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  • : Un jour, une œuvre, par Valérie Beck
  • : Créé en 2006, ce blog rédigé par Valérie Beck a évolué au fil du temps. Il est consacré principalement à la danse, mais est ouvert aux autres arts.
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Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

30 septembre 2006 6 30 /09 /septembre /2006 07:58

 de 1880 à 1940....

 

 

voilà un livre exceptionnel que je recommande à toutes celles qui pratiquent une danse exotique, qu'elle soit indienne, africaine, orientale... au départ, travail de thèse soutenu en 1982, l'auteur a enrichi son ouvrage de 20 années de recherches supplémentaires et de biographies sur des artistes, tant du music hall que du théâtre qui ont marqué cette époque.

On y apprend la folie qui a gagné la France dès les années 1880. En effet, à cette époque, les expositions universelles, vaste outil de propagande pour le colonialisme et sa "grandeur", étaient de véritables petites villes où se situaient différents "pavillons" ou rue dédié à un pays ou à une ville...

Ainsi, la fameuse rue des Almées où se produisait la belle Fatma, légendaire danseuse du ventre,qu'on allait voir en famille mais qui avait une réputation ... sulfureuse...

La rue des Almées  du Caire, était en fait reconstruite "comme si l'originale s'était transportée à Paris" pour la plus grande joie des visiteurs ( des millions à chaque exposition). Tout le monde adorait la rue des Almées et la Belle Fatma et à la lecture, on comprend bien que déjà, " la danse du ventre" était vue comme une danse lascive, érotique...

Cette rue des Almées eut un tel succès que peu à peu, des danseuses gitanes,   Hindoues, indiennes, javanaise, africaine et autre apparurent dans ces expositions. Le succès aidant, on embauchait des figurants sur place, qui devaient passer pour des danseurs véritables venus de ces contrées lointaines...

l'authenticité, prouvée à fort d'articles enthousiastes dans toutes sortes de revue, était en fait tout à fait tronquée...Il suffit d'évoquer Mata Hari et ses danses javanaises sacrées pour s'en convaincre.

 

 


Mais cela eut un double résultat : d'abord, que le genre " danse exotique" fut largement exploité dans le music hall ( aux Folies Bergères, devançant en cela tout ce qui suivit ensuite, jusqu'au Bellydancer superstars) mais surtout, plus intéressant de mon point de vue, que les scènes des théâtres s'ouvrirent ensuite à de vraies artistes de scène venant du Japon ( Toshi Komori) d'Inde ( Uday Shankar) d'Arménie ( Armen Ohanian) du Sénégal ( Féral Benga)

Les danses exotiques " inventées" cotoyèrent donc les véritables arts issus de ces différents pays.

 

Féral Benga, Yaco Sacco


photos prises en 1920/1930

 

 

 

Malheureusement, même si on pourrait croire qu'une grande ouverture d'esprit vit le jour en cette fin du 19ème, début 20, il n'en était rien, car ces danseurs qui attiraient les foules étaient quand même vu comme " inférieurs à l'homme blanc".. on mettait en lumière la sauvagerie de leur danse, leur vie de geisha riches en aventures, leur animalité ou leur sauvagerie, s'opposant, bien évidemment à un esprit occidental puissant et inventif, capable de coloniser le monde, donc forcément, de ce point de vue, d' y apporter connaissances et technologies...

l'engouement pour l'exotique se double d'un fond de mépris et de fascination pour un ailleurs peuplé, quoiqu'il en soit, d'êtres inférieurs à l'homme occidental, et qui exprime via la danse leur profonde  animalité. La vision est étroite et faussée par la puissance du colonialisme anglais qui fait la chasse à la danse en Inde, français, qui exploitera les malheureux "colonisés" dans la monstrueuse guerre 1914 ( tout juste bon à être de la chair à canon) et autres puissances qui régnent sur le monde...

 


Le mot de la fin : à côté de tous ces danseurs exotiques, réels ou fabriqués de toutes pièces pour les besoins des expositions universelles ou du music hall, une génération de danseurs qui fit tout de même de réelles recherches sur les différents styles de danse vit le jour... ils mélangèrent alors, à partir d'un travail sur des postures, leur propre danse. Citons par exemple Simkie, danseuse qui s'inspira de la danse indienne, ou encore Carmen Valencia dans laquelle je me reconnais beaucoup, pour ce qui est de ses recherches et de son tempérament, car elle était aussi une grande mystique doublée d'une astrologue :

  Carmen puisa son inspiration dans les danses d'Orient et d'Asie dont elle étudia avec application les poses dans les musées et les bibliothèques. Elle était aussi une féministe militante, et était versé dans le bouddhisme.

 


Un grand merci via ce modeste article à Madame Anne Décoret Ahiha, docteur de l'université de Paris VIII

Grâce à elle, je peux non seulement découvrir un univers d'une richesse exceptionnelle, que je soupçonnais mais dont je n'avais trouvé que quelques traces ici et là.

de plus comprendre d'où vient mon travail et comment je le situe par rapport à cet héritage.

Livre édite par le centre national de la danse.

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22 septembre 2006 5 22 /09 /septembre /2006 10:56

  Pourquoi mettre en tête de cet article cette sublime photo du film les tziganes montent au ciel?

Parce que d'une certaine manière, il a été un peu le "film" conducteur du stage du 17 septembre. Ce stage avait pour thème " les danses tziganes d'Europe centrale" et nous avons une fois de plus été gatées par Simona... un grand moment de danse et de partage aussi.

Simona adore ce film; musicalement, il me boulerverse profondément. Dans une des séquences, on voit une fillette chanter avec une voix qui ne semble pas lui appartenir une chanson qui me tire les larmes... Simona avait prévu des mouvements pour bien incarner cette musique où l'émotion monte du plus profond de l'être.

Cette fois ci, Simona a accordé du temps pour un long travail avec le châle. Elle nous fait bien comprendre que ce ne sont pas les gestes qui comptent, mais l'attitude, ce que l'on ressent intérieurement. C'est toujours très beau à voir, un groupe d'une quinzaine de filles, tout âge et taille confondue, manier les châles aux couleurs chatoyantes, vêtues de longues jupes colorées.

 

J'ai à ce moment amèrement regretté d'avoir un châle trop court, qui ne permettait pas de vraiment avoir des gestes amples, mais tout étriqués!!!

Il faut dire qu'à Paris, trouver de grands beaux châles russes pas trop ruineux, c'est mission impossible... à moins que vous n'ayez des adresses secrétes!!!

Et puis nous avons aussi travaillé les contretemps, les mouvements de jupes, les rotations, les mouvements ronds de hanche sur des rythmes " egyptiens" (rythme irrégulier roumain)

 

 

Je suis toujours fascinée par la culture de Simona qui nage comme un poisson dans l'eau dans toutes les différences musicales, qu'elles soient hongroises, russes, serbes, roumaines, turques, de telle ou telle région, de pouvoir expliquer ce qui fait la différence dans le style... car tout est là : le style, ne donnera pas le même rendu sur un même mouvement... c'est simplement magique!

Parfois, elle dit le plus simplement du monde : " j'ai vu l'autre fois une troupe de danseuse tzigane sur scène, et bien leurs bras étaient faux parce que personne ne leur avait dit que quand on bouge les épaules et que l'on tient le châle, les coudes restent en place..."

Elle cotoie ses amis rom depuis si longtemps qu'elle baigne parfaitement dans cette culture qui est désormais la sienne...

preuve en est : Simona est une grande voyageuse qui parcours le monde, de l'ile de la Réunion où elle vit, à la Serbie, d'où elle vient, à l'Inde du Nord, source même des danses et de la culture rom...

Et Simona est si simple!!!!

Dès que les musiques retentissent, les émotions surgissent, vraies, authentiques. On ne peut pas tricher avec cette musique là....

 

 


 

 

Il y avait parmi nous la fille de l'écrivain Maximoff, qui a beaucoup écrit sur les tziganes, et qu'il  connaissait bien puisque lui même était un rom. Cette femme charmante, conteuse, vous donnera tous les renseignements sur les très très nombreux livres de son père ( elle s'en occupe depuis sa disparition)

Elle nous a aussi parlé d'un centre d'études tziganes qui se trouve rue de l'Ourcq, à Paris, qui prête films, livres sur cette culture encore victime de tant de préjugés!....


 

 

 

Cette photo, c'est moi à treize ans....!  J'interprètais ( avec une joie telle que  X... ans plus tard, je me rappelle encore de la chorégraphie!!)une danse slave, sur du Dvorak. La location de bottes de danse de caractère étant trop chère, on avait coloré nos pointes avec de l'encre rouge...

La danse de caractère n'est pas de la danse tzigane, certes, mais on retrouve quand même un certain état d'esprit, et parfois des positions de coudes ou de bras...

J'adorais cela!

Dès que l'on pouvait dévier de l'axe si rigide de la danse classique, faire des épaulés, des déhanchés, j'étais en joie....

j'ai toujours gardé de cette époque un amour profond pour les musiques d'Europe centrale et de l'est... et grande a été ma surprise, quand à un cours de danse orientale, j'ai retrouvé des positions de bras similaires à celle que vous voyez... c'est ce jour là que j'ai compris que la danse avait fait un grand grand voyage...

Quand je danse à présent, c'est moi qui voyage.... bien au delà de moi même ou des frontières musicales...

 

 


 

Renseignements complémentaires :

site de Simona JOvic : www.simonajovic.com

pour contacter Nouka Maximoff : nouka@nomade.fr

centre des études tziganes : http://www.etudestsiganes.asso.fr/ressources.html

 


 

A lire sur ce blog :

Simona Jovic

Danse kalbeya

Voir aussi le blog : gadji, dans mes favoris!

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16 septembre 2006 6 16 /09 /septembre /2006 06:58

  Rodin a toujours aimé les femmes, qu'il immortalise dans la pierre, d'où émergent des corps nus, enlacés, à la sensualité débordante, un peu lourds parfois, mais merveilleusement sculptés et comme vivants.

Aussi, lorsqu'il découvre les danseuses khmères lors de leur passage à Paris en 1906, c'est une nouvelle révélation qui s'offre à lui. Il reçoit un vrai choc, profond, qui lui ouvre les portes de quelque chose qu'il a toujours poursuivi en sculptant et qu'il va cette fois fixer par le dessin.

Ces danseuses sont en France pour deux raisons. D'un part, Sisowath 1er vient d'être couronné roi du Cambodge, et en tant que souverain, il fait des visites officielles en France, d'autre part, la France est à l' apogée de sa puissance coloniale et organise des " expositions universelles". Celle de Marseille, en 1906,  consacre à l'Indochine sa plus grande section. Ces expositions sont un véritable outil de propagande pour la politique coloniale et attirent des millions de visiteurs.

 


 

 

 

pavillon du Cambodge à l'exposition universelle de 1931



 

 

 

Le roi s'est donc déplacé avec ses danseuses, a été reçu à Paris, puis s'en est retourné  à Marseille pour embarquer pour le Cambodge.

Rodin le sait, saute dans un train à sa suite sans papier, ni pinceaux ni rien, et va pendant six jours, dessiner  les Apsaras sur  tout ce qui lui tombe sous la main, y compris du papier de l'hotel où il est descendu.

 

Rodin et les petites danseuses khmères.

 

Il a déjà soixante six ans... cent cinquante dessins vont surgir de ses doigts... certains  à Paris se verront rajouter un peu d'aquarelle.

 


 

J'ai depuis longtemps des reproductions de ces danseuses cambodgiennes dans mon bureau. Ce ne sont autres que les Apsaras. A la cour, on ne les voyait pas comme des danseuses devant divertir le roi, mais comme des intermédiaires entre le roi et les divinités khmères. L'art rejoignait le spirituel et le sacré de la plus poétique des façons.

Voir toutes ses danseuses figées dans le mouvement, avec les bras en serpent révèle  non seulement toute la puissance de travail de Rodin, mais aussi une dimension poétique et aérienne de lui même, immense et touchante, que je lui soupçonnais ( on ne peut que le remarquer avec des oeuvres comme la Danaïde, ou encore l'expression des visages de ses bustes, si profondément humaine)   mais qui dans cette série s'exprime librement. Car la danse, et surtout la danse des Apsaras, est le plus immatériel des arts... le figer, c'est le réduire, c'est lui retirer sa raison d'être... mais Rodin l'a compris : en réalisant 150 dessins, c'est presque à une oeuvre cinématographique qu'il nous convie : le mouvement redevient réel... il n'est plus prisonnier d'un dessin, d'une pose, qui l'aurait réduit sauvagement. C'est l'ensemble qu'il faut voir plutôt qu'un dessin en particulier pour que la vie et la danse anime à nouveau ses corps immobiles.

Rodin dit être surtout touché par l'antique. " Ces danseuses ont fait vivre en moi l'antique, dit il, je suis un homme qui a donné toute sa vie à l'étude de la nature et dont les admirations constantes furent pour les oeuvres de l'antique; imaginez donc ce qu' a pu produire en moi un spectacle aussi complet qui me restituait  l'antique en me dévoilant du mystère." 

 

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25 août 2006 5 25 /08 /août /2006 07:02

 

Fanyda à Paris

Avant d'ouvrir son école à Grenoble, Fanyda a longtemps dansé à Paris. Elle est devenue danseuse " de fil en aiguille" en commençant la danse, puis en tombant amoureuse de la culture orientale au point que la danse devint une vraie passion. J'aime bien l'expression canadienne qui dit " tomber en amour". Je trouve qu'elle sied parfaitement à Fanyda et à son rapport à la danse orientale.

" Je me suis interessée à tout ce qui concernait l'Orient : son histoire, ses traditions, sa musique, sa culture. La danse orientale a fini par prendre beaucoup  de temps et à empiéter de façon considérable sur ma vie. Je mangeais danse orientale, je vivais danse orientale. La passion? oh bien plus que cela!..."

Je me souviens chez le percussionniste Hassan Abdelmalek, il y avait une immense photo d'elle accrochée au mur. Son nom lui-même est original, et, je ne pense pas me tromper, mais sonne parfaitement oriental, sans être vraiment d'origine orientale : choix élégant d'une femme qui se reconnaît dans la culture orientale sans "usurper" une identité.

Fanyda a dansé dans la compagnie de Mayodi avant de créer elle même sa compagnie a Paris. Elle se souvient d'ailleurs avec une profonde émotion de la réaction de ses danseuses lorsqu'elle leur a annoncé qu'elle quittait Paris. 

" Ce souvenir est a jamais gravé dans ma mémoire.  Ce moment où j'ai vu des larmes couler sur leurs joues restent un moment fort, intense, et inoubliable. Le fait de voir une telle émotion les envahir à ce point, m'a bouleversée à tout jamais. J'ai pris conscience à ce moment précis de la charge émotionnelle de nos relations."

Elle ajoute que des moments inoubliables, elle en a connu d'autres : " mon premier spectacle avec ma propre compagnie et mes propres chorégraphies, les tous premiers témoignages du public, les premiers pas de sa fille sur scène."

 

 

 

 

Danseuse de mère en fille?

Tiens! Sa fille se destinerait elle à devenir elle aussi danseuse orientale? Qu'en pense sa maman?

"Ma fille est venue seule à la danse orientale même s'il est certain qu'elle a été bercée par la musique orientale depuis sa tendre enfance. C'est elle qui a demandé à suivre les cours que je dispensais. Depuis deux ans, elle fait une heure de danse par semaine. Elle est très douée!

Mais je souhaite que la danse reste sa passion: ce métier et ce milieu dans lequel j'évolue est très difficile et l'égo y est surdimensionné. Comme toute maman qui se respecte, je souhaite lui épargner tout cela, mais si c'est ce quelle veut vraiment faire alors j'espère pouvoir la conseiller du mieux possible et mettre mon expérience à sa disposition. Je ne l'y encouragerai pas, mais bien sûr, je ne la découragerai pas!"

Cela me rappelle presque mot pour mot les propos de Noella Pontois, danseuse étoile, à propos de sa fille Miteki Kudo. Le métier de danseuse est un métier terriblement dificile, de par ce qu'il exige sur le plan du corps, déjà, mais aussi, pour tous les sacrifices qu'il exige sur le plan personnel.Les danseuses le savent très bien, qu'elles soient issues du monde classique ou oriental!

 

 

Un film en projet....

Fanyda se dit encore ouverte à beaucoup de styles, d'artistes chanteur, musicien ou danseuse. Elle aime particulièrement Naïma Akef, Oum Kalthoum... mais elle avoue aussi n'avoir jamais " été fan de quelqu'un en particulier".

Si elle regarde des dvd, ses choix se porteront sur les comédies musicales ou les films sur la danse, y compris Dirty Dancing ou Grease. Ces comédies la fascinent "de part leur complexité et leurs richesses : danse, chant, travail théâtral : l'écoute de l'autre, le travail de groupe"

Fanyda fourmille de projets, et on ne soupçonnerait pas l'existence de certains! Que le cinéma s'interesse à elle, et qu'il y ait un projet de film, voilà qui est formidable pour elle et la danse : " Je souhaite vivement que ce film montre une image positive de la danse orientale. Que ce film en montre toutes les facettes. j'espère qu'il reflètera davantage la beauté artistique de la danse, le travail acharné qu'il faut produire, plutôt que son image ravageuse même si elle existe. Je voudrais que la danse soit belle et vraie. Je suis très confiante en Abdel, le réalisateur. je sais qu'il a à coeur de montrer la danse orientale en tant qu'Art. Il adore et surtout respecte la danse orientale.

 


 

A quand une fédération, un diplôme?

Comme beaucoup de femmes lucides sur la danse orientale au nombre duquel je compte aussi Leila Hassan qui a toute mon affection, Fanyda s'exprime sur le besoin d'un diplôme, d'une fédération, mais reconnait que ces projets se heurtent à des problèmes difficiles à résoudre :

" A quand un diplôme, à quand une véritable reconnaissance? Je   dis mille fois oui à la création d'une fédération, ce serait idéal mais reconnue par qui, sur quels critères? Il y a là un débat qui n'aura jamais fin. Les professionnels ne s'entendant déjà pas entre eux, je suis très pessimiste quant à l'avenir reconnu de la danse orientale. La danse orientale a le succès qu'elle connait aujourd'hui... tant mieux... "

Je pense que Fanyda dansera longtemps, au vue de son énergie, de son punch, de sa passion, mais elle même s'explique :

"J'espère être suffisamment lucide pour arrêter quand il le faudra. Le pire moment de la vie d'un artiste c'est de tomber, d'un coup, du haut de l'échelle. Je veux quitter la scène et l'enseignement avec dignité."


 

Le plus étonnant....

Dans la longue interwiew que m'a adorablement accordée Fanyda, une chose m'a vraiment émue...

Elle confie : " J'adore aussi les musiques écossaises et irlandaises car elles me font voyager dans ces belles contrées sauvages où je rêve d'habiter et où j'habiterai très certainement..."

Je ne sais pas pourquoi, quand je lis ces lignes, je suis émue aux larmes... notre Orientale Fanyda a déjà la flamboyante chevelure des Irlandaises. je l'imagine sur les landes sauvages, cheveux au vent, comme une  héroïne de légende, vivant librement, au son de la harpe, ou bien des violons et des tambours, des flutes qui résonnent dans les pub plein de vie, de musique... 

Espérons alors qu'on pourra encore la voir danser, libre et heureuse, près d'un loch mystérieux, où sur la lande, en compagnie des Elfes malicieux....

 

 

 


 

 A lire : orientalement Fanyda (1)

 

site de Fanyda : www.fanyda@free.fr


Fanyda est en tournée nationale à partir de la rentrée!!!

Plus d'info et toutes les dates sur son site

Sera à Paris les 26 et 27 janvier!

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20 août 2006 7 20 /08 /août /2006 08:25

C'est tout à fait par hasard que j'ai vu Fanyda pour la première fois sur scène il y a plusieurs années. J'avais tout simplement suivi des amies qui faisaient de la danse orientale dans un petit théâtre que je ne connaissais pas. Je ne savais pas trop à quoi je devais m'attendre. J'avais vu à la TV des reportages sur la danse orientale en cabaret, et sincèrement, si j'avais bien aimé, je n'avais pas été transportée. Trop de paillettes, avais-je pensé.

Je ne sais plus très bien, six ou sept ans après, comment commençait le spectacle qui présentait plusieurs tableaux,  mais  la toute première apparition de Fanyda sur scène reste elle à tout jamais gravée dans ma mémoire. Elle portait  un costume rouge, magnifique, de très bon goût,  sa chevelure bouclée flamboyait. Elle dansa sur un solo de percussion avec vivacité, passion, énergie et sens musical très sûr. Le choc absolu!

Ce n'est pas sa technique, ou son charisme, immense, ou sa chorégraphie, ou quelque chose de précis qui me transportèrent le plus, mais l'impression qu'elle ne faisait qu'un avec la musique, et que le rythme résonnait dans son corps et mettait en mouvement les épaules, ou le buste, ou le bassin, ou tout autre partie de son corps d'une manière à la fois énergique, précise, fluide... car en tant que musicienne,  c'est toujours cela qui m'émeut le plus chez un danseur : sa faculté à ne faire qu'un avec la musique.

En plus,  la connivence qu'elle installa d'emblée avec le public par ses regards, des petits gestes à son intention, des petits riens qui font toute la différence, prouvaient que Fanyda n'était pas enfermée dans sa bulle. Son espièglerie apportait en plus à sa danse une legereté, une fraicheur que je n'avais jamais vues encore, et que depuis, j'ai très peu rencontrées chez les danseuses orientales.

Fanyda s'explique la dessus : " Lorsque je danse sur scène, je suis toujours en absolue improvisation. Bien sûr, je connais parfaitement mes musiques car j'ai besoin de pouvoir  m'y plonger profondément,  mais mes interprétations varient immanquablement d'un spectacle à un autre. J'ai besoin de ressentir le public, d'être en osmose avec lui.  Mon corps doit être un instrument qui va éveiller l'oreille du spectateur. Je dois être en mesure de lui faire entendre un instrument auquel il  n'aurait peut-être pas prêté attention. Je veux aussi faire monter en lui l'émotion cachée au fond de son coeur."

 


 

Ainsi donc, voilà pourquoi pendant les solos de Fanyda, on a cette sensation d'entrer au coeur de la musique...

Après ce spectacle, je suis retournée voir Fanyda danser plusieurs fois. Au théâtre Adhyar, et au Trianon, où j'ai même entrainé des amies qui ont plus l'habitude de l'opéra de Paris que de la danse orientale!

C'est après l'avoir vue dans ce théâtre que j'ai eu envie de parler d'elle sur les différents forums de danse classique, car ce qu'elle présentait me paraissait digne d'être mentionnée sur Critical dance et de la contacter. Et là, j'ai été étonnée par sa gentillesse, sa disponibilité, ses réponses toujours rapides et élégantes aux mails que je lui adressais.

 

J'ai compris que comme la plupart des artistes qui m'inspirent au sens premier du terme, Fanyda possédait la générosité sur scène parce qu'elle la possédait dans la vie. D'ailleurs, dans ses spectacles, elle invite toujours des artistes : j'ai ainsi pu découvrir une artiste absolument fabuleuse qui s'appelle Melisdjane, qui m'a elle aussi éblouie.

Fanyda, pour ses spectacles, règle tout elle même : chorégraphie, mise en scène, choix des costumes, artistes invités ( au sens large du terme, puisque des dromadaires ont même été les guests de son spectacle à Trianon et au stade de France). Ce qui dénote une énergie prodigieuse et une passion absolue.

Cette passion de la danse, elle la partage non seulement avec son public, mais avec tous ceux et celles qui voient la danse orientale comme un art et désirent apprendre :

" Je partage ma passion et mes émotions avec le public, je transmets mon saoir à mes élèves au travers de mes cours. Je transmets mes connaissances également à des femmes qui font le voeu auprès de moi de vouloir enseigner ou danser de façon professionnelle. Je les bombarde de conseils. Je ne retiens aucune information. "

 Isia, qui est elle même danseuse et directrice de   compagnie, ne démentirait pas ses propos!

Quand à sa compagnie elle même, j'ai été étonné par la qualité du travail présenté : les danseuses étaient bien sûr parfaitement ensemble, mais aussi parfaitement à l'aise sur scène. Certaines irradiaient un plaisir immense, ce qui est toujours une joie pour le spectateur. Les numéros de percussions sont parmi les plus étonnants, car techniquement difficiles à maitriser et pourtant, il n'y parait rien...

J'ai hâte de revoir Fanyda et sa compagnie sur scène et de continuer cet hommage à une artiste qui  apporte beaucoup à la danse orientale en France, art encore si fragile, parfois aimé ou rejeté pour de mauvaises raisons et si peu reconnu...

" Le rejet et l'engouement de la danse orientale viennent de clichés installés dans les esprits et les mentalités qu'il est très difficile sinon impossible de changer ou de modifier. On en revient toujours au même dans le sens ou un certain public pense que la danse orientale est vulgaire, érotique et ne possède aucun atout artistique. Alors, dans ce sens, elle attire ou rebute selon ce qu'on en attend. Et puis beaucoup de personnes sont loin d'imaginer que la danse orientale est un art qui demande des années de pratique, de connaissance et d'expérience"

 


 

A suivre!.... Orientalement Fanyda : portrait ( 2)

A lire : le site de Fanyda

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13 août 2006 7 13 /08 /août /2006 08:13

 C'est Anna Pavlova. C'est ma photo préférée. Je l'ai découverte dans un de mes livres de danse lorsque j'étais enfant. J'ai vu la photo, et immédialement, je suis tombée amoureuse de la ballerine, bien que je ne l'ai vue ni danser, ni en costume de ballerine. Cela a été tout simplement un coup de foudre immédiat, absolu, sans que je sache quoi que ce soit sur elle.

Le plus étonnant dans l'histoire, c'est que, à chaque fois que  aujourd'hui encore j'entends " Anna Pavlova"  ou que je tombe sur l'une de ses photos, l'émotion de mon enfance est absolument intacte! Comme si un lien mystérieux me reliait à une partie de son âme. J'ai même un film sur elle en russe, auquel je ne comprends rien mais   dont pour rien au monde je ne voudrais me séparer...

Cette ballerine appartient au siècle révolu. J'ai pu tout de même voir une petite vidéo d'elle, filmée dans les années 1930, de qualité médiocre, mais qui rend tout de même hommage à sa délicatesse, à son immatérialité. Elle avait tout de même près de cinquante ans...

Elle est née en Russie en 1890, dans une famille modeste, et après avoir vu au théâtre Marinski " la Belle au Bois dormant" décida de devenir ballerine, bien que sa santé délicate soit en premier lieu un obstacle.

Elle n'était pas, disent les témoignages, une grande technicienne, mais avait  une aura, une grâce, un quelque chose d'indéfinissable qui la rendit unique. Elle possédait une évanescence, une légereté, une délicatesse inégalées par les autres ballerines de la même époque. Mais on dit aussi, que lorsque la mode de la virtuosité technique fit rage, Pavlova s'essaya elle aussi aux pirouettes, fouettées, sauts en tout genre, mais qu'elle n'avait pas la puissance musculaire pour vraiment sublimer tous ces pas horriblement difficiles que requierent des qualités sportives plus que lyriques....

 


 

Les Ballets Russes et la mort du Cygne

Elle fera partie de l'aventure des Ballets Russes à Paris  et pour elle, la partition de Saint Saens, " le Cygne" sera chorégraphiée dans l'inoubliable mort du Cygne qui la rendit célèbre... par delà la mort. (Saint Saens a composé cette partition dans son humoristique " carnaval des animaux" en clin d'oeil à Tchaikowski... il n'a pas du tout pensé à un cygne mourant...)

  Dans les Ballets Russes, elle se distinguera surtout dans les chorégraphies aériennes, romantiques : les Sylphides, Giselle. 

La guerre et la révolution russe de 1917 la jeteront d'une certaine manière sur les routes, et il lui sera difficile, voir impossilbe de retourner en Russie .Elle finira par acheter une maison à Londres qui sera son port d'attache ( comme pour Sylvie Guillem!) et se mettra alors à silloner le monde. Les Etats Unis, mais aussi l'Asie du sud est, l'Inde...

 


 

Anna Pavlova et les danses classiques indiennes

L'Inde!!! Voilà quelque chose d'autre qui me lit à elle...son amour de l'Inde...

 elle est pour beaucoup dans la renaissance de la danse indienne au début du siècle. C'est elle qui encouragera les premiers et courageux danseurs indiens, qui, contre vents et marée, braveront leurs familles et leurs castes, et surtout le gouvernement anglais,  pour monter sur scène et faire renaitre la danse que les anglais avaient interdites : Pavlova encourage trois danseurs et dansera même avec l'un d'eux : Uday Shankar

Mais elle sera aussi l'alliée de Menaka, qui va rescussiter le kathak et de Rukmini Devi, qui elle, fera beaucoup pour le baratha natyam.

 Et cela aussi, lorsque je le découvris, me bouleversa. Comme si j'avais compris pourquoi Pavlova m'était d'une certaine façon aussi précieuse : amour fou de son métier de ballerine classique, passion pour l'art et la danse indienne, au point d'aider concrètement les danseurs de leurs pays à renouer avec leur propre culture, et puis chorégraphies dans un esprit " exotique" créées à partir de ses voyages.  Uday Shankar la vit à Londres, et tomba amoureux de sa danse; il ne dansait pas encore. Elle lui permettra de se faire une technique de danse, puis l'encouragera comme les autres, à renouer avec la culture de son pays. En 1924, ils sillonneront ensemble l'Europe et l'Amérique, avec les chorégraphies d'Anna Pavlova, Radha, et The Hindu Wedding, puis, après quatre ans, il créera ses propres chorégraphies et fondra dans la région de Calcutta un centre culturel.

 

 

Anna Pavlova, elle, s'éteindra dans un hôtel de la Haye, après avoir pris froid, à l'âge de cinquante ans, après des années et des années de représentations, de spectacles, parfois dans des conditions extrêmement précaires. Voici encore deux photos d'elle que j'adore. Lorsque je les regarde, je suis saisie de tendresse, d'admiration et de tristesse, sans que j'en connaisse la cause. Comme si j'avais perdu quelqu'un de précieux, une amie trop tôt disparue...

Inoubliable Anna Pavlova.... 

 

 


A lire sur mon site : les Ballets russes 1

A venir :

 

La renaissance de la danse indienne (1) : Rukmini Devi, Uday Shankar, Menaka

La renaissance de la danse indienne ( 2) : Kathak et baratha Natyam

 

Un petit cadeau : video d'anna pavlova :

Lien avec l'excellent site du cndp : portrait d'anna pavlova

 


 

 

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11 août 2006 5 11 /08 /août /2006 08:23

  Ils sont magnifiques à regarder... quand ils évoluent, c'est toujours sur la pointe des pieds, comme les danseuses classiques.

Les plus élégants ont même les pieds naturellement en dehors...

Côté souplesse, on peut la leur envier, même Sylvie Guillem!

Côté équilibre, même chose...

Pareil pour la vitesse... la grâce... et les sauts!

Ceux de Nijinsky à côté, ont l'air ridicules...

Et puis quel sens de la mise en scène! Quels merveilleux acteurs ils font parfois : minant la colère, la peur, l'étonnement, la jalousie, l'amour, la soumission, la passion, le mystère, l'absence, l'indifférence...

Les chats sont des danseurs nés!

C'est d'ailleurs amusant qu'ils y aient plus d'écrivains possédant un chat que de danseurs... peut être l'écrivain, si sédentaire, est il heureux d'avoir à ses côtés un baladin, un artiste de la scène, un nomade

 


 

Georges Balanchine les adorait lui aussi!

 

Les chats me consolent de tout...

 


 

Céline et son chat Bébert, Balanchine et l'un de ses chats

 

 

ces deux livres font partie de ma bibliothèque  : l'étonnant danse avec les chats, on des danseurs font vraiment danser leur chat, de la plus naturelle façon : en dansant eux mêmes, et le sensible livre d'Annie Duperey qui raconte combien les chats ont apporté de douceur dans leur vie

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1 août 2006 2 01 /08 /août /2006 08:37

 Il y a quelques temps, ( un peu plus de deux ans) Sylvie Guillem publiait ses propres autoportraits. Elle avait pris les choses en main, car n'aimait pas du tout ce que lui proposait le magazine Vogue : les photos n'étaient pas " elle" mais la vision que le photographe avait d'elle.

La  prodigieuse envie de se montrer vraiment lui donne  l'audace de   réaliser une série d'autoportraits  d'elle, nue et parfois grimançante. Cela, une fois encore, choqua beaucoup. Le Monde décide de l'interwiever, pour comprendre la démarche bizarre  d'une étoile, si belle sur scène, qui se prend en photo sans se travestir, sans maquillage, véritablement "à nu et sans fard". Comme si elle en avait assez " de faire rêver"

Singulière démarche, n'est ce pas, que celle de vouloir briser une image trop lisse d'une belle femme en tutu et diadème, dotée de jambes magnifiques, d'une silhouette altière et élégante, et d'en montrer toute la force, toute la puissance, toute l'androgynie, laissant résolument de côter paillettes, diadèmes, maquillage, costume qui embellissent mais travestissent aussi...

Sylvie s'explique : " je n'ai jamais pu me défaire de la certitude de n'être pas comprise ( ...) appréciée pour ce que je suis. (...) je n'ai jamais de contacts vrais ( ...)

quels aveux...!!! ainsi, pour rompre cette muraille, cette démarche   sera suivi par celle de la publication de son livre de photos qu'elle nomme " Invitation" . Un énorme livre,au dimension surréaliste, qu'on ne peut même pas ranger dans une bibliothèque normale. A t'elle donc peur qu'on oublie son livre sur le coin poussiéreux d'une étagère pour l'avoir doté de telles dimensions?

En tous cas, sous l'éclairage de ces aveux, ce titre, "invitation", s'éclaire!!! C'est comme un appel   à venir voir qui elle est vraiment, à partager un peu d'elle, à être comprise enfin!

Dans l'interwiev, elle revient aussi sur ses année de danse, défend aprement Claude Bessy qui est au coeur d'une polémique : la DASS a établi un constat alarmant du mauvais traitement que subissent les petits rats à l'école de danse : alimentation carencée, cas d'anorexie, blessures, etc...

Elle dit, non sans virulence mais aussi courage : " ceux qui sont poussés par les parents sont les plus malchanceux, mais ce n'est ni a faute de Claude Bessy, ni celle de l'institution. (...) L'école est là pour former les meilleures( ...) Personne ne peut nier que l'entrainement est dur, mais l'école hotelière, vous croyez qu'elle est facile?(...) si une fille commence à faire la montgolfière, il faut lui dire : " mademoiselle, ou vous perdez du poids ou vous ne pouvez pas rester"

cela à le mérite d'être clair : le coprs est l'outil, et il ne peut pas être " gros"!


 

 A propos de son départ de l'Opéra elle explique  : " je m'étais aperçue que je n'avais pas que des amis... j'étais en pleine bataille avec moi même, les autres, avec l'opéra de Paris. (...) Noureev voulait savoir où j'étais capable d'aller pour conquérir ma liberté. On y a vu un caprice de diva alors que je suis la discipline même! ( ...) 


 

Déjà, dans les années 1985, ce sentiment d'être incomprise... c'est peut être de ces multiples contradictions, révoltes, défis, que Sylvie tire sa force extraordinaire... de son désir de lutter pour être elle même et accepter comme elle est, qu'elle vivifie de cette énergie tous les personnages qu'elle incarne... et c'est peut être pour cela aussi que son rôle de Giselle m'a déplu :

car Giselle, dans le ballet romantique se soumet, accepte, pardonne.... Giselle est l'abandon même...

peut être Guillem lui a t'elle donné trop d'elle même, de sa propre force, de sa  passion et de sa révolte?... ce qui est en total désaccord avec la nature de Giselle qui meurt parce qu'elle ne peut supporter la vérité... et rejoint alors le royaume des Ombres...


 

 On comprend alors mieux que le Japon, la poterie qu'elle fait en silence, au milieu de Japonais avec qui elle n'échange pas de mots, mais avec qui elle se sent en confiance, en harmonie, la mette en paix avec elle même, au moins temporairement...

 

                            photo extraite du site de Sylvie guillem

 

 


 

A lire :

 

Sylvie Guillem : portrait

Sylvie Guillem : analyse

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30 juillet 2006 7 30 /07 /juillet /2006 08:37

 Voici le plus beau film qu'il m'ait été donné de voir sur le métier de danseur à l'opéra de Paris. Il est dû à Nils Tavernier ( le fils du père!) qui a eu l'exceptionnelle autorisation de suivre le ballet de l'opéra de paris dans sa tournée au Japon et dans son travail quotidien de cours, de répétition, de filage, de préparation. Réaliser en 2001, on voit les répétitions de Doux mensonges de Kyllian, du lac des cygnes, version Noureev, de la Sylphide, remontée par Pierre Lacotte, et de la 9ème symphonie par Béjart, qui cette année là était donnée à Bercy devant des milliers de gens.

Là où le film est fabuleux, c'est qu'il montre de tout près un travail quotidien passionné, réalisé par des athlètes qui sont artistes. Car le métier de danseur classique demande une énergie, une puissance, un sens de la perfection hors norme.

G Thesmard, coach et répétitrice, explique bien que l'école de danse de l'opéra de Paris où sont formés 90 pour cent des danseurs du ballet  "est une machine à broyer les faibles"...

sans commentaire, n'est ce pas?

Nils Tavernier offre plein de magnifiques portraits de danse, et donne la parole aux danseurs qui, d'habitude plutôt discrets, se confient volontiers à lui, car il a su gagner leur confiance... Romoli, Hilaire, Legris, Dupont, Lestetu, Osta, Laure Muret, Platel, A Lamoureux, N Pontois, M kudo et tant d'autres...  confient leurs joies, leurs peines, leurs souffrances physiques et morales, leurs amitiés, mais surtout, leur passion de danser.

Ainis, M A Gillot qui était encore premiere danseuse et qui depuis est devenue étoile dit :" Danser et aimer, je ne peux pas les mettre sur le même plan, parce que danser... ( elle cherche les mots) c'est encore plus fort qu'aimer....!"


 

 

le film est réalisé avec une grande sensibilité. De petits portraits de danseuses du corps de ballet montrent par instant la difficulté de " tenir" la scène. On les voit complètement essoufflées dans les coulisses, on voit les pieds abimes et pansés, la limite physique atteinte de garçons sortant de scène et mettant plusieurs minutes à récuperer leur souffle...

J'avais vu ce film magnifique en salle en 2001, plusieurs fois, en découvrant l'envers du décor, car la caméra se glisse discrètement dans les coulisses, entre les rangées de cygnes répétant, dans les loges, dans les ateliers de couture, de costumes...

 Et puis, on comprend mieux ce qui fait la richesse de l'opéra de Paris : non seulement ses danseurs exceptionnels, mais surtout l'ouverture à de très nombreux chorégraphes contemporains qui travaillent et créent pour l'opéra de Paris sur invitation. Ainsi la vocation du ballet de l'opéra de Paris est double : d'une part, conserver intact le répertoire ( les grands ballets, dont la transmission est purement orale, et se fait via les maitres de ballet, qui ont été danseurs et à leur tour transmettent, sont la mémoire de la danse, et d'autres parts,  participer à la création en danse.

Le film parle aussi de pleins de choses de la vie de tous les jours : comment être parent et concilier un métier aussi prenant, l'amitié au sein du ballet, avec des êtres qu'on connait depuis l'école de danse, le monde clos que cela représente, la rivalité, qui existe depuis l'école et dure, d'une certaine manière tout la carrière... mais avec tact, délicatesse, et surtout un profond respect des êtres humains que sont avant tout les danseurs.

Moment émouvant, on voit aussi le départ à la retraite de E Platel, (à 42 ans, pour les danseuses, qui entrent en général dans le corps de ballet vers 16 ans)...

 


 

 

Cette photo montre la sortie de scène des quatre grands cygnes, complètement essouflés, et la mise au point des quatre petits cygnes qui dansent bras croisés et qui essaient de trouver la meilleure position des bras et du corps pour ne pas se gener mutuellement tout en conservant un ensemble parfait...

Les coulisses sont un monde étrange qui grouillent de vie, de danseurs qui s'échauffent, se concentrent, récupèrent leur force, se font recoudre en quatrième vitesse un chausson qui lâche ou un tutu qui se dégraffe...

 j'ai acquis ce film en dvd, et c'est toujours un plaisir de voir les danseurs au travail. A chaque fois, je suis confondue d'admiration pour ces danseurs qui visent à la fois la perfection technique et artistique, et restent modestes la plupart du temps, car chaque matin, à la barre, ils refont le même travail que la veille et prennent conscience de tout ce qu'ils ont encore à acquérir pour maintenir ou ou accéder à la perfection.

Car comme le dit W Romoli, " lorsque le sens artistique commence vraiment à mûrir, le corps, lui, commence tout doucement à perdre sa force, sa puissance..."

Bref, tout près des étoiles... le titre est bien trouvé, car c'est vraiment un voyage au milieu d'elles que nous offre Nils Tavernier....

Merci à lui!


 DVD facilement disponible

A lire aussi : le ballet de l'opéra de Paris

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26 juillet 2006 3 26 /07 /juillet /2006 07:58

 

Suite aujourd'hui!

Je voudrais me plonger dans mes souvenirs de danse pour tenter d'expliquer l'originalité, le génie de Sylvie Guillem.

Sa technique époustouflante, sa souplesse phénoménale, seuls, sont déjà des points de repère, mais cela n'en ferait pas une artiste hors norme s'il n'y avait pas autre chose. Qu'est ce alors que cet autre chose?

Son intelligence!

Son intelligence mis au service de sa technique et de sa virtuosité!

Guillem ne danse pas les rôles simplement pour les incarner. A chaque fois, c'est un défi immense : elle réfléchit, elle écoute la musique, et au final, elle donne une vision du personnage totalement inattendu.

 


 

Ainsi, le rôle d'Aurore de la Belle au bois dormant. Ce rôle, je l'ai vu de très nombreuses fois par des danseuses exceptionnelles comme Noella POntois. Et bien,quand je vis Guillem le danser, j'ai été surprise, amusée, éblouié, émue, déroutée, emportée, au final.

Aurore est une princesse de 16 ans, qui refuse les princes choisis par ses parents, se pique pour accomplir la malédiction , s'endort 100 ans, est réveillé par un prince. 

Ce ballet énumère les moments virtuoses : l'entrée, pas évidente, puisque Aurore est attendue par tout le public depuis 30 minutes qui retient sou souffle dès qu'elle arrive,   le célèbre adage à la rose, au premier acte, tout en équilibres et en développé seconde, la cabalette, juste avant d'être piquée, pleine de retenue, de grâce, d'élégance, puis de vivacité ( succession de pas à s'en emmêler les jambes). Les variations de l'acte deux sont tout en poésie, puisque le prince va découvrir la princesse grâce à la Fee Lilas, dans une vision de rêve, et puis, la merveilleuse variation du troisième acte,  et les pas de deux, éblouissants! Le rôle d'Aurore est fabuleux pour une danseuse car il commence à l'adolescence et s'épanouit " femme".

Qu'en fait Guillem? A Bastille, la dernière fois, ( et dieu sait qu'elle a été critiquée) elle a revu : les tempi, (elle les a vraiment changé par rapport à ses collègues danseurs, notamment la fin de la caballet, dansé deux fois plus vite, ce qui exige une grande maitrise, une grande sureté, car déjà, dansé lentement, c'est " casse cou", mais là, cela relève de l'exploit. Et pourtant, seuls les balletomannes peuvent vraiment saisir à ce moment je pense, le défi relevé par Guillem, car elle le faisait sans effort, comme en s'amusant!

Elle a aussi changé  des accessoires,  et la conception du personnage :

outre à certains moments, un tempo excessivement rapide et inattendu, elle n'a pas voulu    de bouquet de fleurs tendu par maléfique et dans lequel serait dissimulé le fuseau, comme le voulait Noureev,  mais un fuseau, tout court!

Quand au personnage, elle incarne comme le veut le rôle , la lègéreté, la grâce, la fraicheur, mais pas "l'innocence ou inexpérience d'une jeune princesse ( une peu niaise)" l'espièglerie ( ce que je n'avais jamais jamais vu dans le rôle!) et aussi assurance : Aurore, vu par Guillem,  sait déjà ce qu'elle veut!

  Du jamais vu non plus, car souvent les danseuses interprètent Aurore comme une jeune fille un peu timide, qui s'en remet encore à ses parents : et c'était merveilleux, car le rôle d'Aurore, irrigué par une pensée puissante et  intelligente, une technique sûre, une interprétation originale, en était tout vivifié, tout rafraichit!

 Quand Guillem se donne tout entière à un rôle, c'est inoubliable, et toutes les autres interprétations qu'on a vu ne palissent pas en comparaison, mais s'éclairent autrement!

 

Même chose pour sa conception du cygne noir : toutes les danseuses le dansent " maléfique". Le cygne noir est perfide et séduit "mauvaisement" le prince.

Pas avec Guillem : son cygne noir est facétieux, séduisant dans la légereté, et se joue avec délice et ironie de ce prince perdu dans ses rêves : et ça fonctionne à merveille!

Guillem dit deux choses :

" les grands rôles du répertoire classique vont avoir besoin de danseurs sacrément intelligents dans les décénies à venir s'ils ne veulent pas finir aux oubliettes!"

et " quand vous finissez par trouvez Giselle sotte, quand vous en avez assez de danser une cruche sur l'épaule comme Nikya, il faut alors aller voir ailleurs!"

Ce qu'elle fit : Béjart, dans sissi impératrice anarchique, lui offre un rôle d'impératrice un peu folle, qui danse aux confins de la névrose. Tout commence en crinoline, et s'achève dans le drame.

 


 

Puissant et magnifique!

Là, j'ai hate de la découvrir dans les pièces de Maliphant, chorégraphe de génie qui mèle capoéira, yoga, art martial, techniques de danses au pluriel...

Elle va encore me surprendre, et à coup sûr, m'emporter!

Merci à elle!

 


 

a venir :

Sylvie Guillem ( 3)  livre, dvd, articles, ou cassette video sur Sylvie Guillem

Guillem vu par elle même

Guillem et Rudolph Noureev.

 


 

A lire : Sylvie Guillem ( Portrait)
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