvements de caméra rendent l'individuel et le collectif d'une manière magistrale.... tout comme Tolstoi à su l'écrire, le décrire...

Ce film génial a été réédité en cinq dvd... il est en train de devenir un film rare. On me l'a offert pour mon anniversaire, je ne pouvais rêver plus beau cadeau.

Je ne serai plus obligée de naviguer avec mes vieilles videos, et en plus, je peux avoir les voix russes...

 


 

Le plus étrange, dans tout cela, c'est qu'il y a une scène de duel entre Pierre et Dolokhov que j'ai reconnue pour l'avoir vu enfant à la télé quand j'avais sept ans. Ma mère devait regarder ce film qui passait en feuilletons à midi... et je me souviens tout à fait que j'étais interloquée, bien que ne comprenant pas bien ce qui se passait... je me rappelle encore le regard de Pierre refusant le duel, mais s'apprêtant quand même à s'affronter à DOlokhov... il  m'était entré dans le coeur, et je m'en suis toujours rappelée...

Sans le savoir, j'étais déjà tombée amoureuse du Guerre et Paix de Bondartchouk à cet âge là... je ne savais pas que je le retrouverais trente ans plus tard dans un video-magasin à Paris...

Quand j'y pense, la télé des années 1970 passait des merveilles à l'époque...   je ne l'imagine pas du tout passant ce genre de film en feuilletons aujourd'hui...


 

 

Bref, cette oeuvre est marquée d'une double humanité, celle de Tolstoi, celle du génial réalisateur qui a réalisé ce film en plus de quatre ans...

Les deux sont dans mon coeur, à tout jamais...

si le coeur vous en dit, plongez à votre tour dans ce monde si sensible, si humain, où la vie, fragile, côtoie le pire et le meilleur en ce monde....

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30 septembre 2006 6 30 /09 /septembre /2006 07:58

 de 1880 à 1940....

 

 

voilà un livre exceptionnel que je recommande à toutes celles qui pratiquent une danse exotique, qu'elle soit indienne, africaine, orientale... au départ, travail de thèse soutenu en 1982, l'auteur a enrichi son ouvrage de 20 années de recherches supplémentaires et de biographies sur des artistes, tant du music hall que du théâtre qui ont marqué cette époque.

On y apprend la folie qui a gagné la France dès les années 1880. En effet, à cette époque, les expositions universelles, vaste outil de propagande pour le colonialisme et sa "grandeur", étaient de véritables petites villes où se situaient différents "pavillons" ou rue dédié à un pays ou à une ville...

Ainsi, la fameuse rue des Almées où se produisait la belle Fatma, légendaire danseuse du ventre,qu'on allait voir en famille mais qui avait une réputation ... sulfureuse...

La rue des Almées  du Caire, était en fait reconstruite "comme si l'originale s'était transportée à Paris" pour la plus grande joie des visiteurs ( des millions à chaque exposition). Tout le monde adorait la rue des Almées et la Belle Fatma et à la lecture, on comprend bien que déjà, " la danse du ventre" était vue comme une danse lascive, érotique...

Cette rue des Almées eut un tel succès que peu à peu, des danseuses gitanes,   Hindoues, indiennes, javanaise, africaine et autre apparurent dans ces expositions. Le succès aidant, on embauchait des figurants sur place, qui devaient passer pour des danseurs véritables venus de ces contrées lointaines...

l'authenticité, prouvée à fort d'articles enthousiastes dans toutes sortes de revue, était en fait tout à fait tronquée...Il suffit d'évoquer Mata Hari et ses danses javanaises sacrées pour s'en convaincre.

 

 


Mais cela eut un double résultat : d'abord, que le genre " danse exotique" fut largement exploité dans le music hall ( aux Folies Bergères, devançant en cela tout ce qui suivit ensuite, jusqu'au Bellydancer superstars) mais surtout, plus intéressant de mon point de vue, que les scènes des théâtres s'ouvrirent ensuite à de vraies artistes de scène venant du Japon ( Toshi Komori) d'Inde ( Uday Shankar) d'Arménie ( Armen Ohanian) du Sénégal ( Féral Benga)

Les danses exotiques " inventées" cotoyèrent donc les véritables arts issus de ces différents pays.

 

Féral Benga, Yaco Sacco


photos prises en 1920/1930

 

 

 

Malheureusement, même si on pourrait croire qu'une grande ouverture d'esprit vit le jour en cette fin du 19ème, début 20, il n'en était rien, car ces danseurs qui attiraient les foules étaient quand même vu comme " inférieurs à l'homme blanc".. on mettait en lumière la sauvagerie de leur danse, leur vie de geisha riches en aventures, leur animalité ou leur sauvagerie, s'opposant, bien évidemment à un esprit occidental puissant et inventif, capable de coloniser le monde, donc forcément, de ce point de vue, d' y apporter connaissances et technologies...

l'engouement pour l'exotique se double d'un fond de mépris et de fascination pour un ailleurs peuplé, quoiqu'il en soit, d'êtres inférieurs à l'homme occidental, et qui exprime via la danse leur profonde  animalité. La vision est étroite et faussée par la puissance du colonialisme anglais qui fait la chasse à la danse en Inde, français, qui exploitera les malheureux "colonisés" dans la monstrueuse guerre 1914 ( tout juste bon à être de la chair à canon) et autres puissances qui régnent sur le monde...

 


Le mot de la fin : à côté de tous ces danseurs exotiques, réels ou fabriqués de toutes pièces pour les besoins des expositions universelles ou du music hall, une génération de danseurs qui fit tout de même de réelles recherches sur les différents styles de danse vit le jour... ils mélangèrent alors, à partir d'un travail sur des postures, leur propre danse. Citons par exemple Simkie, danseuse qui s'inspira de la danse indienne, ou encore Carmen Valencia dans laquelle je me reconnais beaucoup, pour ce qui est de ses recherches et de son tempérament, car elle était aussi une grande mystique doublée d'une astrologue :

  Carmen puisa son inspiration dans les danses d'Orient et d'Asie dont elle étudia avec application les poses dans les musées et les bibliothèques. Elle était aussi une féministe militante, et était versé dans le bouddhisme.

 


Un grand merci via ce modeste article à Madame Anne Décoret Ahiha, docteur de l'université de Paris VIII

Grâce à elle, je peux non seulement découvrir un univers d'une richesse exceptionnelle, que je soupçonnais mais dont je n'avais trouvé que quelques traces ici et là.

de plus comprendre d'où vient mon travail et comment je le situe par rapport à cet héritage.

Livre édite par le centre national de la danse.

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22 septembre 2006 5 22 /09 /septembre /2006 10:56

  Pourquoi mettre en tête de cet article cette sublime photo du film les tziganes montent au ciel?

Parce que d'une certaine manière, il a été un peu le "film" conducteur du stage du 17 septembre. Ce stage avait pour thème " les danses tziganes d'Europe centrale" et nous avons une fois de plus été gatées par Simona... un grand moment de danse et de partage aussi.

Simona adore ce film; musicalement, il me boulerverse profondément. Dans une des séquences, on voit une fillette chanter avec une voix qui ne semble pas lui appartenir une chanson qui me tire les larmes... Simona avait prévu des mouvements pour bien incarner cette musique où l'émotion monte du plus profond de l'être.

Cette fois ci, Simona a accordé du temps pour un long travail avec le châle. Elle nous fait bien comprendre que ce ne sont pas les gestes qui comptent, mais l'attitude, ce que l'on ressent intérieurement. C'est toujours très beau à voir, un groupe d'une quinzaine de filles, tout âge et taille confondue, manier les châles aux couleurs chatoyantes, vêtues de longues jupes colorées.

 

J'ai à ce moment amèrement regretté d'avoir un châle trop court, qui ne permettait pas de vraiment avoir des gestes amples, mais tout étriqués!!!

Il faut dire qu'à Paris, trouver de grands beaux châles russes pas trop ruineux, c'est mission impossible... à moins que vous n'ayez des adresses secrétes!!!

Et puis nous avons aussi travaillé les contretemps, les mouvements de jupes, les rotations, les mouvements ronds de hanche sur des rythmes " egyptiens" (rythme irrégulier roumain)

 

 

Je suis toujours fascinée par la culture de Simona qui nage comme un poisson dans l'eau dans toutes les différences musicales, qu'elles soient hongroises, russes, serbes, roumaines, turques, de telle ou telle région, de pouvoir expliquer ce qui fait la différence dans le style... car tout est là : le style, ne donnera pas le même rendu sur un même mouvement... c'est simplement magique!

Parfois, elle dit le plus simplement du monde : " j'ai vu l'autre fois une troupe de danseuse tzigane sur scène, et bien leurs bras étaient faux parce que personne ne leur avait dit que quand on bouge les épaules et que l'on tient le châle, les coudes restent en place..."

Elle cotoie ses amis rom depuis si longtemps qu'elle baigne parfaitement dans cette culture qui est désormais la sienne...

preuve en est : Simona est une grande voyageuse qui parcours le monde, de l'ile de la Réunion où elle vit, à la Serbie, d'où elle vient, à l'Inde du Nord, source même des danses et de la culture rom...

Et Simona est si simple!!!!

Dès que les musiques retentissent, les émotions surgissent, vraies, authentiques. On ne peut pas tricher avec cette musique là....

 

 


 

 

Il y avait parmi nous la fille de l'écrivain Maximoff, qui a beaucoup écrit sur les tziganes, et qu'il  connaissait bien puisque lui même était un rom. Cette femme charmante, conteuse, vous donnera tous les renseignements sur les très très nombreux livres de son père ( elle s'en occupe depuis sa disparition)

Elle nous a aussi parlé d'un centre d'études tziganes qui se trouve rue de l'Ourcq, à Paris, qui prête films, livres sur cette culture encore victime de tant de préjugés!....


 

 

 

Cette photo, c'est moi à treize ans....!  J'interprètais ( avec une joie telle que  X... ans plus tard, je me rappelle encore de la chorégraphie!!)une danse slave, sur du Dvorak. La location de bottes de danse de caractère étant trop chère, on avait coloré nos pointes avec de l'encre rouge...

La danse de caractère n'est pas de la danse tzigane, certes, mais on retrouve quand même un certain état d'esprit, et parfois des positions de coudes ou de bras...

J'adorais cela!

Dès que l'on pouvait dévier de l'axe si rigide de la danse classique, faire des épaulés, des déhanchés, j'étais en joie....

j'ai toujours gardé de cette époque un amour profond pour les musiques d'Europe centrale et de l'est... et grande a été ma surprise, quand à un cours de danse orientale, j'ai retrouvé des positions de bras similaires à celle que vous voyez... c'est ce jour là que j'ai compris que la danse avait fait un grand grand voyage...

Quand je danse à présent, c'est moi qui voyage.... bien au delà de moi même ou des frontières musicales...

 

 


 

Renseignements complémentaires :

site de Simona JOvic : www.simonajovic.com

pour contacter Nouka Maximoff : nouka@nomade.fr

centre des études tziganes : http://www.etudestsiganes.asso.fr/ressources.html

 


 

A lire sur ce blog :

Simona Jovic

Danse kalbeya

Voir aussi le blog : gadji, dans mes favoris!

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16 septembre 2006 6 16 /09 /septembre /2006 06:58

  Rodin a toujours aimé les femmes, qu'il immortalise dans la pierre, d'où émergent des corps nus, enlacés, à la sensualité débordante, un peu lourds parfois, mais merveilleusement sculptés et comme vivants.

Aussi, lorsqu'il découvre les danseuses khmères lors de leur passage à Paris en 1906, c'est une nouvelle révélation qui s'offre à lui. Il reçoit un vrai choc, profond, qui lui ouvre les portes de quelque chose qu'il a toujours poursuivi en sculptant et qu'il va cette fois fixer par le dessin.

Ces danseuses sont en France pour deux raisons. D'un part, Sisowath 1er vient d'être couronné roi du Cambodge, et en tant que souverain, il fait des visites officielles en France, d'autre part, la France est à l' apogée de sa puissance coloniale et organise des " expositions universelles". Celle de Marseille, en 1906,  consacre à l'Indochine sa plus grande section. Ces expositions sont un véritable outil de propagande pour la politique coloniale et attirent des millions de visiteurs.

 


 

 

 

pavillon du Cambodge à l'exposition universelle de 1931



 

 

 

Le roi s'est donc déplacé avec ses danseuses, a été reçu à Paris, puis s'en est retourné  à Marseille pour embarquer pour le Cambodge.

Rodin le sait, saute dans un train à sa suite sans papier, ni pinceaux ni rien, et va pendant six jours, dessiner  les Apsaras sur  tout ce qui lui tombe sous la main, y compris du papier de l'hotel où il est descendu.

 

Rodin et les petites danseuses khmères.

 

Il a déjà soixante six ans... cent cinquante dessins vont surgir de ses doigts... certains  à Paris se verront rajouter un peu d'aquarelle.

 


 

J'ai depuis longtemps des reproductions de ces danseuses cambodgiennes dans mon bureau. Ce ne sont autres que les Apsaras. A la cour, on ne les voyait pas comme des danseuses devant divertir le roi, mais comme des intermédiaires entre le roi et les divinités khmères. L'art rejoignait le spirituel et le sacré de la plus poétique des façons.

Voir toutes ses danseuses figées dans le mouvement, avec les bras en serpent révèle  non seulement toute la puissance de travail de Rodin, mais aussi une dimension poétique et aérienne de lui même, immense et touchante, que je lui soupçonnais ( on ne peut que le remarquer avec des oeuvres comme la Danaïde, ou encore l'expression des visages de ses bustes, si profondément humaine)   mais qui dans cette série s'exprime librement. Car la danse, et surtout la danse des Apsaras, est le plus immatériel des arts... le figer, c'est le réduire, c'est lui retirer sa raison d'être... mais Rodin l'a compris : en réalisant 150 dessins, c'est presque à une oeuvre cinématographique qu'il nous convie : le mouvement redevient réel... il n'est plus prisonnier d'un dessin, d'une pose, qui l'aurait réduit sauvagement. C'est l'ensemble qu'il faut voir plutôt qu'un dessin en particulier pour que la vie et la danse anime à nouveau ses corps immobiles.

Rodin dit être surtout touché par l'antique. " Ces danseuses ont fait vivre en moi l'antique, dit il, je suis un homme qui a donné toute sa vie à l'étude de la nature et dont les admirations constantes furent pour les oeuvres de l'antique; imaginez donc ce qu' a pu produire en moi un spectacle aussi complet qui me restituait  l'antique en me dévoilant du mystère." 

 

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25 août 2006 5 25 /08 /août /2006 07:02

 

Fanyda à Paris

Avant d'ouvrir son école à Grenoble, Fanyda a longtemps dansé à Paris. Elle est devenue danseuse " de fil en aiguille" en commençant la danse, puis en tombant amoureuse de la culture orientale au point que la danse devint une vraie passion. J'aime bien l'expression canadienne qui dit " tomber en amour". Je trouve qu'elle sied parfaitement à Fanyda et à son rapport à la danse orientale.

" Je me suis interessée à tout ce qui concernait l'Orient : son histoire, ses traditions, sa musique, sa culture. La danse orientale a fini par prendre beaucoup  de temps et à empiéter de façon considérable sur ma vie. Je mangeais danse orientale, je vivais danse orientale. La passion? oh bien plus que cela!..."

Je me souviens chez le percussionniste Hassan Abdelmalek, il y avait une immense photo d'elle accrochée au mur. Son nom lui-même est original, et, je ne pense pas me tromper, mais sonne parfaitement oriental, sans être vraiment d'origine orientale : choix élégant d'une femme qui se reconnaît dans la culture orientale sans "usurper" une identité.

Fanyda a dansé dans la compagnie de Mayodi avant de créer elle même sa compagnie a Paris. Elle se souvient d'ailleurs avec une profonde émotion de la réaction de ses danseuses lorsqu'elle leur a annoncé qu'elle quittait Paris. 

" Ce souvenir est a jamais gravé dans ma mémoire.  Ce moment où j'ai vu des larmes couler sur leurs joues restent un moment fort, intense, et inoubliable. Le fait de voir une telle émotion les envahir à ce point, m'a bouleversée à tout jamais. J'ai pris conscience à ce moment précis de la charge émotionnelle de nos relations."

Elle ajoute que des moments inoubliables, elle en a connu d'autres : " mon premier spectacle avec ma propre compagnie et mes propres chorégraphies, les tous premiers témoignages du public, les premiers pas de sa fille sur scène."

 

 

 

 

Danseuse de mère en fille?

Tiens! Sa fille se destinerait elle à devenir elle aussi danseuse orientale? Qu'en pense sa maman?

"Ma fille est venue seule à la danse orientale même s'il est certain qu'elle a été bercée par la musique orientale depuis sa tendre enfance. C'est elle qui a demandé à suivre les cours que je dispensais. Depuis deux ans, elle fait une heure de danse par semaine. Elle est très douée!

Mais je souhaite que la danse reste sa passion: ce métier et ce milieu dans lequel j'évolue est très difficile et l'égo y est surdimensionné. Comme toute maman qui se respecte, je souhaite lui épargner tout cela, mais si c'est ce quelle veut vraiment faire alors j'espère pouvoir la conseiller du mieux possible et mettre mon expérience à sa disposition. Je ne l'y encouragerai pas, mais bien sûr, je ne la découragerai pas!"

Cela me rappelle presque mot pour mot les propos de Noella Pontois, danseuse étoile, à propos de sa fille Miteki Kudo. Le métier de danseuse est un métier terriblement dificile, de par ce qu'il exige sur le plan du corps, déjà, mais aussi, pour tous les sacrifices qu'il exige sur le plan personnel.Les danseuses le savent très bien, qu'elles soient issues du monde classique ou oriental!

 

 

Un film en projet....

Fanyda se dit encore ouverte à beaucoup de styles, d'artistes chanteur, musicien ou danseuse. Elle aime particulièrement Naïma Akef, Oum Kalthoum... mais elle avoue aussi n'avoir jamais " été fan de quelqu'un en particulier".

Si elle regarde des dvd, ses choix se porteront sur les comédies musicales ou les films sur la danse, y compris Dirty Dancing ou Grease. Ces comédies la fascinent "de part leur complexité et leurs richesses : danse, chant, travail théâtral : l'écoute de l'autre, le travail de groupe"

Fanyda fourmille de projets, et on ne soupçonnerait pas l'existence de certains! Que le cinéma s'interesse à elle, et qu'il y ait un projet de film, voilà qui est formidable pour elle et la danse : " Je souhaite vivement que ce film montre une image positive de la danse orientale. Que ce film en montre toutes les facettes. j'espère qu'il reflètera davantage la beauté artistique de la danse, le travail acharné qu'il faut produire, plutôt que son image ravageuse même si elle existe. Je voudrais que la danse soit belle et vraie. Je suis très confiante en Abdel, le réalisateur. je sais qu'il a à coeur de montrer la danse orientale en tant qu'Art. Il adore et surtout respecte la danse orientale.

 


 

A quand une fédération, un diplôme?

Comme beaucoup de femmes lucides sur la danse orientale au nombre duquel je compte aussi Leila Hassan qui a toute mon affection, Fanyda s'exprime sur le besoin d'un diplôme, d'une fédération, mais reconnait que ces projets se heurtent à des problèmes difficiles à résoudre :

" A quand un diplôme, à quand une véritable reconnaissance? Je   dis mille fois oui à la création d'une fédération, ce serait idéal mais reconnue par qui, sur quels critères? Il y a là un débat qui n'aura jamais fin. Les professionnels ne s'entendant déjà pas entre eux, je suis très pessimiste quant à l'avenir reconnu de la danse orientale. La danse orientale a le succès qu'elle connait aujourd'hui... tant mieux... "

Je pense que Fanyda dansera longtemps, au vue de son énergie, de son punch, de sa passion, mais elle même s'explique :

"J'espère être suffisamment lucide pour arrêter quand il le faudra. Le pire moment de la vie d'un artiste c'est de tomber, d'un coup, du haut de l'échelle. Je veux quitter la scène et l'enseignement avec dignité."


 

Le plus étonnant....

Dans la longue interwiew que m'a adorablement accordée Fanyda, une chose m'a vraiment émue...

Elle confie : " J'adore aussi les musiques écossaises et irlandaises car elles me font voyager dans ces belles contrées sauvages où je rêve d'habiter et où j'habiterai très certainement..."

Je ne sais pas pourquoi, quand je lis ces lignes, je suis émue aux larmes... notre Orientale Fanyda a déjà la flamboyante chevelure des Irlandaises. je l'imagine sur les landes sauvages, cheveux au vent, comme une  héroïne de légende, vivant librement, au son de la harpe, ou bien des violons et des tambours, des flutes qui résonnent dans les pub plein de vie, de musique... 

Espérons alors qu'on pourra encore la voir danser, libre et heureuse, près d'un loch mystérieux, où sur la lande, en compagnie des Elfes malicieux....

 

 

 


 

 A lire : orientalement Fanyda (1)

 

site de Fanyda : www.fanyda@free.fr


Fanyda est en tournée nationale à partir de la rentrée!!!

Plus d'info et toutes les dates sur son site

Sera à Paris les 26 et 27 janvier!

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20 août 2006 7 20 /08 /août /2006 08:25

C'est tout à fait par hasard que j'ai vu Fanyda pour la première fois sur scène il y a plusieurs années. J'avais tout simplement suivi des amies qui faisaient de la danse orientale dans un petit théâtre que je ne connaissais pas. Je ne savais pas trop à quoi je devais m'attendre. J'avais vu à la TV des reportages sur la danse orientale en cabaret, et sincèrement, si j'avais bien aimé, je n'avais pas été transportée. Trop de paillettes, avais-je pensé.

Je ne sais plus très bien, six ou sept ans après, comment commençait le spectacle qui présentait plusieurs tableaux,  mais  la toute première apparition de Fanyda sur scène reste elle à tout jamais gravée dans ma mémoire. Elle portait  un costume rouge, magnifique, de très bon goût,  sa chevelure bouclée flamboyait. Elle dansa sur un solo de percussion avec vivacité, passion, énergie et sens musical très sûr. Le choc absolu!

Ce n'est pas sa technique, ou son charisme, immense, ou sa chorégraphie, ou quelque chose de précis qui me transportèrent le plus, mais l'impression qu'elle ne faisait qu'un avec la musique, et que le rythme résonnait dans son corps et mettait en mouvement les épaules, ou le buste, ou le bassin, ou tout autre partie de son corps d'une manière à la fois énergique, précise, fluide... car en tant que musicienne,  c'est toujours cela qui m'émeut le plus chez un danseur : sa faculté à ne faire qu'un avec la musique.

En plus,  la connivence qu'elle installa d'emblée avec le public par ses regards, des petits gestes à son intention, des petits riens qui font toute la différence, prouvaient que Fanyda n'était pas enfermée dans sa bulle. Son espièglerie apportait en plus à sa danse une legereté, une fraicheur que je n'avais jamais vues encore, et que depuis, j'ai très peu rencontrées chez les danseuses orientales.

Fanyda s'explique la dessus : " Lorsque je danse sur scène, je suis toujours en absolue improvisation. Bien sûr, je connais parfaitement mes musiques car j'ai besoin de pouvoir  m'y plonger profondément,  mais mes interprétations varient immanquablement d'un spectacle à un autre. J'ai besoin de ressentir le public, d'être en osmose avec lui.  Mon corps doit être un instrument qui va éveiller l'oreille du spectateur. Je dois être en mesure de lui faire entendre un instrument auquel il  n'aurait peut-être pas prêté attention. Je veux aussi faire monter en lui l'émotion cachée au fond de son coeur."

 


 

Ainsi donc, voilà pourquoi pendant les solos de Fanyda, on a cette sensation d'entrer au coeur de la musique...

Après ce spectacle, je suis retournée voir Fanyda danser plusieurs fois. Au théâtre Adhyar, et au Trianon, où j'ai même entrainé des amies qui ont plus l'habitude de l'opéra de Paris que de la danse orientale!

C'est après l'avoir vue dans ce théâtre que j'ai eu envie de parler d'elle sur les différents forums de danse classique, car ce qu'elle présentait me paraissait digne d'être mentionnée sur Critical dance et de la contacter. Et là, j'ai été étonnée par sa gentillesse, sa disponibilité, ses réponses toujours rapides et élégantes aux mails que je lui adressais.

 

J'ai compris que comme la plupart des artistes qui m'inspirent au sens premier du terme, Fanyda possédait la générosité sur scène parce qu'elle la possédait dans la vie. D'ailleurs, dans ses spectacles, elle invite toujours des artistes : j'ai ainsi pu découvrir une artiste absolument fabuleuse qui s'appelle Melisdjane, qui m'a elle aussi éblouie.

Fanyda, pour ses spectacles, règle tout elle même : chorégraphie, mise en scène, choix des costumes, artistes invités ( au sens large du terme, puisque des dromadaires ont même été les guests de son spectacle à Trianon et au stade de France). Ce qui dénote une énergie prodigieuse et une passion absolue.

Cette passion de la danse, elle la partage non seulement avec son public, mais avec tous ceux et celles qui voient la danse orientale comme un art et désirent apprendre :

" Je partage ma passion et mes émotions avec le public, je transmets mon saoir à mes élèves au travers de mes cours. Je transmets mes connaissances également à des femmes qui font le voeu auprès de moi de vouloir enseigner ou danser de façon professionnelle. Je les bombarde de conseils. Je ne retiens aucune information. "

 Isia, qui est elle même danseuse et directrice de   compagnie, ne démentirait pas ses propos!

Quand à sa compagnie elle même, j'ai été étonné par la qualité du travail présenté : les danseuses étaient bien sûr parfaitement ensemble, mais aussi parfaitement à l'aise sur scène. Certaines irradiaient un plaisir immense, ce qui est toujours une joie pour le spectateur. Les numéros de percussions sont parmi les plus étonnants, car techniquement difficiles à maitriser et pourtant, il n'y parait rien...

J'ai hâte de revoir Fanyda et sa compagnie sur scène et de continuer cet hommage à une artiste qui  apporte beaucoup à la danse orientale en France, art encore si fragile, parfois aimé ou rejeté pour de mauvaises raisons et si peu reconnu...

" Le rejet et l'engouement de la danse orientale viennent de clichés installés dans les esprits et les mentalités qu'il est très difficile sinon impossible de changer ou de modifier. On en revient toujours au même dans le sens ou un certain public pense que la danse orientale est vulgaire, érotique et ne possède aucun atout artistique. Alors, dans ce sens, elle attire ou rebute selon ce qu'on en attend. Et puis beaucoup de personnes sont loin d'imaginer que la danse orientale est un art qui demande des années de pratique, de connaissance et d'expérience"

 


 

A suivre!.... Orientalement Fanyda : portrait ( 2)

A lire : le site de Fanyda

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13 août 2006 7 13 /08 /août /2006 08:13

 C'est Anna Pavlova. C'est ma photo préférée. Je l'ai découverte dans un de mes livres de danse lorsque j'étais enfant. J'ai vu la photo, et immédialement, je suis tombée amoureuse de la ballerine, bien que je ne l'ai vue ni danser, ni en costume de ballerine. Cela a été tout simplement un coup de foudre immédiat, absolu, sans que je sache quoi que ce soit sur elle.

Le plus étonnant dans l'histoire, c'est que, à chaque fois que  aujourd'hui encore j'entends " Anna Pavlova"  ou que je tombe sur l'une de ses photos, l'émotion de mon enfance est absolument intacte! Comme si un lien mystérieux me reliait à une partie de son âme. J'ai même un film sur elle en russe, auquel je ne comprends rien mais   dont pour rien au monde je ne voudrais me séparer...

Cette ballerine appartient au siècle révolu. J'ai pu tout de même voir une petite vidéo d'elle, filmée dans les années 1930, de qualité médiocre, mais qui rend tout de même hommage à sa délicatesse, à son immatérialité. Elle avait tout de même près de cinquante ans...

Elle est née en Russie en 1890, dans une famille modeste, et après avoir vu au théâtre Marinski " la Belle au Bois dormant" décida de devenir ballerine, bien que sa santé délicate soit en premier lieu un obstacle.

Elle n'était pas, disent les témoignages, une grande technicienne, mais avait  une aura, une grâce, un quelque chose d'indéfinissable qui la rendit unique. Elle possédait une évanescence, une légereté, une délicatesse inégalées par les autres ballerines de la même époque. Mais on dit aussi, que lorsque la mode de la virtuosité technique fit rage, Pavlova s'essaya elle aussi aux pirouettes, fouettées, sauts en tout genre, mais qu'elle n'avait pas la puissance musculaire pour vraiment sublimer tous ces pas horriblement difficiles que requierent des qualités sportives plus que lyriques....

 


 

Les Ballets Russes et la mort du Cygne

Elle fera partie de l'aventure des Ballets Russes à Paris  et pour elle, la partition de Saint Saens, " le Cygne" sera chorégraphiée dans l'inoubliable mort du Cygne qui la rendit célèbre... par delà la mort. (Saint Saens a composé cette partition dans son humoristique " carnaval des animaux" en clin d'oeil à Tchaikowski... il n'a pas du tout pensé à un cygne mourant...)

  Dans les Ballets Russes, elle se distinguera surtout dans les chorégraphies aériennes, romantiques : les Sylphides, Giselle. 

La guerre et la révolution russe de 1917 la jeteront d'une certaine manière sur les routes, et il lui sera difficile, voir impossilbe de retourner en Russie .Elle finira par acheter une maison à Londres qui sera son port d'attache ( comme pour Sylvie Guillem!) et se mettra alors à silloner le monde. Les Etats Unis, mais aussi l'Asie du sud est, l'Inde...

 


 

Anna Pavlova et les danses classiques indiennes

L'Inde!!! Voilà quelque chose d'autre qui me lit à elle...son amour de l'Inde...

 elle est pour beaucoup dans la renaissance de la danse indienne au début du siècle. C'est elle qui encouragera les premiers et courageux danseurs indiens, qui, contre vents et marée, braveront leurs familles et leurs castes, et surtout le gouvernement anglais,  pour monter sur scène et faire renaitre la danse que les anglais avaient interdites : Pavlova encourage trois danseurs et dansera même avec l'un d'eux : Uday Shankar

Mais elle sera aussi l'alliée de Menaka, qui va rescussiter le kathak et de Rukmini Devi, qui elle, fera beaucoup pour le baratha natyam.

 Et cela aussi, lorsque je le découvris, me bouleversa. Comme si j'avais compris pourquoi Pavlova m'était d'une certaine façon aussi précieuse : amour fou de son métier de ballerine classique, passion pour l'art et la danse indienne, au point d'aider concrètement les danseurs de leurs pays à renouer avec leur propre culture, et puis chorégraphies dans un esprit " exotique" créées à partir de ses voyages.  Uday Shankar la vit à Londres, et tomba amoureux de sa danse; il ne dansait pas encore. Elle lui permettra de se faire une technique de danse, puis l'encouragera comme les autres, à renouer avec la culture de son pays. En 1924, ils sillonneront ensemble l'Europe et l'Amérique, avec les chorégraphies d'Anna Pavlova, Radha, et The Hindu Wedding, puis, après quatre ans, il créera ses propres chorégraphies et fondra dans la région de Calcutta un centre culturel.

 

 

Anna Pavlova, elle, s'éteindra dans un hôtel de la Haye, après avoir pris froid, à l'âge de cinquante ans, après des années et des années de représentations, de spectacles, parfois dans des conditions extrêmement précaires. Voici encore deux photos d'elle que j'adore. Lorsque je les regarde, je suis saisie de tendresse, d'admiration et de tristesse, sans que j'en connaisse la cause. Comme si j'avais perdu quelqu'un de précieux, une amie trop tôt disparue...

Inoubliable Anna Pavlova.... 

 

 


A lire sur mon site : les Ballets russes 1

A venir :

 

La renaissance de la danse indienne (1) : Rukmini Devi, Uday Shankar, Menaka

La renaissance de la danse indienne ( 2) : Kathak et baratha Natyam

 

Un petit cadeau : video d'anna pavlova :

Lien avec l'excellent site du cndp : portrait d'anna pavlova

 


 

 

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